Quand l’extrême gauche fait la loi à Sciences Po

Jeudi 13 février, 27 rue Saint Guillaume, c’est l’effervescence. C’est le forum des municipales qui fait intervenir les candidats à la mairie de Paris dans l’établissement.

Parmi eux, le candidat FN, Wallerand de Saint-Just. Et c’est lui qui fait causer. Car la venue d’un homme politique du Front National est toujours tendue à Sciences Po. Pour plusieurs groupes de gauche, les représentants du Front National n’ont pas le droit de s’exprimer dans cette enceinte. Pour les présidentielles, l’accueil réservé à Jean-Marie Le Pen en 2007 et à Marine Le Pen en 2012 fut très hostile. Le 27 novembre dernier, sous leurs pressions et leurs menaces, un débat sur l’Europe a été annulé, parce que Florian Philippot y avait été invité. Cette annulation n’a pas été du goût de beaucoup d’étudiants de Sciences Po, mais personne n’a osé réagir, au-delà des protestations.

Ce jour-là, ils veulent recommencer, crier qu’aucun intervenant du Front National n’a sa place à Sciences Po et que leurs idées « ne doivent pas être débattues, mais combattues ». « Ils » ? Entre autres, le PS et son mouvement jeunesse, le MJS, EELV, le Front de Gauche pour les partis politiques, l’UNEF et Solidaires pour les syndicats étudiants. Ces groupes ne s’aiment pas trop. Pour les élections étudiantes, l’UNEF (gauche jusqu’au Front de Gauche) mettait en garde contre Solidaires et son opposition contreproductive. Pour Solidaires (SUD, proche du NPA), les jeunes de l’UNEF Sciences Po sont des installés qui ne peuvent accepter la lutte des classes. Mais aujourd’hui, on accepte la présence des sociaux-traîtres dans les rangs, on est moins sectaire que d’habitude, car il faut combattre le Front National. Le « Rassemblement contre l’extrême-droite » est prévu à 16 heures.

Ils étaient là dès 13 heures dans le hall principal de l’établissement, la « Péniche », comme l’appellent les étudiants de Sciences Po. Ils ont imprimé un millier de tracts anti-FN, distribués à tous les étudiants présents. En raison de la venue des personnalités politiques, les entrées dans l’établissement sont filtrées, il faut montrer sa carte d’étudiant. Les renforts du syndicat Solidaires et autres antifascistes extérieurs à Sciences Po sont dehors, devant le 27 rue Saint Guillaume, guettant l’arrivée des représentants du FN.

La vingtaine d’étudiants s’échauffe et crie en cœur les slogans « Pas de quartiers pour les fachos, pas de fachos dans nos quartiers », « Fachos hors de nos vie », « Première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d’immigrés ». Des étudiants s’attroupent, mus par la curiosité. Les étudiants commentent, mi-amusés mi-éberlués. « Qu’est-ce qu’ils sont contreproductifs » soupire l’un d’eux. Un étudiant étranger abonde : « En France, c’est la gauche la plus bête du monde ». Un autre dénonce la violence des slogans. On se garde tout de même de contre-manifester, par crainte des représailles. Le personnel de Sciences Po est nerveux, il craint des échauffourées. Ça hurle dedans et à l’extérieur.

Le souvenir de Clément Méric

Les slogans sont opportunément axés sur Clément Méric. Beaucoup l’ont connu et se souviennent. Pour les uns, c’était un camarade, un compagnon de lutte contre l’extrême-droite. D’autres, qui ont eu de mauvaises expériences avec lui, le décrivent comme un étudiant agressif avec ceux qui ne pensaient pas comme lui.

Il est 16 heures largement passé. Quelques jeunes hommes, au style élégant, entrent dans Sciences Po. Propres sur eux, ils se fondraient dans la masse. Ils se dirigent vers la file de droite réservée aux invités, qui mène vers l’amphithéâtre où a lieu le débat. Ils attendent pour entrer. Il s’agit de trois jeunes représentants du FN, candidats sur Paris, mais les étudiants ne les reconnaissent pas. Un manifestant s’approche. « C’est vous les fachos ? ». Les trois ne cachent pas leur appartenance frontiste. Les slogans dûment répétés fusent alors, harmonieusement orchestrés par les représentants de l’Unef et de Solidaires. Le vacarme devient insupportable et s’entend dans les salles de cours. « Nous sommes tous des enfants d’immigrés. Première, deuxième, troisième génération ! » est leur slogan favori. « Nous sommes tous des enfants d’immigrés. Première, deuxième, troisième génération ! », répètent-ils en cœur. Un étudiant s’amuse du fait que les manifestants hurlant soient tous « très français ». Pour son voisin, un « nous sommes tous des enfants de bourgeois » aurait été plus approprié. Tandis que les étudiants UNEF/Solidaires leur font face derrière la démarcation, les jeunes représentants du FN ont l’air interloqués, puis hilares, et observent ce joyeux baroud, fascinés par tant d’intérêt pour leurs personnes. Puis, amusés, ils filment le comité d’accueil avec leurs téléphones portables.

Les cris continuent jusqu’à l’entrée des jeunes FN dans l’amphithéâtre. Désormais, on attend Wallerand de Saint-Just. Va-t-il arriver bientôt ? Vous êtes sûrs qu’il va entrer par là ?

Peut-être qu’on l’a fait entrer par l’arrière ? Comme le Cardinal Barbarin, autre « indésirable » ? En effet, en avril dernier, ces mêmes groupes de gauche avaient choisi de troubler la venue du Cardinal Barbarin. Le prétexte, alors, est que la Manif pour Tous serait « homophobe ». Le communiqué unitaire (PS-MJS-EELV-Front de Gauche-NPA-collectif féministe « GARCE »-UNEF-Solidaires- l’association LGBT de Sciences Po « Plug n’Play ») désigne « Barbarin » (tout court) comme étant « l’un des homophobes les plus écoutés de France ». Le communiqué menaçait d’avance : « Dans ce contexte, nous nous sentons insulté.e.s par sa venue à Sciences Po ». Le jour de la conférence, l’ambiance était électrique. Mais les groupes qui attendaient Mgr Barbarin ne l’ont jamais vu venir : tandis qu’ils se massaient tous au 27 Rue Saint Guillaume, le cardinal est entré par la porte de la rue opposée.

Les mêmes contre les catholiques

Cette nébuleuse de gauche se définit par un anticatholicisme virulent qui s’est renforcé lors du débat sur le mariage gay.

Le Centre Saint Guillaume (CSG) est l’aumônerie catholique de Sciences Po. C’est la plus ancienne des associations reconnues à Sciences Po. En novembre 2012, des jeunes de l’aumônerie distribuent des prospectus pour la Manif pour Tous à Sciences Po, chose assez rare dans une école plus habituée aux tractages des divers groupes de gauche et d’extrême-gauche. Une initiative assez courageuse de leur part : aucune autre association reconnue de Sciences Po, ni politique, ni religieuse (ni l’association musulmane, ni l’association juive) n’avait osé diffuser les tracts Manif pour Tous en son nom. Afin de respecter le règlement de l’école, l’aumônerie a apposé son logo sur les flyers.

Voir des tracts de la Manif pour Tous à Sciences Po déclenche la fureur de groupuscules d’extrême gauche. Ils essaient de faire interdire par l’administration le tract pour « homophobie ». Raté. Mais leur colère ne s’éteint pas. Réactions violentes contre les personnes, menaces de dissolution de l’aumônerie catholique : l’hostilité est vive.
Après la mort de Clément Méric, l’aumônerie de Sciences Po est taguée d’un « Zone antifasciste ».

La tension est alors à son paroxysme. Les cathos sont jugés un peu coupables pour Méric. Bien que soutenue dans son bon droit par la direction de Sciences Po, l’aumônerie, confrontée à l’animosité toujours vive de ces militants de gauche, décide de faire profil bas. En raison de ce climat d’hostilité aiguë, l’aumônerie a prié Tudgual Derville d’intervenir dans d’autres locaux que ceux de Sciences Po pour présenter le mouvement Écologie Humaine.

Mais revenons à la mobilisation anti-FN. Wallerand de Saint-Just est déjà à l’intérieur de l’amphithéâtre, les protestataires ont raté son arrivée. Ils se rapprochent alors de la porte de l’amphithéâtre pour crier leurs slogans, sûrement de manière à être entendus de l’intérieur. Le vacarme continue.

Anne Hidalgo sort de l’amphithéâtre (les candidats arrivant en décalé). Elle est entourée de journalistes, mais n’est clairement pas au centre des attentions. Seul le FN préoccupe les étudiants. Avant qu’elle ne quitte les lieux, une question lui est posée sur l’action de ces jeunes qui manifestent depuis tout à l’heure contre le FN. « Si j’étais étudiante, j’aurais sûrement fait ce qu’ils font », avoue-t-elle admirative.

Ironie du sort, après ces déclarations, la candidate socialiste est accueillie dehors par les cris des antifascistes contre elle et son parti. On est toujours le facho de quelqu’un.

Entrée des antifas étrangers à Sciences Po

A l’extérieur, ça piétine. Les antifas n’ont pas vu passer le candidat FN, ils le savent à l’intérieur, ils bouillent. Les appariteurs qui contrôlent les entrées ont du mal à contenir les masses. Soudain, leur barrière humaine cède : les antifascistes viennent de rentrer de force à Sciences Po. Gros mouvement de foule. Panique. Des appariteurs sont frappés. Coups, bousculades. Les antifas forcent le passage au mépris du règlement de l’établissement. Ils se frayent un chemin à coups de bras. Ils se rassemblent à l’endroit où se trouvaient les étudiants anti FN de Sciences Po. Les élèves s’écartent sur leur passage. Ils déploient une banderole « Fachos, hors de nos vies » et vocifèrent leurs slogans sous les yeux médusés des étudiants de Sciences Po.

Ils sont une vingtaine. Ils ne sont pas de Sciences Po. Ils ressemblent à des hooligans. Beaucoup sont gantés de noir, ils cachent leur visage, capuches enfoncées sur le crâne, regards implacables.

Pendant de longues minutes, ceux-ci font une démonstration de force, imposant leurs cris de ralliement, déployant leurs banderoles. Les étudiants, en face d’eux, sortent leurs téléphones pour filmer cet étrange spectacle. Le personnel est dépassé.

Les élèves de Sciences Po qui manifestaient se retrouvent entre deux eaux. On leur a pris la place, mais ils ne condamnent pas les actions des antifas. « Ils ont juste des méthodes différentes des nôtres », se justifient des membres de l’UNEF.

Les appariteurs essaient alors de faire sortir les antifas sans heurts. Ils font reculer les étudiants de Sciences Po pour laisser un passage. Les antifas évacuent alors les lieux la tête haute.

Un moment de répit commence. Une fois les antifas dehors, toutes les sorties de Sciences Po sont soigneusement bouclées. Pas moyen d’entrer ou de sortir. Des étudiants se plaignent de ne pouvoir accéder à la cour, barrée par un grand gaillard du personnel visiblement très anxieux se justifiant ainsi: « Il y aurait pu y avoir des blessés tout à l’heure ! ».
C’est l’heure de sortie des cours, des foules d’étudiants sont amenés à circuler dans les couloirs, il faut donc rouvrir les passages. Les antifas cherchent à en profiter pour rentrer de nouveau. Sauf que cette fois, il y a les CRS, appelés à la rescousse. Un des antifas est complètement ivre. Quelques interpellations ont lieu.

A l’intérieur, les groupes de gauche sont de nouveau en place. Le hall principal est bondé, entre les protestataires, les étudiants sortant de cours, ceux se rendant en cours, les curieux… la confusion règne. Un étudiant traverse le groupe des protestataires massés près de l’amphi, se trouve empêché dans ses mouvements. Il se retourne et réagit de vive voix : « Je vais en cours, vous n’allez pas m’en empêcher, ça suffit ! ». Les étudiants de Solidaires admonestés baissent la tête. Cet étudiant est l’un des seuls à exprimer son indignation. En général, la peur des représailles paralyse ceux qui voudraient agir. Un élève s’est fait harceler dans l’établissement après avoir dénoncé dans le journal de Sciences Po les méthodes violentes de Solidaires. Un autre a été frappé par plusieurs individus qui lui reprochaient ses idées politiques et ne s’oppose plus publiquement désormais à leurs actions.

Les opposants au FN repartent contents d’eux

Quelques temps plus tard, le calme revient. Les gens se dispersent. Sans que cela soit remarqué, Wallerand de Saint-Just est reparti, NKM est entrée. La candidate de Front de Gauche, Danielle Simonnet, qui s’était félicitée de l’action anti-FN, est ignorée à sa sortie.

Complicité de la gauche radicale, complaisance de la gauche institutionnalisée, impunité de la part de l’administration : les groupuscules violents d’extrême gauche ne sont pas inquiétés à Sciences Po.

Lire aussi :
> Le Président de l’UNEF Sciences po Paris agresse sexuellement un jeune opposant à la dénaturation du mariage

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26 Comments

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  • 0 / 10
  • Lieutenant X² , 12 mars 2014 @ 16 h 15 min

    Inquiétant de voir cette monté du (anti)fascisme en France. A Science Pipo ils se sentent chez eux puisque c’est un centre de formatage au socialisme. Tous les prétentieux crasseux d’ignorance qui embourbent la fange politico-merdiatique est issue de ce marécage parisien.
    En plus, ils applaudissent, se félicite et se gargarisent de cette haine “pavlovienne”.

    Ils feraient mieux de lire les livres au lieu de se brûler la cervelle devant leur télé-vision.
    Pouvoir complice, pouvoir traître, pouvoir socialistofasciste. Mussolini et Churchill doivent se retourner dans leur tombe. 🙂

    Merci Mr Perrin pour ce témoignage!

  • V_Parlier , 12 mars 2014 @ 17 h 13 min

    C’est encore pire que je ne le pensais. Et tout çà, çà prétend nous gouverner plus tard.
    Le bobo révolutionnaire guerrier, une autre variante dont je sous-estimais le développement.

    On peut prévoir que si un jour les US et l’UE veulent nous renverser (si un jour notre gouvernement venait à sortir de l’UMPS qui leur est favorable), ils s’appuieront indirectement sur de tels gugus pour créer l’instabilité nécessaire à un coup d’Etat. Peu importent les marionettes, pourvu qu’on puisse y fourrer discrètement la main…

  • Catholique & Français , 12 mars 2014 @ 17 h 15 min

    “Science Pipo” : j’adore ! Quant à Mussolini et Churchill, vous me rappelez cette histoire amusante racontée par Horace de Carbuccia dans ses Mémoires (soit dans “Les Racines de l’Enfer”, soit dans le tome précédent) : Churchill avait visité une usine ou des bureaux avant la prise du pouvoir italien par le Duce; partout, des ouvriers révoltés, ne travaillant que très peu et n’ayant à la bouche que les mots “Révolution”, “Soviets”… De retour dans l’établissement après la Marche sur Rome, Winston fut stupéfait de retrouver une usine bourdonnant comme une ruche, avec une productivité prodigieuse. Il se renseigna sur le personnel : c’étaient les mêmes visages, les mêmes cadres, les mêmes syndicalistes, les mêmes ouvriers que ceux qu’il avait vus auparavant. Pragmatique et sans état d’âme, Churchill conclut : “Si j’étais italien, je serais fasciste !”

  • Antoine , 12 mars 2014 @ 17 h 25 min

    “Les fascistes se diront demain antifascistes” (Winston Churchill).

  • Du Guesclin , 12 mars 2014 @ 17 h 28 min

    GUD revient.

  • Tite , 12 mars 2014 @ 19 h 20 min

    Cette bande de béotiens si courageux qu’ils avancent masqués, reprennent invariablement les slogans de leurs prédécesseurs ignorant visiblement que le fascisme est de gauche, braillant donc pour s’exclure eux-mêmes. Mort de rire…
    On les avaient déjà face à nous dans les années 70, planqués sous leurs casques de moto payée par leurs papas, petits bourgeois en mal de reconnaissance et d’existentialisme révolutionnaire. Ceux-là se retrouvent aujourd’hui dans les hautes sphères de l’administration, planqués en attendant de confortables retraites. Ceux-ci finiront de même…
    Le moins que l’on puisse dire, c’est que leur niveau intellectuel se situe à la hauteur des caniveaux.

  • Tite , 12 mars 2014 @ 19 h 27 min

    Rectification :
    On les avait (et non avaient).
    Pardon! Fin de journée /fatigue

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