L’émergence d’une Grande Armée

Tribune libre de Jean Dutrueil

L’historien Dominique Venner a une remarque très juste lorsqu’il dit que les très grands mouvements historiques ne sont pas toujours perçus par ceux qui les vivent, trop focalisés sur l’événementiel au lieu de voir le fond qui les provoque.

La France et l’Europe sont dans une phase cruciale de leur Histoire. La seule qui lui ressemble – en plus modérée – fut l’effondrement de l’Empire romain sur fond de dépaganisation, christianisation, désagrégation économique et invasions barbares.

Car aujourd’hui il y a bien invasion migratoire encore plus forte qu’au Ve siècle et qui n’est même plus européenne mais africaine et asiatique, un effondrement du christianisme sans une réelle spiritualité qui se substitue et une crise très profonde de la civilisation techniciste et individualiste.

Mais, à l’ombre de ce chaos, de très grands signes d’espoirs apparaissent et trop peu ont conscience de leur importance. La France n’a jamais été aussi à droite qu’aujourd’hui. Voir sur ce sujet la très bonne étude du n°3986 de l’hebdomadaire Valeurs Actuelles décryptant les récents sondages. De plus, alors que le XIXe siècle fut marqué par l’exode rural, celui-ci est marqué par l’exode urbain massif dans le périurbain et le rural des Français des classes moyennes et d’écrasante majorité de souche.

Selon le géographe Christophe Guilly, cette classe populaire est très intéressante à étudier. Pourquoi ? Car premièrement, même appauvrie par une situation économique morose, elle veut devenir propriétaire : certains s’endettent pour 20 ans ou plus. Cela signifie que les membres de cette classe ont un besoin d’enracinement géographique. Je ne crois pas qu’ils ne font que fuir l’insécurité produite par le multiculturalisme et/ou la vie urbaine trop chère mais désirent aussi plus ou moins consciemment se rapprocher de la nature, car nos sociétés sont allées trop loin dans l’artificialisation de la vie.

De plus, même si ce petit peuple se marie de moins en moins, les familles se séparent plus rarement qu’en ville et la démographie est stable : 2,2 enfants par femme. Ceux qui parlent du Grand Remplacement de population à l’instar de l’écrivain Renaud Camus observent seulement les villes entourées de banlieues d’immigrés et ne voient pas ce qui est en train de se passer ailleurs ! Au grand dam du Système, l’éternité du peuple français qui est sur ses terres depuis le néolithique, comme l’a rappellé l’historien Fernand Braudel, continue ! Comme l’a très bien décrit Étienne Lahyre sur le site de réinformation Boulevard Voltaire, un phénomène similaire de déplacement des autochtones vers le périurbain et le rural se déroule au Royaume-Uni qui subit une invasion migratoire semblable.

Ce peuple, s’il ne va pas à l’Église, qui ne répond plus à ses attentes, est pourtant taraudé par des questions spirituelles comme le soutient le journaliste Laurent Dandrieu : seulement 5% des Français pratiquent le catholicisme alors que 85 % désirent du spirituel… la question divine revient en force.

« Nous sommes en train de vivre un grand basculement dextrogyre. »

De plus, les sondages parus pendant l’élection présidentielle de 2012 ont montré un bouleversement révolutionnaire. Selon Le Figaro, 30% des Français de 18-25 ans ont voté Marine Le Pen et 28% pour Nicolas Sarkozy version Patrick Buisson qui avait un discours de campagne encore plus musclé que celui du FN. Par conséquent, 60% sont de droite dure sachant que les extra-Européens de nationalité française votent massivement à gauche et regroupent 1/4 de la jeunesse. Donc l’écrasante majorité des jeunes de souche est très à droite.

L’un de ces sondages du Figaro demandait à ces jeunes Français les sujets les plus préoccupants. Le plus important est l’identité puis l’immigration, ensuite la sécurité et enfin l’économie. Cette échelle est très révélatrice : alors que nous allons vers un monde de plus en plus dégradé économiquement où les jeunes subissent le chômage de plein fouet, l’économie est en dernière position. Si les trois premières notions sont liées, elles sont malgré tout distinctes et l’identité n’est pas qu’un simple désire de vivre dans l’homogénéité ethnique mais aussi civilisationnelle et spirituelle. De quoi donner raison à Régis Debray quand il déclare qu' »une nation est un peuple, des frontières et une transcendance ». La souffrance provoquée par l’effondrement économique n’appelle pas un désir de confort mais, au contraire, une soif d’absolu et de grandeur. Les Manifs pour Tous en sont la preuve éclatante, composées de nombreux jeunes à l’avenir plus qu’incertain qui, pour la première fois depuis un demi-siècle, défilent non plus pour des intérêts particuliers mais pour défendre l’un des fondements de notre civilisation européenne !

Nous sommes en train de vivre un grand basculement dextrogyre. Comme le remarquait le journaliste Bruno de Cessole dans son excellent Dîner des Réfractaires, la France d’avant 1789 était globalement de droite et depuis de gauche. Pourquoi ? Parce que, comme l’affirme Karl Max (qui ne dit pas que des bêtises), « l’infrastructure commande la superstructure ». En d’autres termes, notre manière de vivre détermine ce que nous sommes. C’est la contre-civilisation du charbon et du pétrole qui permet le confort d’une société plate, matérialiste, égalitaire et individualiste. Un peuple plus près de la nature, de sa souffrance et de sa beauté, désire de la sacralité, de la verticalité et stabilité du pouvoir, du communautaire, du religieux, de la grandeur et de la puissance !

Or ce monde techniciste ayant entre autre permis des monstruosités idéologiques n’ayant aucun lien avec le réel (le communisme, le nazisme, le fascisme puis le multiculturalisme avec son règne total de l’argent) est en train de se détruire, lentement mais sûrement. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a plus de pétrole à bas prix ! La fête est finie ! Et ce depuis le déclenchement de la crise de 2008, qui n’est pas qu’économique mais aussi énergétique car correspondant à la phase du pic pétrolier : phase où désormais nous consommons plus de ressources rares que nous en trouvons.

J’en veux pour preuve non pas les slogans des écolos bobos mais les études très bien faites d’ingénieurs et géologues ayant fait notamment leur carrière à Total tels Pascal Renardet ou Jean Laherrère expliquant que nous perdons désormais mondialement 5% de pétrole tous les 5 ans. L’agence Internationale de l’Énergie (AIE) a, elle aussi, reconnu le passage de ce pic pétrolier. L’association d’ingénieurs pétroliers ASPO qui regroupe, entre autres, de nombreux anciens cadres de Total, souligne que toutes les récentes découvertes notamment en gaz de schiste, sables bitumeux, etc. ne couvrent que la moitié de la consommation mondiale, les stocks ne sont donc plus suffisants.

Nous sommes des animaux politiques. Puisque notre environnement se droitise, ne pouvant plus soutenir une telle artificialisation urbaine et tertiaire, et donc se rapprochant fatalement de la nature, nous suivons le mouvement. Aujourd’hui est la fin de Mai 68 sur fond de montée de chômage (1 000 personnes de plus chaque jours depuis 11 mois ; car il n’y a plus suffisamment d’énergie pour soutenir les emplois du capitalisme), mais dans 10-15 ans quand ce manque troublera l’agriculture et l’élevage intensifs (reposant sur les engrais à base de pétrochimie) et la répartition de nourriture par transport dans les villes alors ce sera la fin, et ce définitivement et pour toute la planète, de l’ère « technico-gauchiste » enclenchée à partir de la date symbolique de 1789 !

Donc ce n’est pas le moment de fuir mais au contraire d’être patient et courageux jusqu’à qu’une poignée d’entre nous qui sommes patriotes saisisse le pouvoir au bon moment pour accompagner ce gigantesque et grandiose mouvement historique ! 28% des Français font confiance dans les partis politiques alors que 80% éprouvent de la sympathie pour l’Armée, source d’ordre et de sacrifice. La Grande Armée n’est plus désormais uniquement le nom d’une avenue parisienne…

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79Commentaires

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  • 0 / 10
  • guigui , 16 mai 2013 @ 13 h 53 min

    Barjot dégage sinon les oeufs fuseront le 26.

  • jejomau , 16 mai 2013 @ 14 h 04 min

    Très bonne analyse. Remarquable . Il reste à une élite issue de ce peuple de France, rejetant viscéralement l’intelligentsia médiatico-politique actuelle…. de penser dès aujourd’hui à organiser les structures qui permettront au peuple de continuer à vivre, à s’habiller, à travailler, etc…. bref à organiser ce qui constitue le Bien commun de l’ensemble cette population qui a été abandonnée par la racaille qui occupe le pouvoir aujourd’hui.

  • Paul Makamea , 16 mai 2013 @ 14 h 21 min

    Bravo à l’auteur pour cet excellent article très fouillé et plein de références !
    Je ne sais si vous avez raison sur tout ce que vous énoncez, mais ça donne de sérieux compléments de réflexions. Merci !

  • A. , 16 mai 2013 @ 14 h 22 min

    Intéressant, mais quelques perles: « Aujourd’hui est la fin de Mai 68 sur fond de montée de chômage (1 000 personnes de plus chaque jours depuis 11 mois ; car il n’y a plus suffisamment d’énergie pour soutenir les emplois du capitalisme), »
    ***
    Si notre économie est ravagée c’est à cause de l’ultra-libéralisme dogmatique imposé par Bruxelles et complaisamment accepté par l’UMPS.
    L’énergie n’a rien à voir avec le chômage. Il faut beaucoup d’énergie pour transbahuter tous les produits fabriqués ailleurs…

  • alain , 16 mai 2013 @ 14 h 23 min

    POURQUOI LA RADICALISATION DES MASSES ?

    http://julesmonnerot.com/

    on peut distinguer dans les processus révolutionnaires des années 30 en Europe 2 processus intimement liés:

    – un changement des qualités dominantes de la classe politique ou, plus strictement, des éléments les plus déterminants de cette classe.

    – un processus de formation de pouvoir:

    une situation de détresse entrainant un mouvement de déstructuration sociale se traduit dans la psyché des éléments sociaux les plus homogènes par la crainte et l’aversion du chaos, par une appréhension grandissante devant les progrès du chaos subis, ou imaginés.

    Le changement dans la classe politique et la formation de pouvoir se réalisent en fait l’un par l’autre.

    La situation de détresse réelle ou ressentie suscite dans la société où elle se produit un besoin, une DEMANDE de pouvoir.

    Situation de la France en 2013 : une situation de détresse

    – 5.000.000 de chômeurs (déclaration de Gérard Filoche sur BFM TV)
    – 1.600 milliards d’euros de dettes
    – Un déficit commercial abyssal (380 milliards d’euros de déficit cumulé de 2005 à 2012)
    – Une désindustrialisation de la France qui s’accélère
    – Un déficit annuel du PIB de 4 à 5 % du PIB
    – Une émigration des jeunes talents
    – Une immigration galopante + 200.000 entrées par an
    – une insécurité croissante, des zones de non-droits qui s’étendent de plus en plus
    – un ensauvagement de nos mœurs du à l’immigration massive d’individus qui ne partagent pas nos valeurs et notre culture
    – une islamisation galopante de plus en plus visible et conquérante de l’espace public (mosquées, voile, halal)

    De plus en plus de français ressentent maintenant le cumul de ces données économiques, sociales et culturelles comme ce que Jules Monnerot appelle une situation de détresse.

    Réagissant à la carence fonctionnelle des organes précédents du pouvoir, c’est à dire :

    – et du régime
    – et de l’oligarchie en possession d’état

    tout se passe comme si la société (les français touchés par cette situation de détresse) tente de suppléer à ces organes entravés ou défaillants à partir de ses propres éléments, de sa propre substance refaisait du pouvoir, bref en reprenant le pouvoir.

    Lorsque la situation de détresse réelle ou ressentie a provoqué le dépassement d’un seuil critique, dans la voie du bouleversement social, la dissociation sociale commencée se traduit par la décentration et la mobilisation (au sens étymologique : de fixes ils deviennent mobiles) des éléments mêmes dont la fixité et le caractère central servait à caractériser la société.

    La société étant ainsi décentrée, désaxée et excessivement « mobilisée », les éléments homogènes « déhomogénéisés » , les éléments centraux que les remous poussent vers la périphérie aspirent de plus en plus au retour à « l’ordre », à ce que chacun soit à sa place.

    Pour l’homme ainsi décentré, la faillite de l’oligarchie en possession d’état est une expérience vécue.

    Exproprié de son état, de ses perspectives d’avenir , frappé dans ses biens , dans son humble sécurité, dans ses valeurs, pour cet homme ou cette femme « homogène », le pouvoir, rapport de la protection à l’obéissance, laisse à sa place, quand il se retire, un besoin douloureux , sinon toujours directement du pouvoir, mais de l’ordre social que le pouvoir assurait et assumait.

    Dans une telle situation, les représentants officiels du pouvoir qui, de plus en plus, est l’ombre de lui-même, ceux qui en arborent les marques extérieures, en viennent à susciter le sarcasme, l’aversion, au mieux le scepticisme.

    Le régime politique qu’ils représentent est discrédité (l’UMPS).

    L’affaire Cahuzac a été pour beaucoup le seuil critique, la goutte d’eau qui libère la parole et les frustrations jusqu’ici contenues.

    Cette parole et ces frustrations jusqu’ici contenues se libèrent dans l’espace public avec la force d’un ressort qui se détend et l’ardeur des néophytes.

    Cependant, les éléments homogènes engagés dans le processus douloureux de déshomogénéisation, et/ou de déclassement, subissent toujours l’attraction impérative, la subissent même plus que jamais : l’ordre social traditionnel était comme l’air qu’ils respiraient.

    Ces éléments homogènes en voie de déshomogénéisation ressentent les atteintes d’une sorte d’asphyxie politique.

    Tout se passe comme si l’aversion pour les politiciens et les fonctionnaires qui symbolisent un état dévalué, ne faisait que raviver la nostalgie d’un pouvoir capable de ramener l’ordre et la prospérité.

    Par un effet magistral d’hétérotélie, autre concept de Jules Monnerot, la gauche au sens large au moment où après sa victoire de mai 2012 elle semblait cumuler tous les pouvoirs :

    Politiques – Présidence, Sénat, Assemblée, Régions, Départements, les principales villes de France.

    Médiatiques, culturels, intellectuels , centres d’influence et même pouvoir économique

    Eh bien la gauche doit faire à face à la plus formidable vague de contestation venue des profondeurs de la société « civile » qu’elle n’ait jamais vue.

    On peut se demander :

    « Mais qu’allaient-ils faire dans cette galère » du mariage homosexuel ?

    Tout un parti, représentant des millions d’électeurs, des centaines de députés, dirigeant des villes, des départements, des régions, le gouvernement d’un pays, tous les journalistes, se foutre en l’air en quelques mois parce que manipulés par des petits groupuscules favorables au mariage homosexuel ?

    Et on voit le résultat! Un parti majoritaire le PS au bord de l’implosion, un pays en révolte, un parlement qui passe pour une bande de zozos et de corrompus, tous partis confondus, des millions d’électeurs désemparés, un gouvernement en miettes, des journalistes atterrés.

    Un nombre grandissant d’hommes et de femmes sont prêts à la révolution parce qu’ils aspirent à l’ordre.

  • Th , 16 mai 2013 @ 14 h 30 min

    Ce ne serait pas le « Défilé des réfractaires » plutôt?

  • Alexis , 16 mai 2013 @ 14 h 52 min

    Et la France de prendre un tournant historique pour montrer au monde un nouveau chemin de fraternité et de transcendance. Vive la France !

Les commentaires sont clôturés.