Première rétrospective Walker Evans: le photographe de la Grande Dépression! (Vidéo)

Première rétrospective Walker Evans: le photographe de la Grande Dépression! (Vidéo)

C’est la première rétrospective Walker Evans, le célèbre photographe américain de la Grande Dépression (mais pas seulement, comme le montre excellemment l’exposition du Centre Pompidou). Sur ce sujet particulier disons, pour faire vite, qu’il y a lui et le chef-d’œuvre de John Steinbeck, Les Raisins de la colère.

Walker Evans est né en 1903 à St. Louis, Missouri. Il est mort en 1975 à New Haven, Connecticut. A l’origine, il rêve de devenir écrivain. Aussi fait-il des études de littérature à la Sorbonne pour asseoir sa vocation. Mais, de retour au pays, il découvre que la photographie peut elle aussi raconter de belles et fortes histoires. Le reste va suivre : une bourse de la Fondation John-Simon-Guggenheim en 1940, un engagement au magazine Time en 1945, au prestigieux Fortune en 1950. Cette même année, il est nommé professeur de photographie à l’école d’art de Yale.

L’œuvre de sa vie, c’est donc ce rendu unique des victimes de la Grande Dépression. Les humbles, les oubliés, les Petits Blancs laissés au bord du chemin. Des portraits plein cadre. Poignants. Des visages. Des regards de métal. Des yeux qui fixent. Des yeux qui ne baissent pas les yeux.

L’une des photos les plus célèbres est celle d’une jeune fermière de l’Alabama, Allie Mae Burroughs. Pendant six semaines, Evans suit trois familles. Il photographie Allie, son mari, son bébé. Ces gens n’ont plus rien. Une maison presque vide, mais bien tenue. Peu de vêtements, mais toujours propres. Le « peuple des humbles ». Quarante ans plus tard, Evans enregistrera la voix d’Allie, devenue une sorte d’icône grâce à cette photo qui fait le tour du monde. Un accent sudiste à couper au couteau. Une vraie redneck. Pas de plainte, pas de misérabilisme, pas de main tendue pour mendier. Juste ces yeux qui vous fixent et qui accusent.

Plus tard, Walker Evans photographiera les réclames, les panneaux, les enseignes, les affiches au bord des routes. Des œuvres d’art, des témoignages, dira-t-il. Les choses et les gens. Et, chez les gens, la working class. L’une de ses séries, très connue elle aussi, c’est la Subway Passengers, les usagers des métros urbains. De son art, il a dit : « C’est proche de la chasse, la photographie. L’objet désiré, c’est une proie qu’on tue. »

Lui qui avait traduit Baudelaire (lequel, rappelons-le, avait traduit Edgar Poe) et Blaise Cendrars, il se battra toute sa vie pour n’être pas embarqué dans les coteries politiques d’une gauche américaine qui voulait le récupérer : « J’aime affirmer ce qui est. Je ne prétends pas améliorer le monde. » Si le mot folklore, à savoir la culture populaire, a été inventé pour quelqu’un, c’est bien pour lui.

A travers 300 photos et 100 documents, une immersion au cœur de l’Amérique profonde. Avec un supplément d’âme.

  • Centre Pompidou, place Beaubourg, Paris IVe. Jusqu’au 14 août.

Photo : Allie Mae Burroughs (1936).

Alain Sanders – Présent

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