L’enseignement du cardinal Pie

L’enseignement du cardinal Pie

Des plus de 500 évêques que connut la France au XIXe siècle, à peine une demi-douzaine ont-ils surnagé dans les mémoires. Mgr Frayssinous, grand maître de l’Université sous la Restauration et quelquefois tête de Turc de Lamennais, est connu des historiens. Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans et académicien (comme le précédent), est resté dans les annales, au moins par les chansons de corps de garde. Mgr Darboy, fusillé sous la Commune, n’est peut-être pas complètement inconnu. On peut encore citer Mgr Freppel, évêque d’Angers et député royaliste du Finistère. Et Mgr Louis-Edouard Pie (1815-1880), évêque de Poitiers pendant plus de trente ans, devenu cardinal dans les derniers mois de sa vie.

Mgr Pie n’a pas joué un rôle politique ou ecclésiastique de premier plan dans l’épiscopat français : la modestie de son évêché, sa conception du rôle de l’évêque comme exclusivement ministre de Jésus-Christ (il se tint d’ailleurs soigneusement à l’écart de tous les mandats électoraux, de toutes les décorations, de toutes les responsabilités civiles), son refus des « habiletés » politiques, ne l’y prédisposaient pas.

En fait, le cardinal Pie reste dans les mémoires essentiellement par un des aspects de sa charge épiscopale : l’enseignement doctrinal. Il a exposé et défendu la vérité, par ses discours et ses écrits, d’une façon particulièrement claire et enracinée dans la Tradition catholique la plus certaine. Véritable théologien et connaissant parfaitement les Pères de l’Eglise (ce n’est pas sans raison qu’il fut élu – brillamment – à la Députation de la Foi du concile du Vatican), ses travaux méritent encore d’être lus et médités, 135 ans après sa mort. Giuseppe Sarto avait d’ailleurs appris le français en parcourant ses Œuvres complètes, et bien des formules frappantes qui vinrent sous sa plume lorsqu’il fut devenu le pape Pie X sont de pures et simples reprises de textes du cardinal Pie.

L’évêque de Poitiers a combattu principalement deux erreurs contemporaines : le naturalisme, qui prétend s’abstenir de l’ordre surnaturel voulu de Dieu et veut rester sur le plan de la pure nature ; le libéralisme, sa conséquence sur le plan politique, qui estime que la société civile ne doit plus avoir aucun lien avec Dieu et l’Eglise. A cela, il oppose le règne du Christ sur les individus, les familles et les sociétés.

Il est donc fort heureux qu’à l’occasion du deux centième anniversaire de la naissance de cet « athlète de la foi », Gérard Bedel nous offre une biographie enlevée, mais précise et agréable à lire. Tous les aspects de la vie de Mgr Pie y sont abordés, dessinant une noble et belle figure de chrétien, d’évêque et de Français.

Pour découvrir plus abondamment les textes mêmes du cardinal Pie, on pourra se référer à l’anthologie (un peu plus ancienne) réalisée avec beaucoup de compétence et d’à-propos par un prêtre, sous le nom de Jacques Jammet, et intitulée Le cardinal Pie de A à Z.

Jacques Breil – Présent

Gérard Bedel, Le cardinal Pie, Clovis, 2015, 144 pages, 13 euros.

Jacques Jammet, Le cardinal Pie de A à Z, éditions de Paris, 2005, 894 pages, 35 euros.

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