Cette fois, je quitte l’UMP… avant qu’elle n’explose

Lettre ouverte de Christian Vanneste à Jean-François Copé

Monsieur le Secrétaire Général,

Inscrit au RPR dès 1977 puis à l’UMP en 2002, j’ai toujours fait preuve d’une grande fidélité à ma famille politique.

En 2007, l’UMP m’a privé de l’investiture sous prétexte qu’une condamnation avait été prononcée contre moi. La Cour de cassation a annulé sans renvoi cette décision. J’ai pour ma part rejoint le parti et le groupe à l’Assemblée dès ma réélection. J’ai pu constater que mon ami Éric Zemmour dont la condamnation est devenue définitive avait été lui accueilli très chaleureusement par le groupe à l’Assemblée nationale, par la suite.

Toujours en raison du même sujet, mon opposition à la reconnaissance sociale d’une prétendue orientation sexuelle, génératrice d’identité et de communautarisme, j’ai à nouveau été privé d’investiture en 2012 et cette fois l’UMP a présenté un candidat contre moi.

Ma présence sur le terrain, mes interventions locales m’avaient valu le soutien des maires divers-droite. Mon activité à l’Assemblée a été soulignée dans plusieurs classements, même si le groupe ne m’a guère favorisé dans ce domaine, puisqu’en tant que Président vous m’avez privé d’un rapport auquel je tenais énormément. Plusieurs de mes propositions demeurent d’actualité, et se trouvaient souvent en phase avec vos thèses : je pense à la burka ou, de manière plus essentielle, à la TVA sociale.

“L’UMP – le parti et le groupe – m’imposaient de me taire sur un thème monopolisé en leur sein même par un réseau revendicatif qui n’a cessé de m’attaquer depuis des années et de réclamer mon exclusion.”

Malheureusement, l’agitation médiatique fut disproportionnée autour d’un seul sujet, sur lequel je suis peu intervenu et de manière volontairement discrète : un mot aux Quatre colonnes, sans intervention en séance sur le mariage entre personnes de même sexe, une interview sur un site catholique confidentiel, avec à chaque fois des points de vue solides, étayés par des connaissances anthropologiques, psychologiques, ou historiques. Dans les deux cas, une pluie de condamnations injustifiées et un buzz insensé ont pu faire croire que j’étais obsédé par ce problème alors que mes interventions à l’Assemblée, parfois critiques, c’est vrai, portaient sur d’autres questions à mes yeux plus importantes. En réalité, l’UMP – le parti et le groupe – m’imposaient de me taire sur un thème monopolisé en leur sein même par un réseau revendicatif qui n’a cessé de m’attaquer depuis des années et de réclamer mon exclusion. Je devais tout endurer sans me défendre, même sur un plan strictement intellectuel.

Je n’ai pas été exclu de l’UMP parce que rien dans ses statuts ne m’empêchait de défendre des idées qui sont présentes chez beaucoup de nos adhérents et de nos sympathisants. J’ai, cependant, été méthodiquement assassiné politiquement : oublié des visites ministérielles, étroitement limité dans mes interventions, et privé d’une investiture d’une manière totalement injustifiée. Pour finir, le sérieux avec lequel j’avais travaillé à ma succession a été retourné contre moi : le premier de mes collaborateurs est aujourd’hui maire de la troisième ville de la circonscription. Le deuxième sera sans doute maire de la seconde en 2014. Le troisième, que j’ai installé à ma place, celle de leader du groupe d’opposition à Tourcoing, après avoir proclamé publiquement qu’il ne se présenterait jamais contre moi, l’a fait à votre instigation, avec des moyens considérables fournis notamment par l’UMP, et donc grâce aux subventions publiques reçues par ce parti en raison de mon rattachement. Les trois lettres ont balayé trente ans de travail et de fidélité : vous pouvez en être fier. Vous pouvez être fier, en effet, d’un parti qui ne respecte pas la liberté de penser et de s’exprimer, d’un parti qui vient de perdre lourdement les élections pour n’avoir pas conduit notre pays avec courage et cohérence sur la voie des réformes structurelles nécessaires, d’un parti qui se complait dans les rivalités d’ambitions personnelles, mais qui a perdu toutes les élections depuis 2007, et n’a plus aujourd’hui le moindre commencement du début d’une idée ou d’une valeur en laquelle on puisse se reconnaître, un parti qui n’est plus qu’une gestion de ressources carriéristes à défaut d’être humaines. Pendant cinq ans d’immobilisme et cinq ans de gesticulation, j’ai globalement soutenu l’action des gouvernements et de la majorité, d’un Premier ministre, notamment qui n’avait pas hésité à faire caviarder ma photo sur son site. Mes critiques ont toujours visé à améliorer leur action, jamais à l’entraver : règle d’Or, ou amendements sur la citoyenneté, l’immigration ou encore la politique pénale, par exemple.

“Pendant cinq ans d’immobilisme et cinq ans de gesticulation, j’ai globalement soutenu l’action des gouvernements et de la majorité, d’un Premier ministre, notamment qui n’avait pas hésité à faire caviarder ma photo sur son site. Mes critiques ont toujours visé à améliorer leur action, jamais à l’entraver.”

Il me semble que le traitement que j’ai subi depuis 7 ans, et tout particulièrement depuis 4 mois de la part de l’UMP est assez unique dans son iniquité. Le parti a annoncé mon exclusion qui n’a jamais eu lieu, puis un retrait d’investiture, enfin mon intention de quitter la vie politique, dans le but évident de porter atteinte à la légitimité acquise aux yeux des électeurs sans qu’à aucun moment je n’ai pu être entendu par aucune instance, ni par vous-même. J’ai enduré ce traitement parfois avec colère. Aujourd’hui que vous avez assuré l’élection d’un jeune professionnel de la politique dans ma circonscription en m’écrasant sous le poids du papier, je crois nécessaire de vous annoncer ma démission d’un parti qui n’a plus rien de commun avec celui au sein duquel je m’étais engagé lorsque le gaullisme signifiait encore quelque chose.

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17Commentaires

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  • gros , 18 juin 2012 @ 21 h 48 min

    je ne peux qu’etre en plein accord avec Monsieur Vanneste , Faisant moi-meme parti de l’UMP, je me trouve dans l’incapacité de comprendre le fonctionnement de ces dirigeants.

  • RH , 18 juin 2012 @ 22 h 41 min

    “Inscrit au RPR dès 1977 puis à l’UMP en 2002, j’ai toujours fait preuve d’une grande fidélité à ma famille politique.”

    A sa place je ne m’en vanterais pas !
    Depuis 1977… c’est complètement fou.
    Errare humanum est, sed perseverare diabolicum.

  • Thierry , 19 juin 2012 @ 8 h 11 min

    C’est un homme honnête…qu’il rejoigne le FN

  • Pitch , 19 juin 2012 @ 10 h 37 min

    Il a mis du temps à lâcher le morceau, l’ex-député Vanneste… Fallait-il que la gamelle soit devenue bien vide, pour qu’enfin il se décide !

  • FOUGERON , 19 juin 2012 @ 10 h 47 min

    Réponse à Gros : Ce n’est pourtant pas difficile à comprendre : Les Copé, Barouin et même Fillon ont tout fait pour faire élire Hollande de façon à mieux s’approprier le pouvoir en 2017. Malheureusement nous aurons perdu 5 ans et en 5 ans il peut s’en passer des choses, et surtout des mauvaises. Nous allons néanmoins bientôt assister à cette guerre des chefs qui n’ont au final que foutre de la France et des Français. Ils ne valent pas mieux que Bayrou ! Pendant ce temps Marine va gagner des points.

  • Komdab , 19 juin 2012 @ 11 h 07 min

    Absolument !

  • barthes , 19 juin 2012 @ 11 h 07 min

    Enfin, les associations BB “lancent un appel à la vigilance, attirent l’attention des parti de la nouvelle majorité contre toute tentation de vouloir reprendre les slogans extrémistes sur l’insécurité et les idées xénophobe à l’encontre des immigrés” et ” rappellent aux représentants de ces partis LEUR ENGAGEMENTS PRIS, au cours des forums du BB, DEVANT LA COMMUNAUTÉ, déclaration reprises après la proclamation des résultats du vote, de ne S’ALLIER EN AUCUN CAS AU FRONT NATIONAL”

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