De la lâcheté avant toutes choses.

Tribune libre

On a l’esprit démocratique, on se nourrit de droits de l’homme, on tente de ne pas être un salaud intolérant, on excuse à tour de bras, on a fait définitivement sienne la mine bourgeoise de la rombière de parvis compatissant sur le sort du voyou qui lui a arraché son sac.

On se crétinise, vite, très vite. On perd ses accents humains, on se concitoyennise, on sourit dans le bus, on trie ses déchets, on écoute bêler Yannick Noah, on paie ses impôts, on va à la fête des voisins. On en arrive même, pour peu qu’août soit chaud, à trouver quelques charmes à Paris Plages. On s’habitue à comprendre que le môme qui a brûlé une voiture l’a fait par revanche sociale, parce qu’un jour, sans nul doute, son aïeul noir s’est pris une torgnole de votre aïeul blanc.

Nous ne sommes plus primaires, nous ne sommes plus réels, nous sommes des citoyens du monde conscients de l’absolue nécessité de faire de la solidarité et de l’échange, comme autrefois la bourgeoise catholique XIXe faisait dans l’aumône et le rapetassage de jupons.

Il faudrait quelqu’un, enfin, capable de ne plus prendre de gants, une voix puissante et damnée pour notre temps, pour crier enfin une colère qui ne soit pas ciselée par le souci de se faire comprendre ou accepter. Quelque chose qui sente le sang et la chair, la passion de survivre.

Un militaire français a perdu un œil, à Castres. « Castres a été cette nuit-là le théâtre d’une bataille rangée entre une soixantaine de protagonistes, des soldats du 8e RPIM et des jeunes, en marge d’une fête locale. Selon un haut officiel tarnais et le colonel Eric Chasboeuf, chef du corps du 8e RPIMa, les soldats ont été insultés aux cris de « sales militaires » ou « sales Français » à leur sortie d’un bar du centre. Selon le colonel Chasboeuf, les parachutistes, alors au nombre d’une dizaine, ont eu le tort de défendre une jeune fille que des jeunes importunaient. Ils ont été attendus à leur sortie de l’établissement par les jeunes, qui avaient appelé du renfort. L’alcool aidant, les coups sont partis. D’autres militaires et d’autres jeunes sont arrivés à la rescousse. L’affrontement a tourné à la bagarre générale sur la grande place du centre-ville. » (Le Parisien).

Faut-il donc que nous soyons devenus lâches, et indignes de vivre, enfin, pour que nous acceptions le silence devant ce type d’évènements ? Un militaire français perd son œil au cours d’une bagarre causée par la défense d’une fille « importunée » (le joli mot), aux cris festifs de « sales militaires » et « sales Français », et les habituels hérauts de l’indignation subventionnée, les Dominique Sopo, les Patrick Lozès, les Cyndi Leoni, les Michel Tubiana, les Jean-Luc Mélenchon et les Martine Aubry se taisent, moisissent dans leur silence terrifié de sous-bidasses découvrant soudain que le feu brûle et que l’arme tue.

On ne les entendra pas, pas plus qu’on ne peut espérer que ce qu’on appelle, dans une ironie qui a aujourd’hui force de premier degré, le gouvernement, fera l’effort de murmurer doucement, à un quelconque chef de cabinet, que cette affaire est bien triste, vraiment, et que l’on n’est pas content, dame ! Pas content du tout.

Quant à la presse, elle sera fidèle aux promesses de son baptême moderne : elle sera absente ou ira palpiter du croupion, à Castres, pour nous pondre quelque reportage larmoyant sur ces pauvres gosses qui s’ennuient tellement, à qui « on n’a pas donné de travail », qui sont « parqués » dans des « cités » et dont il faut comprendre « le sentiment d’exclusion ». Au mieux, Paris Match attendra deux semaines et enverra quelque voyeuriste salarié photographier le visage ravagé du para borgne et gratter quelques colonnes au pathos vomitif sur lesquelles les patients du dentiste verseront une larmichette avant de se faire piquer la gencive.

Plus de mots ! Assez de mots ! Que cesse, enfin, cette litanie de justifications permanentes du citoyen tellement civilisé qu’il en oublie qu’il a un corps, et que son corps mérite d’être défendu et sauvé. Que rien ne justifiera, jamais – et certainement pas la haine bâtarde de gosses qui violent et bastonnent et pillent – qu’un militaire perde un œil sur son territoire, officiellement en paix.

Nous continuerons d’accepter, parce que nous sommes lâches et que l’angoisse est devenue chez nous une seconde nature, qu’un vieillard dix fois agressé, répliquant d’un très sain coup de carabine, se retrouve au mitard. Nous continuerons de nous lamenter pendant dix jours sur le sort du parachutiste qui sera vite oublié. Nous serons exactement ce que l’on a fait de nous : des gens qui s’indignent comme on fait son jogging, parce que nous ne trouvons pas d’issue rationnelle ou adaptée, ou parce que celles qui se proposent relèvent d’une époque où l’on connaissait encore le goût du sang et la puissance de la lutte.

Lire aussi :
> L’action plutôt que l’indignation

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14 Commentaires

  • Michel , 11 septembre 2012 @ 14 h 19 min

    Oui, j’ai honte de ce pays si heureux de faire naufrage.
    J’ai honte de ne pouvoir que proclamer ma honte et ma colère et de ne rien pouvoir faire de plus. Vers qui se tourner ?
    Qui lèvera l’étendard de la révolte ?
    En 1940, comme aujourd’hui, l’ennemi était dans la place ; mais ceux qui ne baissèrent pas les bras purent se tourner vers Londres.
    Vers qui se tourner aujourd’hui ?

  • Anarchriste , 11 septembre 2012 @ 15 h 25 min

    “Il faudrait quelqu’un, enfin, capable de ne plus prendre de gants, une voix puissante et damnée pour notre temps, pour crier enfin une colère qui ne soit pas ciselée par le souci de se faire comprendre ou accepter. Quelque chose qui sente le sang et la chair, la passion de survivre.”

    Pourtant, les tribunes de Guillebon et Gaver n’ont pas eu l’air de vous plaire.

  • Greg , 12 septembre 2012 @ 0 h 48 min

    Encore un article qui appel à la haine, sur base de préjugés raciaux…

    Pourquoi ne pas indiquer dans votre article que selon plusieurs sources policières, c’est un militaire basé à Toulon qui est le principal suspect en ce qui concerne le coup de tesson de bouteille porté au visage du para du 8ème RPIMA ?

    Ah ben oui, le coup de la bande de Maghrébins racistes qui éborgne un soldat, ça fait plus couler d’encre…

    Il y avait des Maghrébins des 2 côtés.

    Il y avait des militaires des 2 côtés aussi.

    Des Maghrébins ont donc frappé d’autres Maghrébins, et des militaires ont frappés d’autres militaires.

    Voilà la réalité.

  • gzz 40 , 12 septembre 2012 @ 8 h 10 min

    Encore une info de M…qu’on balance ,sans preuve et sans fondement…
    Vous êtes enquêteur ,journaliste,c’est quoi ces sources policières qui vous permettent de dire que les militaires se “foutent sur la gueule ???
    Si il y a une corporation où l’on se serre les coudes ,dans toutes les situations,c’est bien dans l’Armée Française toutes Armes confondues TERRE- AIR- MER

    Et comme vous dites “VOILA LA VÉRITÉ “

  • Greg , 12 septembre 2012 @ 9 h 22 min

    Une info de M…. balancée sans preuves et sans fondements ?

    lool

    Faut peut être se tenir au courant de ce qui se passe suite aux interpellations, et pas se limiter à polémiquer sur des stéréotypes basés sur des “on dit que…”

    Le militaire de 24 ans, habitant de Castres, et basé dans un régiment à Toulon, est venu par derrière le para du 8, et lui a asséné le coup de tesson de bouteille en plein visage. Il a été vu par la police, identifié par la police, et celle-ci est venue l’interpeler à son domicile dimanche matin. Là, il dort en prison en attendant son jugement pour, je cite : ‘violence en réunion ayant entrainé une infirmité permanente”

    Le second jeune interpelé, un jeune de 19 ans, est lui accusé d’avoir roué de coups de poings un autre militaire.

    Donc oui, je signe et persiste : Voilà la réalité…

    Et désolé que ça aille en contradiction avec, je vous cite : “Si il y a une corporation où l’on se serre les coudes ,dans toutes les situations,c’est bien dans l’Armée Française toutes Armes confondues TERRE- AIR- MER “

  • Nofont , 12 septembre 2012 @ 9 h 34 min

    Quand aurons-nous un gouvernement qui reconnaîtra que cette situation ne peut plus durer. Hollande veut pouvoir avoir son sourire ridicule partout ou il pose les pieds. Quel fantoche ce mec là !
    L’armée française et ses soldats ne sont plus respectés; lui chef des armées se fait insulter et il ne réagit même pas. Quand y aura t’il un de ses sous-fifre qui lui fera comprendre son incompétence.
    Valls aprés avoir décidé quelques expulsions s’est fait frapper sur les doigts. S’il avait les mains libres il se sentirait les coudées franches !

  • Odette de Lannoy , 12 septembre 2012 @ 11 h 18 min

    Elle serait trop loin de leurs réalités…qui volent très très bas……désolée

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