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Ecrit le 29 mai 2013 à 23:57 par Charles Le Bourgeois dans Article
 
 

La police a-t-elle pété les plombs dimanche aux Invalides ?

La police a-t-elle pété les plombs dimanche aux Invalides ?293 personnes ont été interpellées dimanche en marge de La Manif pour Tous, et 231 ont été placées en garde à vue. J’étais de ceux-là, et je reste, encore aujourd’hui, sidéré par les méthodes employées par les forces de l’ordre. En particulier à l’issue des affrontements qui ont éclaté aux Invalides en début de soirée. Aux alentours de 20h, une épaisse fumée rouge et bleue apparait dans le ciel à proximité du métro « Invalides ». La foule se précipite alors pour assister au spectacle. A l’angle de la rue de Constantine et de  l’Université, des jeunes font face à un barrage de CRS. Ils sont visiblement à bout de nerfs : «le mariage gay on n’en veut pas, mais quand on le dit en marchant dans la rue on ne nous écoute pas, alors on essaye une autre méthode ».

Les projectiles fusent de part et d’autres. Les leaders de la révolte lancent des bouteilles en verre. Les CRS répliquent par des tirs de flash-ball et de gaz lacrymogènes, et parfois même relancent les bouteilles en verre en direction de la foule. Bien que le rassemblement de La Manif pour Tous soit officiellement dispersé depuis 19h, il y a là encore de nombreux manifestants. Ils refusent de se disperser mais ne font pas usage de la violence. C’est de la résistance pacifique. Et cette résistance est déterminéLa police a-t-elle pété les plombs dimanche aux Invalides ?e. Le décor à proximité des Invalides est impressionnant : d’épaisses couches de gaz lacrymogènes s’élèvent dans le ciel, traversées par des manifestants qui toussent, qui crachent, qui pleurent et se grattent les yeux, incommodés par les effets du gaz. De nombreux drapeaux tricolores flottent dans les airs, et aussi les drapeaux de La Manif pour Tous. Les pétards détonnent, les projectiles tombent les slogans fusent « police politique », « dictature socialiste », « CRS serre les fesses, Pierre Bergé te tient en laisse », ou encore « grands boucliers, petites matraques». Les charges de CRS se multiplient. Parmi eux, des policiers en civil, sans brassard, qui tapent sans vergogne sur tout ce qui bouge. Un homme qui venait au secours d’une jeune fille laissée parterre est ainsi roué de coups jusqu’au sang. Selon des témoins, d’autres policiers en civil s’infiltrent parmi les manifestants. Ils lancent des projectiles vers les CRS, pour faire monter la tension et exciter la foule encore un peu plus.

Sur mon téléphone je consulte les flashs infos. La presse annonce des affrontements qui opposent les forces de l’ordre à une bande de « casseurs ». Moi je n’ai vu aucune vitrine cassée, aucune poubelle en feu, et aucune voiture vandalisée. Le bilan final me donne raison. Les échauffourées durent environ deux heures. Lorsque les plus « excités » ont quitté les lieux, l’ambiance semble être apaisée. Vers 22h la foule est plus ou moins dispersée et un groupe se forme autour d’un feu de veillée, sur l’esplanade des Invalides. «Ohé ohé ohé, c’est la veillée », les chants et les danses se succèdent un long moment, et moi je revis, un brin nostalgique, mes veillées scoutes, dans une ambiance fraternelle et bon enfant. L’esplanade se vide doucement et aux alentours de 23h je distingue dans la nuit le dispositif de police qui se rapproche et nous encercle progressivement. Il est trop tard pour sortir, les policiers en civil apparaissent rapidement, brandissant leurs matraques télescopiques qu’ils utilisent sans scrupule, nous repoussant contre un mur, à La police a-t-elle pété les plombs dimanche aux Invalides ?l’angle des rues Fabert et de  l’Université. « Levez les mains, à genoux, à genoux » hurlent-ils sur un ton menaçant. A genoux au sol des manifestants pacifiques mais aussi des journalistes et des photographes. « Ça te fait sourire ? » lance un policier noir, en civil, à ma voisine de gauche, à genoux sur le trottoir les mains derrière la tête. Il saisit la capuche de son sweat, penche sa tête en avant et lui adresse un coup de pied, avec force en plein visage. Visiblement mal à l’aise un autre policier intervient pour faire disparaitre son collègue. « C’est bon il est fiché ! », dit-il pour tenter de nous calmer. « Bande de lâches », s’indigne un homme derrière moi. « Les violents sont partis vous tapez sur les bisounours ». Encore aujourd’hui je m’interroge sur le danger réel que représente le sourire d’une fillette de vingt ans, encerclée par des CRS !

Après une première fouille nous sommes entassés dans un car de police où l’ambiance, pour tout dire, est assez détendue. Les gens sont souriants, aimables et entonnent des chants scouts. Nous sommes loin, très loin, des casseurs dont parlent les médias. A travers la fenêtre du bus, le cortège est impressionnant. Deux bus pleins, escortés par une dizaine de véhicules des forces de l’ordre. Ce défilé de lumières bleues traversantLa police a-t-elle pété les plombs dimanche aux Invalides ? la capitale interpelle les passants. « Non ce n’est pas un transfert de prisonnier sous haute sécurité, ce sont les prisonniers politiques du gouvernement ».

Débarqués rue de l’Evangile au commissariat du XVIIIème arrondissement, nous sommes fouillés une fois encore puis menottés et transférés, deux par deux, vers les commissariats de la région. Certains attendent toute la nuit avant de se voir notifier leur garde à vue. Les policiers eux-mêmes semblent débordés et certains sont désabusés. « Leur système est complètement caduc, on nous donne des ordres et des contre-ordres. On ne sait même pas pourquoi vous êtes là » me glisse discrètement l’un d’entre eux. « Dans ce genre de travail vous ne pouvez pas réfléchir. Si vous commencez à réfléchir vous désobéissez et là ça devient dangereux », me confie un autre. Même si elle ne s’exprime pas publiquement – devoir de réserve oblige – l’exaspération des gendarmes est palpable. « Face aux casseurs du Trocadéro on nous demande de ne pas intervenir pour éviter l’émeute. Ici nous avons ordre de vous La police a-t-elle pété les plombs dimanche aux Invalides ?coffrer, mais nous savons que vous n’êtes ni violents ni délinquants ». Et les récentes perquisitions dans les appartements militaires à Dupleix témoignent de ce malaise.

En début de semaine un jeune officier, réserviste dans l’Armée de Terre, demande au président de la République de lui retirer ses décorations militaires. « Le déshonneur que vous m’avez fait subir ne me permet plus de porter dignement le symbole de respect qui m’était consenti par la Nation » écrit-il dans une lettre ouverte adressée à François Hollande, après son arrestation arbitraire sur les Champs-Élysées le 25 mai dernier. Un autre, lieutenant de réserve dans la gendarmerie nationale, est en train d’écrire sa lettre de démission : « Voir les forces de gendarmerie mobile et les CRS maltraiter de façon disproportionnée des français arborant le drapeau tricolore me laisse un goût amer ».

L’âme de la France se réveille, car il est des lois qui sont supérieures à celles de la République. Celle qui est naturelle mérite qu’on la défende, et les opposants au « mariage » pour tous le jurent : ILS NE LÂCHENT RIEN. Jamais, jamais, jamais !

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Charles Le Bourgeois

 
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