Victoire d’Obama. Victoire de l’Amérique ?

Tribune libre de Christian Vanneste*

« Rome n’est plus dans Rome. » L’enthousiasme sans limite des Français pour l’Obamania n’est que le reflet révélateur de l’orientation gauchisante d’une large majorité des journalistes de notre pays. Sur les questions nationales, le public, confronté aux réalités quotidiennes offre une plus grande résistance à la désinformation et oblige les médias à plus de retenue. Cette partialité a transformé une petite victoire en un triomphe du bien contre le mal, d’un « noir » sympathique et socialisant (comme le sont tous les hommes politiques de droite en France) sur un richissime conservateur, ultralibéral, religieux, et qui, membre d’une secte, serait suspect aux yeux de la Miviludes en France. Qui plus est, un dégagement malheureux sur les « assistés » américains, des phrases pour le moins surprenantes sur le viol de la part de ses partisans ont fini de dessiner un épouvantail, seulement un peu moins repoussant ou ridicule que ne l’était G. W. Bush.

Cette vision simpliste fait perdre l’essentiel. La victoire d’Obama présente deux aspects dont l’un devrait nous inquiéter pour notre pays même. Certes, le Président sortant possède un talent exceptionnel de communicant et un véritable génie stratégique pour les campagnes. Il sait choisir les bonnes postures et utiliser les vecteurs les plus modernes. Il a ainsi revêtu son uniforme de commandant en chef devant l’ouragan, comme Schröder l’avait fait en Allemagne, lors des inondations. Ses partisans ont battu tous les records sur Twitter. Le second aspect de cette victoire est plus troublant : Si Romney a mobilisé une très large majorité des hommes blancs, Obama a additionné les votes communautaires dont les revendications sont diverses et parfois contradictoires avec l’intérêt national. Les exilés cubains de la première génération votent républicain par anticommunisme et renforcent ainsi l’adhésion aux valeurs américaines. La grande majorité des Latinos votent démocrate parce que les Républicains veulent limiter l’immigration, et la submersion de certains États par une population hispanique, sa langue, sa culture, son mode de vie. Le Président a salué les Américains, après sa victoire en déclinant cette diversité et en faisant référence à l’orientation sexuelle, comme si celle-ci pouvait sérieusement constituer une des communautés identitaires participant à l’avenir du pays. En fait, il a obtenu le soutien de ceux qui demandent le mariage entre personnes du même sexe auquel il s’est dit favorable. La majorité des femmes a voté pour lui d’une façon plus compréhensible en raison des maladresses de certains candidats républicains qui ont été battus d’ailleurs. Mais la revendication en faveur de l’avortement n’est guère porteuse d’avenir… Le vote noir est venu naturellement au secours d’un candidat qui aura marqué l’histoire des États-Unis en étant le premier homme de couleur à entrer à la Maison Blanche.

La victoire des « communautés » sur les WASP, les blancs anglo-saxons protestants, paradoxalement représentés par un Mormon peut-être sympathique, vue de loin. Elle est inquiétante, car dans une démocratie, le souverain doit être le peuple et non le nombre. Or lorsque l’addition de groupes dont les exigences ne sont pas nécessairement conformes à l’intérêt supérieur du pays l’emporte sur le groupe dont les valeurs ont forgé l’esprit national et décidé de l’histoire d’une nation, il y a un risque de faire disparaître cet esprit et de casser son aptitude à construire l’histoire. Une évolution de ce type est difficile à éviter dans un pays entièrement fondé sur l’immigration, à l’exception des Indiens. La faculté d’absorption de l’Amérique, le patriotisme qui y règne, le modèle de la nation la plus puissante et l’attraction qu’elle suscite suffiront peut-être à surmonter ces difficultés. La France n’est pas un pays d’immigration, elle n’a pas les mêmes capacités de résistance. Les drapeaux étrangers qui s’agitaient lors de la victoire de François Hollande étaient significatifs de cette différence essentielle. Un parti qui s’appuierait sur les communautés en France serait mortel pour notre pays. Il l’est peut-être déjà.

*Christian Vanneste est un ancien député UMP du Nord.

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2 Commentaires

  • Louis Milquet , 12 novembre 2012 @ 10 h 18 min

    Les électeurs blancs ont boudé l’élection présidentielle américaine

    http://www.xn--pourunecolelibre-hqb.com/2012/11/les-electeurs-blancs-ont-boude.html

  • Gérard , 12 novembre 2012 @ 12 h 31 min

    “Un parti qui s’appuierait sur les communautés en France serait mortel pour notre pays” ! ! !
    J’ai du mal à comprendre l’emploi du “conditionnel” dans cette prhase.
    Ne sommes nous pas en train de mourir ?
    Il me semblait que Hollande avait été élu avec les voix des communautés … comme Obama !

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