Ecrit le 8 mar 2016 à 18:14 par Christian Vanneste dans Poing de vue
 
 

La Turquie, ça suffit !




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L’angélique Angela mise tout sur le sommet entre l’Union Européenne et la Turquie pour régler la question du flot de migrants qui se déverse de Turquie sur les îles grecques et se trouve aujourd’hui bloqué à la frontière par des pays comme la Macédoine. On ne sait jusqu’où ira l’aveuglement moralisateur de la Chancelière. On mesure nos risques lorsqu’elle prétend négocier avec un dirigeant sans scrupules comme Erdogan. L’Allemagne affiche une réussite économique qu’elle doit d’abord à ses entreprises, à la réputation de ses produits, à la relative sous-évaluation de la monnaie européenne par rapport à ce que serait une monnaie allemande, et aux réformes courageuses du chancelier social-démocrate Schröder. Sa modération salariale en dehors des grandes entreprises industrielles et l’emploi massif de travailleurs détachés et de la sous-traitance de ses voisins de l’Est ont creusé l’écart avec la France. La rigueur outre-Rhin et le laxisme chez nous ont aisément dessiné l’image d’une cigale française face à une fourmi allemande. Et voilà que la fourmi intraitable sur les déficits a des états d’âme. On se dit qu’elle a une idée derrière la tête, qu’elle cache sous sa générosité, la satisfaction de besoins concrets en termes de démographie et de main d’oeuvre. Non, la Chancelière n’est pas le Bismarck que l’on croyait. Elle croit à l’amitié universelle du genre humain, au devoir des Européens d’accueillir la misère du monde, et au bénéfice incalculable du multiculturalisme. Face à elle, il y a Erdogan qui croit que les Turcs qui vivent en Allemagne doivent rester avant tout des Turcs, qui veut qu’ils soient aussi des musulmans respectueux de l’enseignement coranique, et que son pays, comme sa religion, aient vocation à dominer sinon le monde, du moins la plus grande partie possible. La Chancelière veut négocier le ralentissement de la migration à partir de la Turquie contre une aide financière, une reprise du processus d’intégration à l’Union Européenne, et en prime une Europe sans visas pour les Turcs ! Cette démarche se trompe sur les causes du problème et plus encore sur ce qu’est la Turquie.

« Si l’on doit s’excuser pour avoir présenté un visage agréable à des gens dans la détresse, ce n’est plus mon pays ». Cette phrase résume l’énormité de la méprise. Le mot « excuse » n’appartient pas au langage politique. Son emploi de plus en plus fréquent dans les démocraties occidentales confond la politique avec la morale, voire avec la politesse. Il place les relations personnelles en surplomb des rapports entre les Etats. La surprenante image du « visage agréable » renforce cette confusion. Celui ou celle qui conduit la politique d’un Etat doit viser l’intérêt supérieur de celui-ci. Dans ce but, il doit se mettre en situation de force. On croyait que la rigueur budgétaire allemande avait participé à cette démarche. L’espèce de culpabilité spontanée de Mme Merkel en efface le bénéfice. Même si certains Etats européens, dont la France, ont soutenu la guerre civile en Syrie dans l’espoir de complaire aux Etats-Unis et à leurs riches partenaires du Golfe, c’est la Turquie qui est l’acteur le plus impliqué dans la tragédie syrienne. Dès le départ, Erdogan voulait faire tomber le régime « laïc » de l’alaouïte Al-Assad, et disposer d’un allié docile au sud. La rébellion s’est de plus en plus islamisée. La façade modérée de l’ASL ne cache plus le panier de serpents plus ou moins venimeux du djihadisme. Si l’Etat islamique est unanimement rejeté, qui pourrait aujourd’hui circonscrire les ramifications d’Al-Qaïda dont le nouveau Président du Conseil Constitutionnel disait naguère qu’ »elle faisait du « bon boulot ». Comme par hasard, les zones rebelles sont concentrées à la frontière turque à travers laquelle elles reçoivent aide et assistance. La Turquie arme et soutient la rébellion. Elle entretient des rapports douteux avec l’Etat islamique en permettant le passage des djihadistes et les trafics divers qui entretiennent « daesh ». Elle concentre son effort militaire contre les Kurdes, en Syrie et en Irak, alors que ceux-ci sont les alliés les plus efficaces des Occidentaux contre les islamistes. L’Etat Turc, qui a plus d’un siècle d’épuration ethnique derrière lui, persécute sa minorité kurde et a pour priorité d’empêcher la création d’un Kurdistan indépendant. Le sud-est de la Turquie subit actuellement cette politique. La prétendue démocratie musulmane d’Ankara vient de se dévoiler : la presse est muselée. Un grand journal d’opposition vient d’être mis sous tutelle et a été occupé par la police. Et c’est avec ça que l’Europe discute ! C’est à ça qu’elle ouvre à nouveau ses portes ! C’est dans ce puits sans fond qu’elle déverse des milliards, près de 10 depuis 2002 ! Tout cela pour prier le nouveau sultan de garder le maximum de migrants chez lui !

La Turquie a une responsabilité énorme dans le drame syrien et l’exode des réfugiés. Les passeurs y exercent leur fructueuse activité au grand jour. Il est clair que les migrants, syriens, irakiens, mais aussi iraniens ou afghans, sans lien avec la guerre civile, sont cyniquement utilisés par Erdogan dans une sorte de chantage. Et c’est l’Europe qui culpabilise et qui s’excuse ! Si la Turquie a besoin d’argent, il semblerait que ses alliés sunnites du Golfe en possèdent suffisamment pour l’aider à accueillir des migrants en très grande majorité musulmans. Le meilleur moyen d’arrêter la fuite des Syriens est de permettre de restaurer la légitimité de l’Etat. Les Russes de Poutine s’y emploient. La marche des Kurdes vers l’indépendance et l’unité est apparue comme logique dès la fin de la Grande Guerre. Elle l’est davantage que celle du Kossovo… que les Turcs ont soutenue. Quand va-t-on cesser de faire les yeux doux, de montrer un « visage agréable » à un pays qui n’est ni européen, ni démocratique !?!

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Christian Vanneste