Jean-Yves Le Gallou : « Marine Le Pen est en phase avec les préoccupations des Français »

Jean-Yves Le Gallou, président de la Fondation Polémia revient sur le « phénomène Marine Le Pen », à l’occasion de la publication de trois articles de fonds sur le décalage entre l’opinion publique et l’idéologie médiatique.

Nouvelles de France : quel enseignement tirez-vous du sondage Louis Harris/Le Parisien du 5 mars, qui met Marine Le Pen en tête des concurrents à l’élection présidentielle ?

Jean-Yves Le Gallou : D’abord, il faut bien comprendre que ce sont avant tout les événements qui structurent une élection. A quatorze mois de la présidentielle, ce sondage a surtout valeur de test et il révèle une dynamique de fond, positive pour Marine Le Pen; néfaste pour ses principaux concurrents. Ensuite, en politique, il y a des cercles vicieux et des cercles vertueux. Actuellement, Marine Le Pen se trouve dans un cercle vertueux, car elle est au centre du jeu politico-médiatique : elle est dans la « course ».

En politique, tout le monde instrumentalisant tout le monde, ce sondage peut, bien entendu, être instrumentalisé par Nicolas Sarkozy. Soit pour dissuader des concurrents issus de son propre camp de se présenter à la présidentielle, soit dans l’espoir d’être au second tour face à Marine Le Pen.

Ensuite, ce résultat peut aussi servir les socialistes, dans la mesure où il peut décourager les candidatures des Verts ou de Mélenchon. Martine Aubry sortant laminée de ce test, il peut aussi servir Dominique Strauss-Kahn, qui apparaît ainsi comme le candidat providentiel du PS et, plus généralement, comme le « sauveur » de la superclasse mondiale face au péril populiste. Il serait d’ailleurs piquant de voir une opposition DSK / MLP, avec l’un en chantre de la mondialisation heureuse et l’autre, en championne du réveil national face à la mondialisation malheureuse.

Pensez-vous que Marine Le Pen est en phase avec les préoccupations des Français ?

Incontestablement. Dans son discours critique de la mondialisation, elle touche au cœur des problèmes des Français, puisque la mondialisation a comme corollaire l’immigration de masse et la délocalisation des emplois. Or, ces deux phénomènes sont générateurs de chômage, de précarisation des salariés, de perte d’identité et d’insécurité, sans parler des problèmes de logement et d’école…

D’ailleurs, je crois que le potentiel maximal de Marine Le Pen est loin d’être atteint, car 23 % des intentions de vote, ce n’est pas énorme si l’on considère que divers sondages* révèlent que 59 % des Français trouvent qu’il y a trop d’immigrés ; que 42 % considèrent que la communauté musulmane paraît constituer une menace ; pour 62% des Français, l’euro a des effets amplificateurs de la crise ; et 66% jugent mauvaise la politique économique du gouvernement… Nous sommes sur des chiffres où, sur l’immigration, la mondialisation et l’Union européenne, plus de 50 % des Français sont critiques. Cela peut considérablement limiter les intentions de vote UMP ou PS.

Nicolas Sarkozy peut-il rattraper Marine Le Pen sur sa droite ?

C’est ce qu’il tente … Mais je crois que la seule chance qu’a Sarkozy de rattraper Marine Le Pen sur le terrain national et sécuritaire, serait qu’il survienne des événements graves, car le vote dépend beaucoup de la conjoncture : au moment des émeutes des banlieues de l’immigration en 2005, des sondages donnaient un second tour Sarkozy-Villepin, car tous deux, parés de la légitimité gouvernementale, bénéficiaient de la situation de crise, bien que des esprits critiques aient pu dire qu’elle résultait justement de leur politique antérieure…

Comment percevez-vous la défiance soudaine des élites à l’égard des sondages ?

Je crois qu’il est bon de rire parfois et j’avoue que j’ai trouvé réjouissant de voir des commentateurs comme Alain Duhamel, habituellement scotchés aux sondages, et même drogués aux sondages, soudain devenir extrêmement critique à leur propos ! C’est l’alcoolique qui donne des leçons de tempérance !

Et la décision de refaire ce sondage déplaisant ?

C’est comme les référendums : s’ils ne donnent pas le résultat escompté, on les refait ! Cela dit, cet aveuglement face à un résultat « déplaisant » place Marine Le Pen en championne de l’opposition face à l’establishment. Et cela ne peut que la renforcer.

Propos recueillis par Pierre-Alexandre Bouclay

Note :

Sous le titre : « Et si l’on donnait la parole aux Français », la Fondation Polémia a publié trois articles d’analyse des sondages parus depuis un an. Le décalage entre l’opinion publique et l’idéologie dominante y apparaît flagrant.

 

Autres articles