16
Ecrit le 9 mai 2011 à 16:04 par dans Histoire de comprendre
 
 

Le Roi Fouad II reçoit Nouvelles de France

C’est dans un petit village suisse, sur les bords du lac Léman que nous retrouvons Sa Majesté Fouad II, dernier roi d’Egypte. Le Souverain a accepté de recevoir Nouvelles de France dans sa maison afin revenir sur son parcours et sur les évènements qui ont récemment secoué l’Afrique du Nord et l’Egypte plus particulièrement. Souriant et accueillant, Fouad II nous attend sur le pas de la porte. Le fils du Roi Farouk Ier sait recevoir. A table, il propose du vin à ses convives, bien que, de confession musulmane, lui s’abstient d’en boire. Il ne manque pas non plus d’anecdotes historiques qu’il se plaît à faire partager à ses interlocuteurs. On remarque que le souverain connaît également fort bien l’histoire des pays étrangers et il n’hésite pas à faire quelques allusions aux génocides arméniens et vendéens. Sans ambages, il répond aux Nouvelles de France.

Nouvelles de France : Votre Majesté, on connaît l’Egypte des pharaons, l’Egypte de Hoshni Moubarak et de Nasser mais on oublie souvent qu’en Egypte il y avait des rois, vous êtes le dernier qui ait régné, pouvez-vous vous présenter ?

Sa Majesté Fouad II : Je suis né au Caire en 1952, ma mère était la Reine Narima, mon père, le Roi Farouk Ier, était l’héritier de la dynastie qui régnait alors sur l’Egypte. Je suis issu du second mariage de mon père, il a mis du temps à avoir un héritier et ma naissance provoqua l’enthousiasme en Egypte à ce moment là. Quelques temps plus tard cependant, il y eu le coup d’Etat des officiers et mon père, pour éviter de faire couler le sang, préféra abdiquer en ma faveur. Je suis donc le dernier roi constitutionnel d’Egypte, même si je n’étais qu’un petit enfant à l’époque.

J’ai quitté l’Egypte en juillet 1953, à bord du yacht royal, nous avons quitté le pays avec mon père et ma mère, nous nous sommes installés en Italie. Mon père a vécu à Rome et j’ai grandi avec mes sœurs en Suisse, puis je suis allé à Paris pour terminer mes études et pour travailler.

Quels souvenirs gardez-vous de votre père ?

Mon père le Roi Farouk était un homme bon et très généreux, je n’ai que des d’excellent souvenirs de lui. Son règne a été beaucoup décrié, surtout à l’époque du coup d’Etat mais on ne peut pas nier qu’à l’époque de la monarchie, l’Egypte était un pays prospère, respecté dans le monde entier, Le Caire rayonnait dans le monde Arabe. On s’est acharné à critiquer mon père, à lui attribuer des choses qui ne sont pas vraies. Ce qui me fait plaisir aujourd’hui, c’est de voir que les jeunes s’intéressent à l’histoire et à son règne et l’on reconnaît que c’était un très grand patriote qui a toujours souhaité que l’Egypte ait de grands intellectuels et de grandes infrastructures. On est en train de changer d’opinion sur lui cela me fait plaisir. Je me sens responsable vis-à-vis de mon père et s’il y a une chose que je souhaite, c’est être à la hauteur de ce qu’il voulait pour son fils.

Quel adjectif le qualifierait le mieux ?

Très protecteur.

Votre combat vise-t-il à réhabiliter sa mémoire ?

Si je ne pouvais atteindre que cet objectif, déjà, je serais satisfait.

Est-ce qu’aujourd’hui vous vous considérez toujours comme un monarque ?

Ce qui fait plaisir, c’est d’être reconnu dans la rue, en Egypte ou ailleurs, par mon prénom plutôt que par mon nom de famille. On m’appelle Fouad, c’est donc bien que quelques part on me reconnait comme un monarque. C’est toutefois très lourd comme héritage, même si je suis roi sans être roi, c’est un fardeau. On a l’impression d’une chose immatérielle que l’on a sur les épaules et que l’on essaie de transmettre à ses enfants. J’essaie de perpétuer la mémoire de l’histoire, et également d’un espoir pour mon pays.

Voudriez-vous retourner en Egypte ?

J’y suis retourné plusieurs fois depuis quelques années, chaque fois pour des périodes assez courtes. Au début c’était très difficile mais comme je vous l’ai dit l’opinion a changé et je crois que le peuple égyptien serait disposé à l’idée que je puisse vivre en Egypte même si c’est un peu prématuré.

Avec les troubles que l’on connaît actuellement en Afrique du Nord et notamment en Egypte, est-ce qu’un retour de la monarchie en Egypte pourrait être la solution ?

Sur le plan théorique c’est vrai cela pourrait être un compromis, cela dit je ne crois pas que cela soit possible actuellement, les conditions ne sont pas réunies. En tout cas on voit bien que la monarchie peut rendre de grands services à un pays, l’exemple c’est l’Espagne qui est une réussite et le roi peut être l’arbitre, le symbole de la nation, cela pourrait se faire en Egypte mais personnellement je ne crois pas que cela se fera actuellement. Je serai satisfait si l’on permet que l’histoire soit réécrite de manière objective. Moi je ne tiens pas vraiment à régner.

Et si on vous appelait ?

Ça dépendrait des conditions.

Que vous inspirent les révoltes en Afrique du Nord et la fin programmée du nationalisme arabe ?

Ce qui est frappant c’est que la jeunesse arabe se réveille et est en première ligne pour demander du changement. Le nationalisme arabe, je n’y crois pas trop, je crois plutôt à un rapprochement des Etats dans un ensemble à l’image de l’Union européenne.

Que pensez-vous de l’influence des Frères musulmans en Egypte ?

Je crois que l’on exagère beaucoup l’influence des partis religieux que ce soit en Egypte ou ailleurs. La société égyptienne est ancienne est sophistiquée, elle est pluriconfessionnelle et pluriculturelle. Les partisans de l’islam politique sont une des composantes de la société égyptienne. En tous cas les événements récents ont montré qu’ils n’étaient pas à la tête des contestations.

On remarque pourtant qu’il y a des tensions entre les Coptes et les musulmans.

Cet état de fait est très malheureux , cela existe depuis quelques temps, ce n’est pas récent et je trouve cela tout à fait déplorable. Tous les Egyptiens sont frères et je trouve tout à fait injuste de s’attaquer aux Coptes, à eux-mêmes ou à leurs lieux de culte. J’espère que cela va cesser et que l’Etat va garantir la liberté de religion, la liberté de pensée et la possibilité pour chacun de vivre en paix dans son propre pays.

Cette harmonie entre les différentes communautés égyptiennes est-elle possible ?

Bien sûr, cela a déjà existé, sous la monarchie notamment. A l’époque beaucoup de ministres coptes étaient membres des gouvernements ou faisaient partie de l’administration, étaient à l’université ou dans des places importantes. J’espère que l’on pourra revenir à un tel état de fait. L’Egypte a besoin des compétences de tout le monde. Encore une fois je trouve ces attaques contre les Coptes déplorables. Je dirais qu’il y a peut-être aussi une cause démographique à ses problèmes malheureusement.

Que pensez-vous du départ de Hoshni Moubarak ?

Je pense qu’il aurait dû quitter le pouvoir il y a dix ans. Sur un plan personnel, j’ai de la peine pour le Président Moubarak, c’est quand même un héros de la Guerre d’octobre et il a fait beaucoup pour développer l’Egypte et pour son renom tout en maintenant le pays en paix. C’est vraiment très triste mais ce qui est positif, c’est que le peuple ait repris les choses en main et que l’armée n’ait pas tiré et accepté une transition démocratique. J’espère qu’il y aura une nouvelle constitution avec des pouvoirs présidentiels limités et que les libertés seront garanties, telle que celle de constituer des partis politiques ou de la presse. Je suis très optimiste pour mon pays car l’Egypte dispose d’élites intellectuelles et de grands hommes d’affaires. Si l’on crée un cadre constitutionnel et législatif approprié, je crois que l’Egypte a un grand avenir devant elle. Ce qui m’a frappé en visitant mon pays c’est la misère qui y règne malgré les efforts de l’Etat.

Que feriez-vous pour réformer votre pays ?

La priorité, c’est l’éducation. Ensuite nous devons favoriser l’essor du secteur privé avec la formation de techniciens. Le deuxième domaine à améliorer, c’est la santé car la situation n’est pas brillante. Enfin la cherté de la vie, le prix de l’alimentation de base est problématique, le petit peuple mange juste à sa faim, c’est dramatique.

Vous possédez une statue en bronze d’Alexandre le Grand placée juste sous le portrait de Méhémet Ali, cela veut-il dire que pour vous l’Egypte, à une histoire multimillénaire ?

Oui, c’est un pays qui a une histoire très vaste. Les pharaons d’abord, puis Cléopâtre, une reine que j’aime beaucoup car cette femme très cultivée, qui parlait toute les langues de son temps, à fait tout ce qu’elle a pu pour maintenir l’indépendance de son pays. L’Egypte a toujours été un pays important de la région, un carrefour entre trois continents et depuis l’ouverture du canal de Suez, c’est un passage stratégique.

Ne regrettez-vous pas les récents pillages dans les musées égyptiens ?

Les musées ont souffert de quelques vols, heureusement pas trop importants mais c’est vraiment dommage. Je ne comprends pas pourquoi ils n’étaient pas gardés, on peut soupçonner du sabotage.

On dit certaines choses sur les pharaons, notamment que Ramsès II était roux et certains prétendent également que les premiers pharaons étaient noirs, sont-ce des mythes ?

En ce qui concerne la couleur de cheveux de Ramsès II, je ne peux pas vous le dire (rires…) Ce qui est certains, c’est qu’il était grand et assez bel homme d’après les portraits qu’on en voit. Je crois que les premiers pharaons étaient blancs mais peut-être un peu bronzés car notre soleil est très fort. Je ne peux pas être catégorique sur ce point. Le peuplement égyptien, quant à lui, est à la fois d’origine indo-européenne et sémitique.

Vous descendez également d’un soldat de l’armée de Napoléon.

Oui, Soliman Pacha était colonel dans l’armée napoléonienne, je crois même qu’il était présent à Waterloo. Il a été engagé par Méhémet Ali pour réformer l’armée égyptienne. Il s’est converti à l’islam car il considérait que c’était plus simple d’être musulman pour commander à des musulmans. Je suis effectivement son descendant.

L’Egypte peut-elle avoir un rôle dans la résolution du conflit israélo-palestinien ?

Bien sûr, nous pouvons être des médiateurs et des « facilitateurs ». D’abord nous sommes voisins et nous avons toujours soutenu l’idée d’une Palestine indépendante. Mon père c’est déjà battu pour les droits des Palestiniens en 1948. Il est souhaitable qu’il y ait une solution politique et pacifique du conflit, il est clair que cela ne peut se faire que par la fin des colonies israéliennes.

Quelle solution proposeriez-vous ?

Cela doit être légalement basé sur les frontières de 1967, avec des aménagements et des compensations nécessaires. Le problème le plus crucial à résoudre est la ville de Jérusalem. Je pense qu’il faudra bien un partage qui est à négocier avec Israël.

Le partage qui a été voté en 1948 était sans doute la chose la plus juste pour l’époque car Jérusalem est une ville sainte pour les trois religions monothéistes. Dans l’état actuel, je ne pense pas que l’on puisse revenir à cet état de chose. Il faudra bien cependant qu’Israël face des concessions si on veut aboutir à la paix.

Pourriez-vous jouer le rôle d’un médiateur ?

Cela serait un peu présomptueux de ma part, je crois que c’est une solution à trouver entre les deux partis.

Votre fils Mohammed Ali reprendra-t-il le flambeau après vous ?

C’est un homme très sensé et très dynamique et je crois qu’il est conscient de la responsabilité qu’il aura un jour, inch Allah.

 

Ci-dessous Fouad II déclare quel est le lieu d’Egypte qu’il préfère :

 

Get the Flash Player to see the wordTube Media Player.


GD Star Rating
loading…
image_pdf

Mots-clés : , , , , , , , , ,


Pierre de Bellerive

 
Avatar de Pierre de Bellerive