La Conquête : le « nain » dans tous ses états

Dans le dernier film de Xavier Durringer (Regarde-moi, série Scalp…) le « nain » revient dans la bouche des acteurs aussi souvent que Nicolas. A ce demander quel est le vrai nom du Président de la République.

Récit à peine romancé du parcours de Nicolas Sarkozy de 2002 à 2007, de son retour au gouvernement à l’élection présidentielle, le film dépeint le personnage, sa femme, son entourage… et ses ennemis : Jacques Chirac et Dominique de Villepin, pour ne surtout pas les nommer.

Des âmes sombres : le cynisme de Chirac (Bernard Le Coq) accompagne l’hypocrisie de Villepin pour former un parfait duo de méchants. En face, il y a le nain Sarkozy. Chirac persiste contre toute évidence à ne pas vouloir le considérer. « Aussi haut que montera Nicolas dans les sondages », fait-il remarquer, « il lui manquera toujours cinq centimètres ». Un mépris consommé pour cet Iznogoud qui n’hésite pas à dire bien en face de Chirac qu’il veut la place du calife.

Même mépris du côté du personnage de Villepin (Samuel Labarthe), qu’on imaginait machiavélique sans aller jusqu’à cette hypocrisie consommée. Les yeux dans les yeux, il répète dans des déjeuners presque intimes, « vouloir lui parler franchement » (Nicolas Sarkozy) de « son admiration et son respect ». « Je vais le baiser », exulte-t-il devant ses complices collaborateurs Gergovin et Rondeau, « et avec du gravier ». Est-ce bien ce personnage diabolique de double langage et de coups bas, le fondateur de « République solidaire » ? Et candidat à la présidentielle de 2012 ?

Ces médisances dont il abonde pour son rival, Sarkozy (Denis Podalydès) ne lui en veut pas : « J’ai dit bien pire de vous. » La marque du « gesticulateur précoce » (© D.deV.), c’est la franchise, celle qu’il s’évertue à travailler par son ton direct et son parler populaire. Devant les policiers en 2002 : « Je veux des résultats, des chiffres : vous êtes là pour réprimer, pas pour jouer au foot avec les gamins ». Devant les ouvriers de Lorraine : « Travailler plus pour gagner plus. Vous êtes assistant chef ? Moi aussi, et ce que je veux, c’est la place du chef. » A ses collaborateurs : « Pour gagner, il nous faut les couches populaires. Moi je répète que les électeurs du Front National sont des victimes. Des victimes de quoi ? J’en sais rien, mais des victimes ». Toutes Ray ban dehors, le collier doré dans l’embrasure de la chemise et le hamburger au déjeuner, Don Pacino cultive ses airs de beauf inculte : « Dominique, vous me faîtes penser à Ursula Andress ou à ce dieu grec, là, celui qui est très beau… ». Villepin radieux : « Apollon ». « Oui, c’est ça, Apollon ».

Derrière Sarko, il y a Cécilia (Florence Pernel). Omniprésente : «Elle décide, il exécute,» selon la Firme, le cercle restreint de conseillers pour la présidentielle : Franck Louvrier (Mathias Mlekuz), Pierre Charron (Dominique Besnehard), Frédéric Lefebvre (Pierre Cassignard), Laurent Solly (Grégory Fitoussi) et Brice Hortefeux (curieusement absent dans le film). Cécilia par ailleurs les déteste. Tandis que son amie Rachida (Saïda Jawad) joue sur tous les tableaux, oreille du candidat, intime de son épouse, popote avec la bande présidentielle. Cécilia surdramatise constamment, dirigeant les ambitions présidentielles de son mari d’un côté, rejetant l’emballement médiatique dont il s’accompagne de l’autre, bref, fait sa chieuse en permanence. Pour finir dans les bras d’un autre. La fille d’André Ciganer Chouganov, petite-fille d’Isaac Albeniz, zappe les classes populaires chères à son candidat de mari pour privilégier les cercles financiers. Le Rotary Club, c’est plus chic que les usines. Et ça sied plus à un futur président. Une obsession qui lui vaudra le qualificatif proclamé de « conne » par ce dernier. Devant toute la cour. Fait historique ? Cécilia fait ses valises.

Et puis il y a le vice. « Les hommes politiques sont de vraies bêtes sexuelles », glisse un Sarkozy en pleine séparation à deux journalistes éméchées. Leur seul objectif, continue-t-il, « gagner de la thune. Beaucoup de thunes ». Un moment de vérité qui rappelle au spectateur les ennuis d’un socialiste à New York. L’audience à Cannes, pliée de rire, n’a pu s’empêcher d’applaudir. Et le séducteur d’expliquer involontairement l’affaire DSK : « Les journalistes », constate Sarkozy, « n’ont jamais les couilles de tout raconter ». De faire leur boulot.

Voilà d’ailleurs l’une des rares morales du film. Un produit au final divertissant, drôle par le cynisme des acteurs, de l’humour noir à l’état pur. Une mise en exergue de la politique médiatique à la Sarkozy. Et qui en dit long sur le peu de valeurs du politicien moderne. Rien, en revanche, sur le fonds de l’action gouvernementale, des réformes entreprises – ou non, des prises de position. No comment. Et impossible de classer le film en pour ou contre. Car comment critiquer des valeurs qui n’existent pas ? Comme le rappelle Chirac : « Nicolas n’a pas de convictions; il n’a que des postures. »

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