Anina

Anina

Anina, c’est d’abord le prénom de cette toute petite demoiselle aux cheveux hirsutes et aux yeux vifs. Anina Yatay Salas. Elle déteste ce triple palindrome – mot qui peut se lire dans les deux sens – que forment ses noms et son prénom. Anina, c’est aussi une petite production uruguayenne, l’adaptation d’un roman de Sergio López Suárez, un conte initiatique sur l’éducation. Anina est punie après s’être battue dans la cour de récréation avec celle que tout le monde appelle l’éléphante, Ysel. En guise de sanction, la directrice de l’école donne à chacune d’entre elles une enveloppe noire scellée. Elles n’auront pas le droit de l’ouvrir pendant une semaine. Le film d’Alfredo Soderguit oscille entre angoisse et curiosité.

Pour cette héroïne rêveuse, brûlante de vivre ses propres expériences. Pour la découverte d’une ville lointaine, Montevideo, de sa classe moyenne, son école, et ses vieillards aigris. Pour l’esthétique de ses images aux couleurs délavées et aux textures nouvelles. Pour un rythme volontairement lent, tranquille, qui laisse le temps d’apprécier le paysage. Pour enfin savoir ce que signifie le mot palindrome. Pour sa bande originale qui distille au fil des scènes sa part de grâce. Après huit ans de travail, le réalisateur uruguayen livre un long-métrage bien différent des films habituels pour enfant et apporte un nouveau souffle dans le cinéma d’animation.

Anina charme par ce personnage principal pétillant et drôle qui se fait spectateur d’un Uruguay post-crise. À travers les cauchemars et les espoirs de son héroïne, Anina donne à voir la vie uruguayenne moderne. On devine les restes d’une crise économique encore vive, un système éducatif archaïque en pleine mutation. On suit l’apprentissage de cette fillette farouche, qui s’interroge, se perd, se trompe, grandit, entre insolence et maturité. Le réalisateur de Kirikou et la Sorcière et Azur et Asmar, Michel Ocelot, a conseillé Alfredo Soderguit lors de l’élaboration du film. « J’imagine tous les enfants tendus vers l’écran, le cœur battant – c’est leur monde et leurs problèmes –, et sortant de la projection apaisés, rassurés, et prêts à bien vivre leur quotidien », confie-t-il. Avec un tel porte-parole, le public français peut se rendre dans les salles  en toute confiance.

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