2012, Assemblée nationale, PCF, Katyn… Entretien avec Maxime Gremetz, communiste jusqu’au-boutiste

Maxime Gremetz, pourquoi ce coup de sang du 16 mars dernier ? Est-ce que vous comprenez que votre attitude ait pu choquer ?

Il ne s’agit pas d’un coup de sang. C’est la volonté de faire respecter le Parlement par le gouvernement. A cause de ces 10 voitures ministérielles avec chauffeurs qui s’amusaient, on ne pouvait plus se garer devant l’immeuble Chaban-Delmas. Les ministères sont pourtant à 150 mètres ! Pas étonnant quand on a un Président de l’Assemblée nationale toutou devant le Gouvernement parce qu’il rêve de devenir ministre ! Je ne laisse pas passer, que les Français ne puissent pas dire que les élus sont tous pourris. C’est à cause de ce type d’attitudes que les gens votent FN. Ne comptez pas sur moi pour les conforter dans leur vote!

Comment prenez-vous l’exclusion du groupe “Gauche démocrate et républicaine” (GDR) prononcée à votre encontre le 12 avril ?

Depuis plusieurs années, on refuse de me donner ma carte du PCF. Depuis le jour où j’ai dit mon désaccord la politique du parti, en fait. Je souhaite une politique vraiment communiste qui n’abandonne pas les plus défavorisés. Les gens attendent une politique de transformation sociale. J’ai dit ‘on va dans le mur’. Résultat : on y va ! Alors cette annonce n’est rien d’autre qu’un petit acte mesquin. Je n’ai même pas pu me défendre, donner ma version des faits : c’est pire qu’une injustice ! Leur but, c’est de balayer tout ce qui fait obstacle aux magouilles de Mélenchon ! Comme par hasard, on s’en prend à un candidat à la candidature communiste ! Comment un parti national veut-il jouer un rôle national s’il ne se présente pas ? Dans ce cas, il n’existe plus ! Si on continue dans cette voie-là, il y aura un candidat communiste malgré tout…

C’est un avertissement que vous lancez au PCF ?

Oui. Je suis picard, opiniâtre et ne recule jamais ! 

Sérieusement, vous songez à vous présenter à l’élection présidentielle de 2012 ?

Moi ou un autre ! Si Mélenchon est soutenu par le PCF, alors il manquera un candidat communiste. Et s’il faut y aller, on ira ! J’ai fait des sacrifices dans le passé, j’en fais aujourd’hui, je peux en faire demain !

« S’il faut y aller en 2012, on ira ! »

Pourquoi ce refus d’une candidature de Jean-Luc Mélenchon ?

Mélenchon est un socialiste, pas un communiste. Il a ciré les pompes de Jospin pour devenir ministre délégué à l’Enseignement professionnel. Lorsque le gouvernement socialiste privatisait à tout va, il n’a jamais bougé de son petit strapontin. Aujourd’hui, il veut un gros poste ministériel pour terminer le travail commencé sous Mitterrand et affaiblir ce qui reste du PCF !

Vous ne trouvez pas que le PCF est un peu démodé ?

Avec la crise du capitalisme, il revient au goût du jour. Je crois plus que jamais à la nécessité de s’attaquer à la nature-même du système !

Est-ce que le fait que vous soyez le seul ouvrier de l’Assemblée nationale a pu jouer un rôle dans votre exclusion du groupe GDR ?

Certains sont en effet jaloux. Je tiens cependant à rappeler que je n’ai pas été exclu de GDR. Ce groupe a trois composantes : les communistes, les apparentés communistes et divers, les Verts. Le communiqué qui annonce mon exclusion n’est pas signé par les Verts dont est membre le Président du groupe Yves Cochet. C’est un petit coup monté de la composante communiste, pas du groupe GDR.

Vous ne vous sentez pas seul aujourd’hui ?

Je ne me sens jamais seul. Et comme je vous l’ai dit, jamais le groupe GDR n’a pris cette décision. Ils étaient 10 ou 11 maximum à la réunion alors que le groupe compte 26 membres, c’est-à-dire même pas la moitié ! C’est un coup de la composante communiste et de ceux qui ont quitté le parti comme Patrick Braouezec ainsi que du Parti de gauche.

« Je suis toujours membre du groupe Gauche démocrate et républicaine ! »

Mais alors comment expliquez-vous que les médias annoncent votre exclusion du groupe GDR ?

Il s’agit de supputations. J’ai fait confirmer à Yves Cochet, le président du groupe GDR, que j’en étais toujours membre. Tant que le groupe ne s’est pas réuni, on ne peut pas m’exclure.

Vous pensez que cela peut arriver ?

Je ne sais pas du tout. Mais en aucun cas la décision ne peut être prise par une composante du groupe ! Ils sont en train d’essayer de faire ce que le PCF n’ose pas faire la veille des présidentielles. Car ils savent très bien qu’en 2012, il y aura un candidat communiste quoi qu’il arrive

Vous voilà exclu temporairement de l’Assemblée nationale. Que faites-vous de vos journées ?

Vous savez, ça n’est pas à l’Assemblée nationale qu’on passe le plus de temps quand on est député. Bien que privé de mon bureau, je suis à jour dans tous mes dossiers. Je n’ai le droit d’aller nulle part à l’Assemblée nationale, même pas au cabinet médical ! Mes collaborateurs subissent aussi cette interdiction. Personne ne peut aller à mon bureau. Mais tout cela ne m’empêche pas d’être présent sur le terrain.

Financièrement, comment se présente la sanction ?

Je suis privé de la moitié de mes indemnités parlementaires pendant deux mois. Leur objectif est de m’empêcher de travailler. Savez-vous que c’est la première fois qu’un député est traité de la sorte depuis le début de la Vème République ? Accoyer va  devoir répondre devant la justice d’une sanction illégale. Je n’ai jamais vu un patron retirer à un salarié qui a fait une faute la moitié de son salaire !

En fait, on vous contraint à faire grève…

On m’empêche de travailler et de remplir le contrat que j’ai passé avec les électeurs. Tout le monde se plaint que les députés ne font rien et on empêche un député bien classé (88ème sur 577 en 2010) de travailler.  C’est sûr, les élus qui ne se font pas entendre ne risquent pas de sanction ! Ce que je vais contester avec mon avocat, c’est la constitutionnalité de ces mesures prévues dans le nouveau règlement de l’Assemblée nationale.

« On m’empêche de travailler et de remplir le contrat que j’ai passé avec les électeurs »

Vous aviez voté pour ou contre ce nouveau règlement ?

Contre !

Maxime Gremetz, vous incarnez aux yeux de beaucoup de Français le Parti communiste, canal historique. Est-ce, comme Maurice Thorez en 1950, vous pensez que “les partisans de l’avortement cherchent à diminuer la responsabilité du capitalisme en matière de pauvreté” ?

C’était surtout sa femme Jeannette Vermeersch qui était contre. On a tiré les enseignements de ça, c’était une erreur.

Le “mariage” homosexuel, vous êtes pour ou contre ?

Je suis pour.

La légalisation des drogues ?

Contre ! On ne réglera pas le problème comme ça ! Il faut prévenir, soigner, lutter…

La “gestation pour autrui” ?

Opposé. Je suis contre la marchandisation du corps.

Sur tous ces sujets, est-ce que votre groupe parlementaire vous autorise à vous prononcer selon votre conscience ?

Bien sûr, d’autant qu’il s’agit d’un groupe technique. Il y a beaucoup de divergences entre communistes et écologistes par exemple. Vous savez, depuis Georges Marchais, chaque député communiste a sa liberté de vote. On est favorable au débat et au fait de le pousser jusqu’au bout !

« Il était temps que la direction russe reconnaisse sa responsabilité historique et injustifiable dans le massacre de Katyn »

« La reconnaissance par Moscou de la responsabilité soviétique pour le massacre de 4 000 officiers polonais à Katyn est irrévocable » a déclaré lundi le Président russe Dimitri Medvedev à Smolensk, en compagnie de son homologue polonais, le Président Bronislaw Komorowski. Qu’en pensez-vous ?

Il était temps que la direction russe reconnaisse sa responsabilité historique et injustifiable. C’est une perversion de l’histoire. Je suis pour la vérité historique, même quand ça fait mal. Comme chacun sait, cette vérité historique n’apparaît pas toujours tout de suite… D’ailleurs, pour moi, il n’y a pas de vérités officielles, il y a des avis.

Donc, vous êtes opposés à l’article 9 de la loi Gayssot ?

Non. Je pense qu’il y a des points de notre histoire qui ne sont pas discutables. Ceux-là, on peut les enseigner. En histoire, il faut laisser du temps au temps. Une vérité aujourd’hui peut devenir une contre-vérité demain. Mais la partie de l’histoire visée par la loi Gayssot ne fait pas débat. J’ai voté cette loi et j’y reste favorable.

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