La Nuit aux Invalides, les larmes aux yeux, la France au cœur

Magistral sans être écrasant, lyrique sans tomber dans le pompier, émouvant sans jamais effleurer le pathos, le spectacle de la Nuit aux Invalides offre à nos yeux le coup de main du maître. Osera-t-on d’ailleurs parler de « spectacle » ? « La Nuit aux Invalides » se suffit à elle-même. Alors on emploiera ce mot appliqué aujourd’hui à n’importe quel numéro du premier jocrisse venu, seulement parce que son usage est commode, comme la mention « 3 D » qui sent pourtant son Futuroscope à plein nez. On usera de ces formules parce qu’il n’y en pas d’autres. Mais on préfèrera parler d’une nuit exceptionnelle, de cette nuit très rare que Bruno Seillier et Amaclio ont offert hier soir, pour la première fois, à des centaines d’orants émerveillés.

Car nous avons prié hier soir, sans même y penser, peut-être. On nous a jetés à genoux, on nous a fait communier à notre insu à la beauté d’une histoire française, on nous a rappelé que les pierres de ces Invalides suaient du sang de ces gardes-suisses, de ces poilus, de ces tirailleurs sénégalais, de ces résistants dont les visages nous ont fait trembler d’une gratitude infinie.

La Nuit aux Invalides n’est ni une fresque historique, ni une prouesse technique, ni un moment de pure poésie. Elle est tout cela et bien plus que cela. Bruno Seillier a accompli cet exploit de produire une œuvre d’art absolument inclassable, la chanson passionnée d’une pierre qui se creuse, s’illumine, éclate, brille, saigne, joue de l’arpège et du soldat de plomb, devient Versailles et Friedland, fait retentir le cri des armes de juillet 1789 et l’appel du 18 juin. Prouesse de compositions picturales et photographiques, de sculptures fugaces faites de lumières et d’ombres…Le grand petit garçon Bruno Seillier saisit le cœur et le corps de ses visiteurs du soir pour les entraîner dans une rêverie somptueuse où nous nous réveillons héritiers du Roi Soleil, du Petit Tondu et du Général Qui-Vous-Savez…

Il y avait d’ailleurs quelque chose comme de la fierté qui se frayait un chemin entre les épaules des spectateurs collés les uns aux autres dans la cour d’honneur, le frémissement heureux et apaisé d’une âme française faite d’or, de poussière, de sueur et de grandeur. Les Invalides se croyaient seuls, depuis si longtemps. Sous le boisseau, ce que leurs fenêtres avaient vu de splendeur et de misère d’une France traversant l’Europe sous le talon nerveux d’un génial petit caporal mal fagoté, d’une France mâchant le brin amer de l’armistice… Sous le boisseau, ces murmures et ces lumières. Jusqu’à ce qu’un homme les surprenne et les écoute, les écoute enfin, et nous les répète et nous les livre, avec l’audace respectueuse de qui aime vraiment. Jusqu’à ce qu’Amaclio la bien-nommée porte ce projet rare avec une obstination bienheureuse.

Il faut avoir de l’or dans l’œil et dans l’âme pour faire ainsi vibrer et rayonner la pierre, cette pierre en apparence si froide des Invalides. La technologie était là, mais une technologie ciselée par une exigence d’architecte passionné, une technologie époustouflante parce que mise au service d’un patrimoine ressuscité et arraché à son écrin conventionnel, comme l’uniforme d’un vieux général au sang toujours neuf que l’on renvoie sur le front et qui surgit soudain de son silence de naphtaline. Réveillés par les voix exceptionnelles de Jean Piat, d’André Dussollier et de Céline Duhamel, les Invalides sont sortis de leur gangue de silence du monument que l’on visite sans jamais l’écouter. Et je crois bien qu’ils ont vibré autant que nous, hier soir, ces fantômes des Invalides, quand dans le noir a résonné, alors que les visages de soldats français déployés dans le monde entier s’affichaient sur les façades de la cour d’honneur, ce chant brûlant de Charles Péguy : « Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle… »

site officiel de la Nuit aux Invalides

Lire aussi :
> Bruno Seillier murmure à l’ombre des Invalides

Crédits photos : Mathias Hattu du Véhu.

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2 Commentaires

  • albert , 12 Avr 2012 à 21:44 @ 21 h 44 min

    Trop de superlatif tue la critique.
    Cessez le lyrisme perpétuel, ca devient lassant.
    Celui qui s’extasie de tout, n’admire rien.
    Etre passionnée est bien être lucide est préférable…

  • Paul , 13 Avr 2012 à 8:40 @ 8 h 40 min

    Albert, avez-vous assissté à ce spectacle ?
    Pour l’avoir vu, je peux vous assurer que les superlatifs ne sont pas de trop pour le décrire.

    C’est un très beau spectacle à voir et à faire voir.

    Cordialement.

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