André Gerin : « Mes propos ne sont pas très loins de ceux de Georges Marchais dans les années 80 »

André Gerin est-il toujours communiste ? Le député du Rhône a osé écrire sur son blog lundi que “l’immigration n’est pas une chance pour la France”provoquant la colère d’Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF. Celui-ci a dénoncé le jour-même dans L’Humanité des déclaration “indignes” qui lui “soulèvent le cœur”, Lyon Capitale allant jusqu’à poser la question qui tue : “André Gerin, ambassadeur de l’extrême droite ?”. Nouvelles de France a rencontré un homme de gauche pas tout à fait comme les autres. Un de plus.

André Gerin, vos propos ont suscité des réactions hystériques…

Je ne vais pas me laisser impressionner par L’Humanité ! J’ai demandé mardi à Pierre Laurent (secrétaire national du Parti communiste français, ndlr) un droit de réponse. Je vous préviens, je n’ai pas l’intention de passer sous la guillotine du PCF ! Ce que j’ai écrit lundi ne fait que confirmer ce que je signalais à Pierre Laurent le 10 mars dernier, à savoir le fait que depuis plusieurs années, les bons scores du Front national sont liés à nos renoncements sur un certain nombre de sujets.

Est-ce que vous avez reçu des réactions positives ?

J’en ai reçu beaucoup, dont de communistes partis ou qu’on a mis dehors. Il faut dire que mes propos ne sont pas très loins de ceux de Georges Marchais dans les années 80*.

Ces propos, vous les approuvez ?

La question n’est pas là. Ou nous nous plions aux revendications du grand patronat ou la priorité de notre pays est la lutte contre le chômage des jeunes, il faut choisir. L’immigration a une incidence sur les salaires. Parallèlement, la France doit changer de posture vis-à-vis de l’Egypte, de la Tunisie, etc et entamer une politique volontariste de co-développement. 

Est-ce qu’en privé, des élus de gauche vous ont félicité ?

Des élus socialistes et des élus communistes dont je tairai le nom m’ont en effet dit qu’ils étaient d’accord avec moi. Ça fait des années qu’on fait la politique de l’autruche !

Est-ce que le FN de Marine Le Pen vous attire ?

Pas du tout. Comme disait Laurent Fabius, ce parti pose les bonnes questions mais donne les mauvaises réponses. Eh bien, j’ai envie de dire ça aujourd’hui, dans vos colonnes… Le problème pour le PCF et plus généralement pour la gauche, c’est qu’elle a abandonné certains sujets comme s’ils étaient tabous. Le PCF a perdu la Seine-Saint-Denis : je me demande bien quels enseignements nous en avons tirés… Nous n’avons pas affronté les questions liées à l’insécurité.

Est-ce que comme Christophe Hondelatte, vous pourriez lui serrer la main ?

Quand j’étais maire (de Vénissieux, de 1985 à 2009, ndlr), je serrais la main des conseillers municipaux Front national. Ils ont été élus, c’est une question de respect du vote et des opinions des gens. C’est d’ailleurs pour cela que je trouve aberrante l’absence de scrutin proportionnel aux élections législatives.

Dans le trimestriel Médias de l’été 2011, Elisabeth Lévy juge que “le pluralisme est étranger à l’ADN de la gauche”. Les réactions publiques à vos déclarations ne lui donnent-elles pas raison ?

Je pense que la gauche va se réveiller car la société française va vivre des séismes sociaux et politiques. Nous allons tous être bousculés par ce déchaînement dans la société européenne voire française. Aujourd’hui, la gauche gère le capitalisme à sa manière. Le Parti socialiste n’est pas du tout dans une optique révolutionnaire ni même de transformation de la société capitaliste. Avec ce réveil douloureux, des nouveaux militants vont nous arriver. Les séismes sociaux, c’est la seule chose qui peut nous arriver de bien !

Vous êtes sérieux ?

Bien sûr ! Nous assistons à la fin d’une période de notre histoire. Avant 1936, il y a eu 4-5 années de chemin. S’il y a des grands mouvements sociaux avant avril 2012 ou même après, ce sera la meilleure des choses. En 1936, les 40h par semaine n’étaient pas au programme de Léon Blum. Il a fallu les événements sociaux qu’on connaît pour y arriver.

Vous n’avez pas participé au vote sur la proposition de loi socialiste instaurant le “mariage” homosexuel. Que pensez-vous de cette revendication ?

Pour des raisons familiales, je n’étais pas présent dans l’hémicycle lors de ce vote. Si j’avais pu voter, je me serais abstenu. Je n’ai pas d’opposition de principe au “mariage” homosexuel mais considère qu’il faut prendre le temps de faire avancer les gens. Je ne souhaite pas bousculer la culture et les mœurs de ce pays.

Que pensez-vous de l’arrivée de la théorie du gender dans les programmes de sciences de la vie et de la terre de 1ère ?

(silence)

C’est une thèse qui dit qu’on ne naît pas femme, qu’on le devient. Bref, que tout serait culturel et rien naturel…

(hésitations) Personnellement, je pense que la dimension culturelle est très importante. Mais nous devons veiller à ne pas la séparer de la dimension sociale. La vie tranche les choses…

*Le 6 janvier 1981, L’Humanité publiait la lettre qu’adressait Georges Marchais au recteur de la mosquée de Paris à propos de l’immigration : “J’approuve le refus de Paul Mercieca de laisser s’accroître dans sa commune le nombre, déjà élevé, d’immigrés ; en raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membre de leurs familles, la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes. Il faut les regarder en face et prendre rapidement les mesures indispensables. La cote d’alerte est atteinte […] C’est pourquoi nous disons : il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. Je précise bien : il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. Il faut résoudre l’important problème posé dans la vie locale française par l’immigration.”

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