Philippe Herlin : « Ce n’est pas l’or qui monte, ce sont les monnaies qui perdent de la valeur ! »

Pourquoi la crise ? Quelles conséquences sur le patrimoine des particuliers ? Le chercheur en finance Philippe Herlin, auteur de France, la faillite ? Les scénarios de crise de la dette, a bien voulu éclairer nos lanternes. Entretien.

Philippe Herlin, comment a-t-on pu en arriver à cette explosion des dettes des Etats développés ?

La dette s’explique par le laxisme budgétaire de la France depuis 1975. Tous les autres pays se sont aussi laissés à la facilité de l’endettement. Mais avant 2008, la France était un mauvais élève, comparé à certains de ses voisins. A partir de 2008, la situation de la France a été noyée dans l’ensemble des mauvaises performances…

Comment expliquer que les pays qui ont fait des réformes, donc a priori mieux armés que la France, aient tant souffert de la crise financière et économique ?

Il faut voir au cas par cas mais je crois qu’un problème a été d’appliquer la zone euro à tous les pays sans distinction. Or, certains pays n’y avaient pas leur place, ni le niveau. Quand la Grèce empruntait en drachmes, elle le faisait à un taux assez élevé et ne pouvait donc pas emprunter de grosses sommes. Lorsqu’elle est entrée dans la zone euro, elle a pu se mettre à emprunter à des taux très bas. On peut parler d’effet d’aubaine. Il faut bien comprendre que la crise actuelle s’explique par l’addition suivante : dette + zone euro + crise des subprimes. Les économistes autrichiens y voient une bulle du crédit, de l’argent facile. Car depuis Nixon et la fin de la convertibilité du dollar en or, on a assisté à une expansion de la masse monétaire, du crédit, censé soutenir la croissance économique. A la fin, quand les Etats ne peuvent plus faire face à leurs dettes, ils sortent la planche à billets ainsi que le font la Réserve fédérale des Etats-Unis ou la Banque centrale européenne qui rachète sur le marché secondaire les emprunts de ces Etats. Le problème, c’est que le nombre de pays à prendre en charge s’accroît : la Grèce, l’Irlande et le Portugal ont été rejoints cet été par l’Espagne et l’Italie. Tout cela risque de se traduire par de l’hyperinflation.

« Quand la Grèce empruntait en drachmes, elle le faisait à un taux assez élevé et ne pouvait donc pas emprunter de grosses sommes. Lorsqu’elle est entrée dans la zone euro, elle a pu se mettre à emprunter à des taux très bas »

Peut-on prévoir quand ?

Non. Tout peut exploser dans un mois, mais nous pouvons continuer dans l’actuelle direction encore deux ou trois ans. Tout est question de confiance et de planche à billets. Il semblerait que Mario Draghi (le futur Président de la BCE. Il doit prendre ses fonctions en novembre 2011, ndlr) soit plus coulant que Jean-Claude Trichet, donc plus favorable à la création monétaire, malheureusement. Ce qui est par contre certains, c’est que le montant de la dette ne cesse d’augmenter et que le système est de plus en plus fragile.

Concrètement, quels seraient les effets de cette hyperinflation ?

L’hyperinflation équivaut à ne pas rembourser la dette car l’argent ne vaut plus rien. Elle se traduit toujours par la ruine de la classe moyenne, comme en 2001 en Argentine.

Des souverainistes comme Nicolas Dupont-Aignan ou Paul-Marie Coûteaux demandent le départ de l’euro de la Grèce comme de la France. Est-ce vraiment la solution ?

Les personnes qui cherchent à sauver l’euro à tout prix m’exaspèrent, car c’est l’économie, l’épargne, la richesse qu’il faut sauver à tout prix. La monnaie n’est qu’un moyen ! Celles qui préconisent un retour aux monnaies nationales en expliquant que tout irait mieux m’énervent tout autant car si les épargnants grecs repassent à la drachme, ils seront lessivés au passage. De plus, ce sont les mêmes qui veulent abolir la loi de 1973 interdisant aux Etats d’emprunter aux banques centrales à taux zéro. Cette loi les oblige à passer par les banques et certains complotistes y voient une prise de contrôle des Etats par les banques. Je leur répondrais que les Etats n’ont qu’à ne pas faire de déficits et que l’augmentation permanente de la masse monétaire n’est pas viable à long terme.

Revenir au franc avec un déficit budgétaire à zéro, une gestion rigoureuse de la monnaie et des taux d’intérêts non pas fixés de manière autoritaire mais par le marché (la loi de l’offre et de la demande), pourquoi pas ! Ce n’est malheureusement pas ce que proposent ceux qui veulent quitter l’euro et retourner au franc. Vous savez, si l’Allemagne sortait de la zone euro, je puis vous garantir que le deutschmark serait une monnaie forte…

La solution que je propose est inspirée des Anglais : remplacer la monnaie unique par une monnaie commune. Que l’euro s’ajoute aux monnaies nationales et que chaque Etat décide ou pas de l’adopter. A mon avis, ce peut être une porte de sortie pour la Grèce qui reviendrait à la drachme tout en gardant l’euro. Les fonctionnaires seraient payés en drachmes, les touristes pourraient payer en euros et les épargnants pourraient choisir d’économiser en drachmes ou en euros. Voilà une solution médiane, pragmatique, une porte de sortie à la crise actuelle. Je suis malheureusement pour l’instant le seul à la proposer…

« Une porte de sortie à la crise actuelle : remplacer la monnaie unique par une monnaie commune. »

Certains de nos lecteurs ne savent pas où placer leur argent. Que leur conseilleriez-vous, vu le contexte ?

La règle générale, quand on entre dans une période de troubles, donc de crise économique et financière comme la nôtre, c’est de privilégier les actifs réels : l’immobilier, l’or, les œuvres d’art bien que ce marché soit très complexe, sans oublier les matières premières et agricoles. A l’inverse, il est conseillé de se détourner des actifs « papier » : les actions, les obligations, les plans d’épargne, les assurances vie.

Le cours de l’or n’est-il pas déjà trop haut ?

Ce n’est pas l’or qui monte, ce sont les monnaies qui perdent de la valeur ! L’or ne sert à rien et c’est tant mieux, car il n’est pas soumis aux cycles économiques, il ne sert à rien d’autres qu’à être une monnaie, LA monnaie, et c’est tout ce qui fait son prix ! Il vaut partout et a court depuis l’Egypte antique. Tant que les Etats feront tourner la planche à billets, la valeur de l’or augmentera, c’est évident. Bien sûr, il ne faut pas acheter de l’or pour le revendre dans 6 mois mais pour le long terme. Entre des napoléons et une assurance vie, privilégiez les napoléons !

Les particuliers nord-américains n’ont plus le droit de spéculer sur l’or depuis le 15 juillet 2011. Comment expliquer cette restriction ?

La hausse du cours de l’or révèle que le système financier est en train de s’autodétruire. Les pouvoirs publics font donc en sorte qu’il ne monte pas trop jusqu’au jour où ils ne maîtriseront plus rien ! Interdire le trading aux particuliers est une façon cosmétique de limiter la hausse de l’or.

« Interdire le trading aux particuliers est une façon cosmétique de limiter la hausse de l’or. »

N’y a-t-il pas des actions bradées à acheter aujourd’hui ? Certaines entreprises comme Peugeot valent, paraît-il, moins que la valeur de leurs actifs…

Cette histoire de « valeur des actifs », je n’y crois pas. Peugeot vaudrait en bourse moins que la valeur de ses usines, brevets, stocks ? Si Peugeot ne vend pas ses stocks, ils ne valent rien. Idem pour les usines et les brevets. Je crains d’ailleurs que le secteur automobile ne plonge plus que les autres car il a été jusqu’ici soutenu artificiellement. La fin des aides de l’Etat et le fait d’entrer en récession pourraient faire plonger les cours des constructeurs. Quant aux banques, leur valeur comptable n’a de sens que pour une banque de dépôts comme le Crédit Mutuel. Pas pour la BNP Paribas et la Société Générale qui ont des banques de marchés recouvrant des risques de marchés potentiellement très élevés !

Vous prononcez-vous pour la séparation des banques de détail, de dépôts et des banques d’affaires ?

C’est un sujet de discussion chez les libéraux dont je suis. Certains sont, par principe, contre une interdiction par l’Etat.

Pour moi cela relève de l’interdiction professionnelle : par exemple, on ne peut pas être juge et avocat. Comme on ne devrait pas pouvoir faire du trading sur action, et aller voir son collègue de la division crédit pour obtenir des informations privilégiées…

On est revenu sur le Glass-Steagall Act de 1933 dans le cadre de la modernisation du secteur financier et les banques ont vendu l’idée qu’il y aurait une muraille de Chine entre les deux métiers (banque d’affaires/trading et dépôts/crédits), mais c’était du vent !

> Philippe Herlin anime le blog “La dette de la France”.

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2Commentaires

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  • goufio , 13 septembre 2012 @ 7 h 32 min

    Qu’elle donc a été la politique de J Chirac qui a profité de manière éhontée des taux bas dûs à l’euro pour acheter la paix sociale. Que reste-il de cette paix sociale : une dette et des appétits constants de gens que l’on a rendu addicts à la ressource sociale qu’il faut continuer à financer à n’importe quel prix et que tout gouvernement à venir sera tenu de financer sans se soucier des effets sur l’économie du pays que l’on va pousser au chaos, ce mot chaos parait irréaliste dans un pays pris en charge par l’Etat à chaque mal de travers depuis 1974 à qui on prête une toute puissance mais qui n’en a pas face au problème engendré. Je suis d’accord qu’il faille garder cette loi de 1973, c’est-à-dire son principe puisque c’est l’article 104 du Traité de Maastricht qui l’a repris pour les Etats de l’Euroland. Mais attention aux nouvelles réglementations qui pourraient venir de Bâle ou du commissariat aux affaires intérieures. N’oublions jamais que ces hommes auteurs de nos malheurs ne connaissent jamais la sanction. J Chirac perçoit une retraite de 31 000 euros par mois et profite d’un appartement de 260 M² quai Voltaire à Paris mis à disposition par la République et des services gratuits annexes. V Giscard d’Estaing la même chose…

  • goufio , 13 septembre 2012 @ 7 h 46 min

    J’allais oublié la rémunération de notre haut fonctionnaire européen, commissaire aux affaires intérieures et à la réglementation bancaire et financière, le nommé M Michel Barnier ancien ministre de la pêche, dont les qualification économiques, bancaires et financières sont mal assurées, soit pour un salaire de plus de 32 000 euros par mois exonérés d’impôts, puisqu’il bénéficie du statut de fonctionnaire international détaché de son pays d’origine. Qu’elles sont les sanctions prévues pour les erreurs déjà en cours dont les effets seront de bloquer le financment de l’économie de l’Eurooland et d’obliger son système bancaire à acheter de la dette d’Etat pour la qualité de leurs fonds propres et leur liquidité; mais dont le principe inavoué est de détourner l’article 123 du traité de Lisbonne (ex 104 du traité de Maastricht et ex Loi de 1973 dite loi “PompidourRothschid”).
    Le principe libéral est d’interdire l’intervention de l’Etat dans ces choix mais de fixer un cadre qui est bien nécessaire aujourd’hui ou l’Europe de Bruxelles démolit toutes les spécilaités en donnant accès à des acteurs multiples pour justification de concurrence mais dont les conflits d’intérêts, la non spécialisation ou l’absence totale de compétence met en péril des équilibres de marchés naturellement établis.

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