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Ecrit le 5 juin 2013 à 11:47 par Eric Martin dans Les grands entretiens
 
 

Anne-Laure Blanc : Solidarité pour Tous propose «une aide financière, juridique, morale et sociale» aux victimes de la répression policière

Anne-Laure Blanc : Solidarité pour Tous propose «une aide financière, juridique, morale et sociale» aux victimes de la répression policièreNouvelles de France a rencontré Anne-Laure Blanc, la Présidente de Solidarité pour Tous, une association au service des défenseurs de la famille victimes de violences et d’injustices. Entretien.

Anne-Laure Blanc, vous venez de créer l’association Solidarité pour tous. Quel est votre objectif ?

Cette association est née fin avril, quand plusieurs personnes et moi-même avons compris que la répression de la grande manifestation du 24 mars n’était qu’un prélude à des actions toujours plus idéologiques de la part du pouvoir en place. Lors de cette manifestation, des enfants, des personnes vulnérables, des manifestants pacifiques ont été victimes de puissants jets de gaz lacrymogène. Ce scandale nous avait déjà interpellés, si je peux me permettre ce jeu de mots.

Quelques jours plus tard, un mouvement pacifique du Camping pour tous s’est soldé par 67 gardes à vue. Pour avoir posé des tentes aux abords de l’Assemblée.

Et voilà que, le 13 mai, à l’issue de la victoire du PSG, le Trocadéro est envahi par de vrais casseurs lors d’une véritable émeute urbaine. Là, les forces de l’ordre, après avoir assisté au pillage d’un car de touristes et à la mise à sac de magasins et de restaurants, mettent en garde à vue 47 casseurs. Un « petit score », inexpliquable.

Et cela vous a choqué ?

Oui, cela m’a profondément choquée. En tant que mère de famille nombreuse, je me réjouissais de voir autant de jeunes garçons et de jeunes filles défendre le mariage et la famille traditionnelle : un papa, une maman, des enfants. Voir ces jeunes gens bien élevés accepter de prendre des risques considérables non pas pour de petits intérêts catégoriels, mais au nom d’une conception de la société que nous sommes nombreux à partager, cela m’a fait chaud au cœur. Savoir qu’ils passaient la nuit dans des cellules infectes, qu’ils pouvaient craindre pour leur travail ou leurs études, cela m’a révoltée. Et de la révolte à l’action, chez moi, il n’y a qu’un pas !

C’est donc ce « deux poids, deux mesures » qui vous a incité à agir ?

Et comment ! Dans les semaines qui ont suivi cette grande manifestation, les médias alternatifs se sont, presque chaque jour, fait l’écho de violences, de réactions disproportionnées, de mises en garde à vue, d’interpellations abusives. Je crois que, depuis le 26 mai, nous avons dépassé les 1 000 gardes à vue ! On parle maintenant de dommages et intérêts, de travaux d’intérêt général, voire de prison avec sursis ou même de comparutions immédiates. Sans que la presse « officielle » s’en émeuve beaucoup, sauf à reproduire des dépêches « soufflées » par le gouvernement, dont la communication est de plus en plus coupée de la réalité du terrain. Il m’a semblé que l’on se moquait allégrement des jeunes manifestants, et notamment des veilleurs pacifiques.

Qu’est-ce que cela signifie, d’être gardé à vue ?

Dans un premier temps, la personne, après avoir été interpellée, est conduite en « panier à salade » dans un commissariat. Pas forcément le plus proche du lieu de l’événement. C’est pourquoi, depuis quelques semaines, le dépôt de la rue de l’Évangile, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, retentit souvent de chants de marins ou de chants scouts. L’identité pourrait, comme cela se passe souvent, être vérifiée dans la rue. Mais non. Un petit tour de Paris, toutes sirènes hurlantes, cela est censé mettre en condition. Si la police se suffit d’une interpellation, la personne doit être relâchée en moins de quatre heures. Charge à elle de retourner comme elle le peut dans ses foyers.

Dans le cas où les autorités décident d’une garde à vue, le processus va durer plus longtemps, jusqu’à 24 heures renouvelables.

Que conseillez-vous au gardé à vue ?

Prévenir au plus vite sa famille ou ses amis, avant la confiscation de son portable, c’est bien, car ils peuvent venir vous soutenir à votre sortie ou faire passer les informations par les réseaux sociaux. Mais cela ne suffit pas ! Malgré les éventuels « bons conseils » ou intimidations des officiers de police judiciaire, il est très fortement conseillé de demander la présence d’un avocat et d’un médecin. Ce à quoi les victimes ont droit dès le début de leur garde à vue, et au plus tard dans les deux heures qui en suivent la signification. Puis, dès leur sortie, Solidarité pour tous leur conseille d’aller porter plainte pour interpellation ou garde à vue abusive. Car le deuxième round sera judiciaire. Il s’agit d’engager des poursuites, de déposer une plainte auprès des services de police ou de gendarmerie, ou auprès du Procureur de la République, de se constituer partie civile, voire de saisir l’inspection générale de la police nationale… Comme vous le voyez, j’apprends sur le tas à connaître les méandres de notre système judiciaire !

Solidarité pour tous conseille surtout aux victimes, si elles ne connaissent pas d’avocat pénaliste habitué à ce genre de situation, de contacter au plus vite l’association. En nous informant de leur « aventure », celle-ci ne tombera pas dans l’oubli, mais pourra servir de témoignage.

Quand les témoignages s’accumulent, les murs de l’indifférence ne peuvent que tomber…

Vous avez parfaitement raison. Il s’agit bien de faire connaître ces injustices, d’assurer une veille quotidienne, tout en assurant les victimes que nous serons attentifs, le cas échéant, à leur anonymat. Il ne s’agit pas de se donner des frissons gratuits en faisant l’expérience de la garde à vue. Il s’agit de travailler tous ensemble dans le même but : la défense de nos valeurs communes.

Nous en arrivons donc à la raison d’être de votre association…

Oui, le but de Solidarité pour tous est bien d’apporter aux victimes, à toutes ces victimes de violences policières injustifiables, une aide financière, juridique, morale et sociale.

En effet, les procédures sont coûteuses et il n’est pas évident que l’aide juridictionnelle gratuite leur sera accordée, comme elle est accordée aux voyous de toute espèce.

De plus, les victimes de ces violences arbitraires peuvent avoir besoin de soins médicaux, si ceux-ci ne sont pas remboursés, ou d’un coup de pouce pour payer un titre de transport (pour rentrer chez soi depuis le XVIIIe arrondissement, la nuit, mieux vaut prendre un taxi), une baby-sitter (de jeunes mamans ont été retenues plusieurs heures), que sais-je encore ? Si des manifestants étaient condamnés à de la prison ferme, ne nous incomberait-il pas d’aider leur famille dans le besoin ? Bien sûr, ces aides ne seront pas attribuées au petit bonheur la chance, mais après une étude approfondie de leur dossier et après concertation au sein d’un « comité des dons ». En toute indépendance et en toute transparence, cela va sans dire.

Nous espérons que cette démarche bénévole, au service du bien commun, sera comprise de nos concitoyens qui, comme nous, défendent la famille et la filiation.

> Vous pouvez contacter Solidarité pour tous à cette adresse : solidaritepourtous@laposte.net
> Site officiel

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Eric Martin

 
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