Louis-Marie Bachelot : contre « l’Etat nounou », pour l’allocation universelle

Alors que Laurent Wauquiez et une partie de l’UMP ont – enfin ! – déclaré la guerre à l’assistanat, Nouvelles de France a rencontré Louis-Marie Bachelot, le Président d’Alternative libérale. Entretien.

Louis-Marie Bachelot, que pensez-vous de cette sortie – manifestement assumée – de Laurent Wauquiez ?

A Alternative libérale, nous sommes partagés. Laurent Wauquiez semble découvrir l’Etat nounou. Au regard des fonctions qui furent les siennes dans le précédent gouvernement, cette sortie nous surprend. N’était-il pas secrétaire d’Etat à l’emploi lors de la mise en place du RSA ? Mais tant mieux si les effets pervers du RSA, car il y en a, sont aujourd’hui mis en lumière par cette polémique.

Est-ce que vous pensez que cette prise de position a une visée électoraliste ?

Je ne pense pas. Et puis, les libéraux ne sont pas les seuls à avoir posé la question de la légitimité et de l’efficacité de notre système de protection sociale. Des conservateurs ou même des personnes originaires de la gauche comme Jacques Marseille avaient dénoncé cet espèce de maquis incroyable d’empilements : cette problématique traverse différents courants de pensée. Je crois qu’il s’agit davantage d’un coup de sonde. La stratégie du gouvernement actuel, c’est de lancer des idées à l’emporte-pièce, de voire comment les Français réagissent puis de réajuster le tir. Evidemment, cela créé un sentiment de confusion.

Partagez-vous les préconisations de Laurent Wauquiez ?

Laurent Wauquiez propose ni plus ni moins de rajouter des éléments de complexité au système. La faisabilité de ce service du travail obligatoire qui revient à l’ordre du jour (sourire) pose des tas de questions : ou aurait-il lieu ? Qui l’encadrerait ? Sans parler de la réalité ou de l’utilité du travail… Honnêtement, ce que préconise Laurent Wauquiez relève plus de l’artifice qu’autre chose. Cela ne règle pas le problème de la multitude et de l’empilement des aides. Une vraie rationalisation est nécessaire. C’est une remise à plat complète du système dont nous avons besoin et celle-ci passe par l’allocation universelle.

« Laurent Wauquiez propose ni plus ni moins de rajouter des éléments de complexité au système. »

Vous préconisez l’allocation universelle comme Christine Boutin ?

Milton Friedman évoquait déjà avec l’impôt négatif un mécanisme similaire à l’allocation universelle… Si Christine Boutin fait des propositions libérales sans le savoir, nous n’allons pas nous plaindre !

Pouvez-vous expliquer le concept ?

Il s’agit d’une allocation ou d’un crédit d’impôt, selon les situations, qui se substituerait à l’ensemble des aides à la personne et aux familles, à l’exception de ce qui relève de la santé, et serait attribué à l’ensemble de la population sans condition de revenus. Son montant ne serait pas indexé aux revenus. En vertu du principe de subsidiarité, les municipalité ou communautés d’agglomération en géreraient la distribution mais aussi le montant. Dans les zones faiblement peuplées, pourquoi ne pas confier la responsabilité de l’allocation universelle aux départements, comme pour le RSA actuellement ? Dans celles très peuplées, la commune pourrait faire l’affaire. L’idéal serait également que le montant de l’allocation soit modulé selon les collectivités territoriales sur la base de deux considérations principales : le coût de la vie (il n’est pas le même en Île-de-France et en Anjou où j’habite, par exemple) et leurs orientations politiques affichées. Dans ce schéma, les collectivités territoriales qui souhaitent pour leurs administrés un important filet de sécurité ont une allocation universelle élevée mais également des prélèvements élevés. Les autres qui préfèrent des prélèvements faibles pour favoriser un environnement économique de nature à créer des emplois versent une allocation réduite. L’allocation universelle permettrait ainsi une mise en concurrence des collectivités. Aux administrés de choisir, comme en Suisse, où le canton de Genève est plus protecteur et plus matraqué fiscalement que d’autres cantons…

Avez-vous estimé le coût d’une telle mesure ? 

Tout dépend des niveaux décidés par les collectivités. Nous avons réalisé une estimation pour une allocation universelle mensuelle moyenne de 600 euros par adulte et de 300 euros par mineur. Cela coûterait 350 milliards d’euros par an.

C’est énorme !

C’est effectivement considérable mais si on compare avec le montant de l’ensemble des prestations à la personne reversé en France chaque année hors santé, cela fait 85 milliards de moins. Tout est simplifié, il n’y a plus de clientélisme puisque tout le monde touche cette allocation universelle.

« L’allocation universelle permettrait d’économiser 85 milliards d’euros par an. »

Y aurait-il une contrepartie ?

En effet, au regard de ce droit qu’est l’allocation universelle, il est légitime d’avoir des devoirs, une contrepartie. C’est un peu l’idée de compensation évoquée par Laurent Wauquiez, même si ses 5 heures de travail sont cosmétiques. Aujourd’hui, vous bénéficiez d’un tas d’aides sans la moindre contrepartie. L’allocation universelle, ce n’est pas “je suis Français ou j’arrive sur le territoire national, j’ai donc droit à ça”. C’est “la société française m’offre un filet de sécurité, je dois donc contribuer à sa richesse, à sa bonne santé”. La contrepartie, c’est d’avoir travaillé et cotisé l’équivalent de cinq années de travail à temps plein pour bénéficier de ce filet de sécurité. Il ne s’agit pas d’attirer tout le monde en France !

Les mineurs ne pourront pas cotiser, eux…

Pour les grands adolescents, il n’est pas anormal de demander une compensation, un service. Nous proposons ainsi, sur la base du volontariat, la réalisation d’un service national (civique ou militaire) d’une durée significative de deux ans. On pourrait ainsi retrouver ce creuset du vivre-ensemble perdu avec la fin du service national, dont les seuls vices aux yeux des libéraux étaient son caractère obligatoire et la multiplication des passe-droits afférents. Le volontariat (avec en échange cette contrepartie de l’allocation universelle) change tout. A titre personnel, je suis favorable à un service civique dès l’âge de 14 ou 15 ans.

Le fait que des libéraux proposent une allocation peut étonner, non ?

Il y a trois courants chez les libéraux, sur l’allocation universelle. Pour l’école libérale la plus absolue, elle n’est pas légitime car elle consiste en une solidarité forcée. Pour d’autres, elle l’est car nous sommes tous un peu co-propriétaires de la nation. Ceux-là parlent d’un dividende universelle distribué aux co-actionnaires, que nous sommes tous, de la nation. A Alternative libérale, nous nous situons entre ces deux positions. Nous y sommes favorables mais de façon transitoire, l’idéal restant bien sûr la solidarité volontaire : familiale, de voisinage, professionnelle… Mais comme cela fait des décennies que l’on détricote ces solidarités, que l’Etat nounou déresponsabilise les Français, il est malheureusement impossible de tout restaurer en un claquement de doigts. Car pour être solidaire volontairement, encore faut-il en avoir les moyens. Difficile, quand on sait que plus de 50% de la richesse produite par les Français est captée par les pouvoirs publics…

« Cela fait des décennies que l’on détricote les solidarités familiales, de voisinage, que l’Etat nounou déresponsabilise les Français. »

Pour lutter contre les abus, l’Etat ou les collectivités vont devoir créer des services de vérification donc de nombreux postes supplémentaires. Le privé ne gérerait-il pas mieux l’allocation universelle ?

(hésitations) C’est un peu compliqué. Si la contrepartie à l’allocation universelle, c’est du travail, pourquoi pas. Mais si la contrepartie, c’est le service national volontaire, je ne vois pas comment faire… Et puis, le but est aussi de former ceux qui font le choix de mériter cette allocation universelle par le biais d’un service national, de leur donner les clés du savoir-vivre dans notre société qu’ils soient adolescents, jeunes adultes ou étrangers.

On constate que les populations ne supportent plus les décès de soldats. Certains Etats sont parfois amenés à travailler avec des sociétés privées de mercenaires mieux payés et dont la disparition ne fait pas de vague. Dans le cas d’une externalisation d’une partie de la Défense nationale, le fait d’allouer la gestion de l’allocation universelle au privé contre le travail au sein d’une société qui travaille pour la Défense devient possible…

On est quand même un peu loin de l’esprit de la contrepartie. Le service national, c’est à la fois l’idée de donner à la collectivité territoriale pour pouvoir recevoir de celle-ci ultérieurement, et cette idée de creuset où on réapprend à vivre ensemble. Ce que notre système éducatif permet malheureusement de moins en moins.

Autres articles

6 Commentaires

  • Galuel , 14 Mai 2011 à 9:36 @ 9 h 36 min

    “Pour l’école libérale la plus absolue, elle n’est pas légitime car elle consiste en une solidarité forcée. Pour d’autres, elle l’est car nous sommes tous un peu co-propriétaire de la nation. Ceux-là parlent d’un dividende universelle distribué aux co-actionnaires, que nous sommes tous, de la nation.”

    Il y a un troisième point de vue, plus important, qui est lié au design du code du système monétaire. Les individus étant tous producteurs, et s’accordant sur une comptabilité commune pour effectuer des échanges, et comme il n’y a aucune valeur absolue légitime pour gérer des échanges, le système monétaire ne peut exister sans une base de crédit mutuel individuel, représentant la part d’échange libre dévolue à chaque individu, en tant qu’unité de production à la fois fondamentale et libre.

    Ce point de vue dépasse les deux sus-cités.

    Comme il est difficile à comprendre pour celui qui n’est pas mathématicien physicien ou informaticien, ce n’est pas celui qui est mis en avant, mais au niveau fondamental, c’est le plus important.

  • Stan Jourdan , 14 Mai 2011 à 9:55 @ 9 h 55 min

    La contrepartie, c’est d’avoir travaillé et cotisé l’équivalent de cinq années de travail à temps plein pour bénéficier de ce filet de sécurité.

    WTF?

    Donc ce n’est pas un filet de sécurité ça ! C’est une trappe à boulot de merde ! Vous allez forcer les jeunes à se prostituer dans des boulots de merde pendant 5 ans pour pouvoir toucher l’allocation universelle.

    Et bien sur les, entreprises profiteront de ce système en embauchant surtout des jeunes soumis exploitables…

    Nimporte quoi.

  • cupil , 15 Mai 2011 à 14:44 @ 14 h 44 min

    “Pour les grands adolescents, il n’est pas anormal de demander une compensation, un service.”

    Des libéraux qui défendent le travail forcé des mineurs, on aura tout lu!

    😉

Les commentaires sont fermés.

Memoires Jean-Marie Le Pen