Printemps 1940, les Polonais gisaient à Katyn

Le Président russe Dimitri Medvedev vient de reconnaître la responsabilité « irrévocable » de la Russie Soviétique dans le massacre de Katyn. Mais comment se fait-il que 70 ans après, cette reconnaissance puisse faire autant de bruit ? Pour comprendre ce qui s’est passé, replongeons-nous au cœur de la Seconde guerre mondiale, au printemps 1940.
Le Pacte germano-soviétique, scellé en 1939, prévoyait le partage de la Pologne entre l’Allemagne et la Russie Soviétique. La Pologne est envahie par l’armée allemande le 1er septembre 1939, puis par l’Armée rouge le 17 septembre 1939. Cette invasion sera l’élément déclencheur de l’entrée en guerre de la France et du Royaume-Uni.

L’exécution des officiers polonais :


Après l’invasion, les Soviétiques détenaient environ 250 000 soldats de l’armée polonaise dans ses camps, dont un peu moins de 10 000 officiers. Si beaucoup de soldats du rang furent libérés, il n’en fut pas de même des officiers . Etant susceptibles d’appartenir à une classe hostile aux idées communistes, Staline décida leur élimination. Certains furent envoyés au Goulag mais un très grand nombre fut tout simplement massacré au printemps 19 40, dans la forêt de Katyn, près de Smolensk. C’est le 5 mars 1940 que Staline signa l’ordre d’exécution des élites polonaises.
Entre le 3 avril et le 13 mai 1940, environ 4 400 prisonniers furent transportés dans la forêt de Katyn. Le NKVD, la police secrète soviétique, procéda alors à l’élimination des prisonniers, potentiellement hostiles au communisme. Tués d’une balle dans la nuque pour la plupart, les officiers polonais furent sommairement assassinés et leurs corps jetés dans des fosses communes.

Découverte du charnier par les Allemands :


Ce sont les Allemands qui, en 1941, à l’occasion de l’opération Barbarossa (invasion de la Russie), découvrirent les charniers que les Soviétiques avaient laissés derrière eux. Cette découverte inattendue servit les projets de la propagande nazie. En effet, dès 1943, ces assassinats permirent aux allemands de démontrer avec facilité la duplicité du régime soviétique. Les services de propagande allemands mirent donc à profit ce drame pour servir leur cause. Cette propagande, destinée à mettre l’URSS en fâcheuse posture vis-à-vis de son allié anglais (qui soutenait la Pologne), était basée sur des faits néanmoins prouvés. Cependant, après la victoire des alliés, il était difficile de convenir que l’un d’entre eux (l’union Soviétique) se soit conduit de manière aussi sanguinaire.

Commissions d’enquête :

En 1943, une première commission d’enquête internationale chercha la vérité sur ces disparitions. Elle fut commanditée par l’Allemagne et déclara que le crime était imputa ble aux Soviétiques. De plus, la Croix-Rouge internationale fut également invitée à venir constater elle-même la réalité des faits. Elle abouti aux mêmes conclusions mais évita de les rendre publiques, afin d’éviter de faire le jeu de la propagande allemande.
Une seconde commission d’enquête fut diligentée par les autorités soviétiques, la commission Burdenko. Elle conclu que les balles ayant servi à perpétrer le massacre étaient des balles allemandes, rendant les allemands responsables du crime.

 

 

L’imputation du crime aux Allemands :

Le Procès de Nuremberg, qui condamna les dirigeants de l’Allemagne nazie se tint juste après la fin des hostilités entre les belligérants, dès novembre 1945. Il s’agissait alors de purger l’Allemagne du nazisme. La découverte des camps d’extermination incita les alliés dans cette voie. Toutefois, bien que le massacre de Katyn ait été perpétré par les Soviétiques, c’est l’Allemagne qui en fut imputée. En effet, le rapport Burdenko figurait parmi les actes d’accusation du procès.

1990, la vérité dans la transparence :

La Glasnost, la politique de transparence mise en place par Mikhaïl Gorbatchev permit d’établir enfin la vérité sur l’événement. La confusion avait été volontairement entretenue par l’URSS pendant près de 50 ans. En 1990, Mikhaïl Gorbatchev reconnaissait que le NKVD était responsable du massacre. Le 26 novembre 2010, la Douma russe a reconnu la responsabilité directe de Staline dans ces événements. Aujourd’hui, le Président Medvedev confirme que la politique de déstalinisation du pays est la ligne suivie par le Kremlin.

En 2007 est sorti le film « Katyn » relatant l’histoire des ces événements. Bien que celui-ci ait recueilli un relatif succès (nominé pour l’oscar du meilleur film étranger en 2008), on a pu s’étonner qu’il ne soit que très peu passé sur les écrans de cinéma français, à l’exception notable de certaines salles de Vendée.
Ci-dessous, la bande-annonce du film :

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