Zoom sur… Slate.fr

Enquête : les médias du web

Depuis quelques années émergent sur la toile de nombreux sites d’actualité. Gratuit, payant, ou Freemium (semi-payant), la diversité de ces offres permet aujourd’hui à toutes internautes de s’alimenter en informations. Que différencie chacun de ces sites ? Quel public visent-ils ? Nouvelles de France a réalisé un petit tour d’horizon de ces nouveaux médias du web…

Slate.fr

Déclinaison du site américain Slate.com, Slate.fr se présente comme un site « magazine ». Généraliste et gratuit, il propose aux internautes un large contenu, allant de l’économie à la politique internationale en passant par la culture. Se nourrissant aussi du contenu américain de Slate.com, traduit pour l’occasion, la version française de Slate se présente en deux parties distinctes : les papiers de journalistes, dont certains sont indépendants, et les blogs, traitant du sport, du cinéma ou de la mode. 

Site d’opinion plus que d’information, Slate se démarque par sa grande liberté de ton permise par l’apport de journalistes indépendants et par son analyse.

Qui sont les slateurs ?

Les lecteurs de Slate sont des internautes férus d’actualités qu’on ne trouve pas dans les médias traditionnels. Ils ne recherchent pas le scoop et ne s’attendent pas à y trouver toute l’actualité mais des explications à l’information dans des domaines très variés.

Si vous cherchez à être rapidement informés de l’actualité, Slate n’est pas fait pour vous : trop analytique. Un détour par des journaux plus « conventionnel » sera un passage obligé avant, peut-être, de devenir un slateur confirmé.

Pour compléter la présentation de chaque site, nous avons interrogé les rédacteurs en chef des rédactions. Rencontre avec Johan Hufnagel.

« Notre spécificité, c’est d’être un vrai magazine »

Combien de journalistes travaillent à la rédaction de Slate ?

Le cœur de l’équipe est composé de trois rédacteurs, une chef d’édition et un rédacteur en chef. On ajoute à cela deux développeurs, plusieurs pigistes et auteurs. Au final, on arrive à une vingtaine de personnes.

Que cherche à mettre en avant Slate.fr ?

Slate essaye avant tout de promouvoir un journalisme exigeant, tourné sur l’analyse, l’éditorial et le commentaire. Slate n’est pas un site où l’on va trouver de l’info « chaude ». On ne cherche pas à faire du journalisme d’enquête ou d’investigation. Notre contenu est basé sur le commentaire et l’analyse de l’actualité.

Comment se différencie Slate des autres médias free player ?

Notre spécificité, c’est d’être un vrai magazine. Ce que ne sont pas les autres sites qui travaillent sur des enquêtes et des scoops. Sur Slate, on a l’exigence de l’analyse et du commentaire. C’est un genre journalistique. L’audience du site grimpe vite et nous avons des retours très positifs sur notre travail.

Avez-vous une réelle indépendance vis-à-vis de Slate.com ?

Les rapports avec Slate.com sont très clairs : ils possèdent simplement 15% du capital de Slate.fr. Notre rédaction a une total liberté quand aux articles publiés sur le site. Après, nous avons aussi la possibilité de choisir ce que l’on veut dans le contenu de Slate Group. A charge pour nous d’être traduit par Slate.com.

D’où proviennent les revenus de Slate.fr ? Sur quoi est basé le « business model » du site ?

Nos ressources sont principalement publicitaires, Slate étant un site gratuit. On a commencé notre commercialisation de manière un peu timide. Il fallait d’abord que nous ayons une forte audience avant de nous lancer. Nos recettes proviennent donc essentiellement de la pub. Mais nous vendons, par ailleurs, du contenu à plusieurs sites dont Orange.

Après, on peut tout imaginer. Notre modèle économique, c’est en fait de ne pas avoir de modèle. Si jamais demain, nous pensons qu’il est intéressant de créer une zone “abonnés”, on le fera.

“Notre modèle économique, c’est en fait de ne pas avoir de modèle.”

Aujourd’hui, les conditions ne sont pas réunis, mais pourquoi pas un jour ? Cela nécessite un l’investissement très lourd et de la réflexion. Slate n’est, à ce jour, pas armé pour cela.

On a lu dans la presse que Slate.fr avait subi de fortes pertes d’argent en 2009…

C’est faux… (hésitation). Disons que l’on a investi. Mais c’est tout à fait normal. Le site a été créé en 2009…

Mais vous êtes déficitaire…

Non, on investit de l’argent, c’est différent.

A quand avez-vous fixé votre objectif de rentabilité ?

La date que l’on s’est donné, c’est 2012. On a des rentrées d’argents, et comme tous les sites, on investit. Le chiffre que vous avez lu dans L’Express (plus de 900 000 euros de pertes en 2009) est, entre guillemets, erroné… (hésitation). Enfin il n’est pas faux. Mais on a mis dans l’exercice 2009-2010 nos investissements, donc les pertes forcément, et nos rentrées d’argents. On a commencé à investir dans l’exercice 2009, en 2008. L’exercice était sur quinze-seize mois environ ; et on n’a commercialisé Slate qu’à partir de septembre 2009. Evidemment, on a eu d’énormes pertes. Vous compariez quatre mois de recettes a quinze mois de dépenses et il était certain que la différence serait importante.

Pour gagner de l’argent, il faut savoir investir. Mais toutes les « boites » font cela. Le cas de Mediapart est différent car c’est un site payant, ce qui leur a permit de générer tout de suite des revenus, grâce à leurs abonnés.

On sait que certains de vos « concurrents », tels que Rue89 ou encore Mediapart, sont assez hostiles à la droite et au gouvernement actuel. Comment se situe Slate sur l’échiquier politique ?

On n’est clairement pas un site militant. Les fondateurs de Slate ont des sensibilités, on ne s’en cache pas. Il arrive que l’on ne soit pas d’accord entre nous. Pour les contributeurs de Slate, c’est la même chose. On a la volonté de faire un site de débats et d’échanges. Dans la mentalité de la vieille presse, il faut que chacun ait une « ligne » et ce n’est pas du tout ce que l’on défend. On est un site de débats donc on essaye de trouver des gens qui ne sont pas d’accord avec nous. On cherche à ne jamais sombrer dans la facilité.

Slate en quelques infos :

Site créé en Février 2009.

Fondateurs : Jean-Marie Colombani, Jacques Attali, Éric Leser, Johan Hufnagel et Éric Le Boucher.

Directeur de la publication : Jean-Marie Colombani

Rédacteur en chef : Johan Hufnagel

Audience (visiteurs uniques/mois) : 2,1 millions selon Google Analytics et 1,99 million selon Nielsen.

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