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Ecrit le 24 fév 2014 à 7:52 par Christian Vanneste dans Poing de vue
 
 

La République du Panthéon – Explication de la politique hollandienne

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Christian VannesteUne nouvelle opération de reconquête de l’opinion est lancée par l’Elysée. Après l’échec confus du changement de discours économique, le Président s’avance désormais dans le domaine symbolique. Par définition, le symbole ne se mesure pas à ses résultats. La gauche est tellement inepte sur le plan économique qu’elle ne peut plus exister que sur la question des valeurs et dans les débats de société. Il est vrai que là, elle bénéficie d’une foule de gens qui se croient journalistes et diffusent en permanence des préjugés enrobés dans une épaisse gangue d’ignorance. Le Président au Salon de l’Agriculture, le Président au Mont Valérien, la Terre qui ne ment pas et les morts qu’on honore, voilà qui vous rhabille un Chef de l’Etat dans l’uniforme que souhaitent lui voir revêtir des Français dont le coeur demeure paysan et qui désirent être fiers de leur pays. Visite courte et sans manifestation hostile à la Porte de Versailles. M. Hollande a fait semblant d’écouter, le ton faussement intéressé et l’appétit manifestement aiguisé. Le Pacte de responsabilité, comme le poumon chez Molière, ça explique tout, ça résout toutes les maladies, même les problèmes agricoles. Les images étaient plutôt bonnes, même si le désir d’en finir perçait parfois dans un regard à la recherche d’évasions. En revanche, aucune mesure précise n’a été annoncée. Le Pacte de responsabilité, vous dis-je.

Au Mont Valérien, c’était plus facile. On pouvait faire vibrer la corde mémorielle. On pouvait annoncer l’entrée au Panthéon de quatre personnalités de la Résistance. Le Président l’avait dit : l’année 2014 sera consacrée à la Commémoration. La posture est triplement avantageuse. Contrairement aux promesses, les souvenirs sont rarement démentis par le futur. Le respect dû  à la souffrance, aux martyrs et aux héros, fait taire la critique et suscite la communion unanime. De manière subliminale, on peut y glisser quelques touches politiques, de subtiles nuances partisanes. Non seulement elles ne seront pas dénoncées par peur d’être celui qui gâche la cérémonie et doit baisser la tête pour fuir les regards courroucés de l’assistance, mais encore, elles introduiront en douce des images mentales, des réflexes idéologiques qui forgeront les esprits et expliquent la conscience collective d’un peuple.

Sur ce plan, Hollande est meilleur que Sarkozy. Ce dernier, dont la culture n’est pas la plus grande qualité, avait bien saisi l’intérêt tactique de la Mémoire. Mais, il en avait fait trop, comme à son habitude, en faisant de Guy Mocquet, martyr certes, mais militant communiste plus que résistant, le symbole de l’engagement de la jeunesse contre l’occupant nazi. La tentative de récupération qui accompagnait la consternante ouverture à gauche a échoué, mais elle a participé à l’hémiplégie mémorielle de notre pays, qui fait naître son histoire en 1789, et ne prend en considération que les grandes heures de la République gravées quasi-exclusivement par des hommes de gauche. Rien, en revanche, ne déroge chez Hollande à la volonté d’instiller subtilement de l’histoire idéologique dans cette année mémorielle.

Premier message : la parité. Celle-ci, en tant que valeur née à gauche et comme d’habitude rattrapée à la course par la « droite », doit prévaloir y compris pour les grandes figures du passé. Comme le sexe, pardon, le « genre » masculin a eu tendance à monopoliser la guerre et l’engagement politique, ce n’est pas facile. Qu’à cela ne tienne, la discrimination positive doit agir pour imposer l’équilibre. Deux femmes, deux hommes. Les deux premières, rescapées des camps, ont une dimension sociale, tournée vers le Tiers-Monde ou le Quart-Monde. Ce sont des indignées actives qui peuvent être revendiquées par le progressisme. Germaine Tillon, ethnologue lutta contre le racisme et la torture. Elle eut des contacts avec des responsables du FLN. Evidemment, Jacques Soustelle, ethnologue lui aussi, résistant et gaulliste de la première heure, antiraciste convaincu, n’ira jamais au Panthéon puisqu’il était un gaulliste qui croyait à l’Algérie Française, comme Hélie Denoix de Saint-Marc, résistant et déporté…Le successeur de Jean Moulin, à la tête du Conseil National de la Résistance, George Bidault, démocrate-chrétien n’ira pas non plus, pour les mêmes raisons. Edmond Michelet, résistant, déporté, Ministre du Général, gaulliste et catholique fervent, pas davantage. Ni Henri Frenay, ni Honoré d’Estiennes d’Orves. Le premier fut un farouche anti-communiste, même en devenant socialiste après-guerre. Il est le fondateur de Combat, le plus grande réseau de résistance, et clairement de droite. Le second fut le premier vrai héros et martyr de la Résistance. Il était monarchiste.  Jean Zay, assassiné par la milice était socialiste. George Mandel, qui n’était certes pas socialiste, a connu le même sort, mais ne connaîtra pas le Panthéon. Pierre Brossolette, socialiste avant-guerre, avait vocation à exprimer le gaullisme politique, mais son sacrifice l’en a empêché.

Le Panthéon est un monument trop marqué par l’idéologie, un instrument de lecture idéologique de notre histoire.  Non seulement il a connu des entrées et des sorties selon l’air du temps, comme le chassé-croisé entre Mirabeau et Marat, mais encore, il opère une sélection qui ampute notre histoire et notre culture. Sous l’Eglise transformée en temple mémoriel qui parle de la France, la crypte évoque non pas la France, mais des régimes politiques, le Premier Empire, surreprésenté, et la République prise assez souvent dans le sens restrictif et partisan que la gauche donne à ce mot. On ne doit pas contester la présence de ceux qui y sont, comme Jean Moulin ou André Malraux, mais regretter qu’ils ne soient pas rejoints par d’autres, comme si la France se recroquevillait sur une partie de son passé, sur un passé de parti.

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Christian Vanneste

 
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