Sérénissime ! Venise en fête, de Tiepolo à Guardi (Vidéo)

Sérénissime ! Venise en fête, de Tiepolo à Guardi (Vidéo)

Que diriez-vous d’une plongée artistique dans la Venise du XVIIIe siècle ? Une époque où la Sérénissime n’en finit pas de décliner politiquement et économiquement. La ville s’est repliée sur elle-même : l’Orient est aux mains des Ottomans et la découverte de l’Amérique a profondément modifié les routes commerciales.

Et pourtant quel faste, quel éblouissement ! Pas une semaine sans que soit célébré un saint protecteur, un prince ou tout autre événement propice aux réjouissances. La fête est permanente, qu’elle soit privée ou publique, religieuse ou profane. On se réjouit sur la place Saint-Marc, sur les bateaux du Grand Canal ou alors dans les nombreux théâtres de la ville : huit édifices publics existent simultanément, sans compter les théâtres privés, pour une ville qui compte moins de 150 000 habitants.

Ce faste est d’ailleurs savamment entretenu par les grandes familles, à commencer par celles des doges, qui en tirent même profit : les théâtres font salle comble, applaudissant les comédies de Goldoni ou la voix de Farinelli et, accessoirement, remplissant les caisses vides. Et puis, cela permet d’oublier un peu la dure réalité de la situation de Venise, la contraction de son économie et le racornissement de son patriciat, et évite donc bien des « émotions populaires ».

C’est dans ce cadre de fin de règne que vont éclore néanmoins des artistes de génie : les peintres Tiepolo, Guardi et Canaletto, ou encore les compositeurs Vivaldi et Albinoni (qui n’a d’ailleurs pas composé l’Adagio qui porte son nom).

La très belle exposition présentée au musée Cognacq-Jay permet de nous immerger dans cette ambiance particulière faite de splendeur plus ou moins factice, de mœurs dissolues – 12 000 prostituées exercent en ville – de réjouissances populaires ou aristocratiques, de ferveur religieuse mêlée de superstition. Pietro Longhi s’en donne à cœur joie pour croquer les scènes populaires : le charlatan vendant ses produits miracles, la prostituée courtisée dans un casino par un vieux barbon, le patron de taverne raccompagnant à la sortie un buveur trop imbibé… Les fêtes publiques ne sont pas oubliées : Francesco Guardi nous a laissé de somptueuses toiles, tout en détails pittoresques : l’entrée en fonction du nouveau doge, les régates sur le Grand Canal, les équipages somptueux.

La dernière partie de l’exposition est consacrée au Carnaval. Il durait longtemps : du 26 décembre au mercredi des Cendres. Attirant dès cette époque de nombreux visiteurs étrangers, les réjouissances comprenaient bals, dîners ou encore spectacles d’animaux, exotiques ou non. Symbole de cet événement incontournable, le personnage masqué est omniprésent dans l’œuvre de Tiepolo.

Venise présente alors une civilisation à bout de souffle – en 1797, la République chute, après plus de mille ans d’existence – mais qui suscite encore de grands talents. A notre époque, tout aussi décadente, on peut parfois se demander où sont les nôtres.

 

  • Sérénissime ! Venise en fête, de Tiepolo à Guardi. Musée Cognacq-Jay, 8 rue Elzévir, 75 003 Paris. Jusqu’au 25 juin 2017.

François Bregaint – Présent

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