JULES ADLER, PEINDRE SOUS LA IIIE RÉPUBLIQUE (Vidéo)

Peintre franc-comtois né à Luxeuil-les-Bains, Jules Adler (1865-1952) s’inscrit dans le courant des artistes naturalistes qui ont incarné, à la fin du XIXe siècle, une voie alternative entre les avant-gardes impressionnistes et un art plus officiel qu’on dit académique. À l’origine d’une peinture d’histoire inscrite singulièrement dans son temps, Adler est aujourd’hui un peintre largement oublié malgré une longue et véritable carrière institutionnelle.

La rétrospective présentée à Dole et Évian avant Roubaix et Paris, avec le soutien de l’association des Amis de Jules Adler, fait suite au colloque organisé par le musée de Dole en partenariat avec le Centre Georges-Chevrier (Dijon, UMR 7366, université de Bourgogne / CNRS) en janvier 2016. Elle est l’occasion de réécrire et de découvrir l’œuvre complexe de ce peintre, pris entre modernité et académisme, de mieux comprendre ses hésitations formelles et iconographiques, son inscription dans le contexte historique, socio-culturel et politique de la Troisième République.

Au musée de Roubaix, l’œuvre d’Adler trouve un écho particulier dans la production de Rémy Cogghe (1854-1935), éminent représentant d’un naturalisme décliné sur le mode flamand et anecdotique. Il entre par ailleurs en résonnance avec la section consacrée, dans la nouvelle galerie de sculptures, à la représentation des travailleurs et au rêve, poursuivi par maints sculpteurs à la fin du XIXe et au début du XXe siècle d’un monument à la gloire du travail et des travailleurs, de Rodin à Meunier en passant par Dalou et Bouchard. Plus largement Roubaix, ville industrielle et industrieuse qui dut sa prospérité au labeur textile, s’est imposée comme une étape évidente pour l’exposition. Jules Adler est présent dans les collections du musée avec un dessin au fusain et pastel de garçon assis offert par Julia Izart en 1938 et deux paysages industriels exécutés à Charleroi en 1901 donnés récemment par Vincent Foucart. Ces trois œuvres permettent de rappeler combien Jules Adler a constitué une personnalité importante pour la scène artistique locale du début du XXe siècle, bien représentée dans les expositions de la galerie Dujardin qu’animèrent de 1905 à 1939 Eugène et Rose Dujardin. Défendant une programmation post-impressioniste assez prudente, alignée sur le modèle des salons parisiens et locaux de l’entre-deux-guerres, la galerie Dujardin consacre en effet dans les années 1920 plusieurs accrochages aux membres du « Groupe des Dix » qui réunit, outre Adler, les peintres Charreton, Bergès, Désiré-Lucas, Montezin, Marie Réol, Grosjean, Jourdan, Quost et Willaume. La référence rassurante à l’Impressionnisme contribue à susciter un véritable marché dans la région du Nord pour ces artistes dont bon nombre bénéficièrent d’expositions personnelles dans la galerie installée 14 boulevard de Paris à proximité du parc de Barbieux. Ce fut le cas pour le « Maître Jules Adler » du 1er au 15 avril 1925.

Rassemblant une cinquantaine de peintures et dessins provenant de collections publiques et privées, et notamment quelques formats monumentaux entrés dans l’imaginaire collectif (ainsi de La Grève au Creusot), l’exposition permettra de mettre en avant la diversité thématique et typologique de la production d’Adler, la dimension sociale et humaine de son art et l’engagement du peintre en faveur des figures du peuple – mineur, petite main ou simple chemineau. Aux côtés des motifs de prédilection, de celui qui fut qualifié de « peintre des humbles », puisés dans le monde de la rue et plus largement de la ville et des villages, seront évoquées des commandes spécifiques comme le décor des Thermes de Luxeuil-les-Bains.

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