Partons à la rencontre des derniers batteurs d’or (Vidéo)

Partons à la rencontre des derniers batteurs d’or (Vidéo)

Si le dôme des Invalides rayonne autant, c’est grâce aux 550 000 feuilles d’or qui le recouvrent et aux batteurs d’or qui rendent possible cet incroyable exploit. Leur savoir-faire, né en Haute-Savoie au bord du lac Léman, est confidentiel.

On lui doit les feuilles d’or qui font scintiller la flamme de la statue de la Liberté, au large de Manhattan, le dôme des Invalides ou la façade de l’Opéra Garnier, à Paris, ainsi que celles qui recouvriront les cinq dômes de l’Eglise russe de Genève. Pourtant, dans la bise froide de février, le long de la route qui relie Excenevex à Yvoire, à quelques mètres des rives d’un Léman chahuté, la bâtisse jaunâtre qui abrite l’entreprise Dauvet depuis 80 ans semble déserte, comme à l’abandon.

Une fois franchie la porte blindée, la première impression s’estompe. Les locaux sont anciens, les machines d’un autre siècle, mais le dernier batteur d’or de France garde le cap contre vents et marées. Certes, après cinq générations aux commandes d’une maison fondée à Paris en 1834 par Pierre Buisson, la famille Dauvet s’est vue contrainte, en 2013, de transmettre le flambeau à Antonin Beurrier, un investisseur qui a été le patron du géant minier Vale en Nouvelle-Calédonie. Mais la batterie d’or d’Excenevex, l’un des derniers fleurons du patrimoine vivant de Haute-Savoie, n’a rien perdu de son savoir-faire ancestral.

Le métier de batteur d’or, qui existe depuis le temps des premiers pharaons, s’apprend sur le tas, en mettant les mains dans le plus précieux des cambouis, au contact des professionnels. La redoutable précision requise pour les gestes qui permettent de transformer un lingotin en des milliers de feuilles d’or d’une épaisseur de 0,2 micron explique que les hommes, dans le métier, sont largement minoritaires. Dauvet, aujourd’hui, emploie encore une quinzaine de personnes – elles ont été jusqu’à cinquante – dont plus de dix sont des femmes.

La maison utilise, bon an mal an, une quarantaine de kilos d’or pur, acheté en bonne partie à la société suisse Metalor. Livré sous la forme de billes de la taille de plombs de chasse, il prendra des teintes nuancées – vingt figurent au catalogue – grâce à l’adjonction plus ou moins importante de cuivre, d’argent et de palladium.

Quatre étapes président à la fabrication de feuilles 75 000 fois plus fines que le lingot initial: la fonte de l’alliage à 1200 degrés, qui permet d’obtenir des lingotins d’environ 200 grammes; le laminage à froid, qui fait du lingotin un ruban de plusieurs mètres de longueur, recuit pour restaurer la ductilité de l’or; le battage entièrement mécanisé du ruban coupé en quartiers de 40×40 mm, qui se déroule en deux étapes pour s’achever par le battage final de la moule, petite pile de feuilles d’or et de polyester intercalées d’où sortiront des feuilles si fines qu’elles ne supportent pas même leur propre poids; le vidage, enfin, au cours duquel une ouvrière, appelée videuse, ouvre chaque moule pour déposer, avec une pince en bois mais aussi en s’aidant de son souffle, 25 feuilles d’or coupées dans un livret en papier de soie.

Au XVIIIe siècle, 5000 batteurs d’or travaillaient en France. Aujourd’hui, il n’en reste plus qu’un, et douze au total en Europe. C’est dire si la concurrence est rude, et si l’arrivée d’un investisseur a été providentielle pour l’entreprise d’Excenevex. «Il n’empêche que nous sommes optimistes. Aux marchés traditionnels, à savoir la restauration, l’art et les marbriers qui recouvrent d’or les noms et les dates sur les tombes, s’ajoutent désormais deux débouchés récents, souligne Hugues de Lisle, directeur de Dauvet. Celui en pleine expansion de l’or alimentaire, qui orne de plus en plus gâteaux et chocolats, et celui, encore en développement, de l’or dans la cosmétologie: c’est en effet du dernier chic d’ajouter quelques paillettes à une crème de beauté hors de prix!»

Le rôle du directeur est désormais de vendre le savoir-faire de Dauvet sur les marchés moyen-orientaux et asiatiques, friands de luxe, là où l’or chinois, moins cher mais de moins bonne qualité, notamment sur le plan de la constance des teintes, se dresse sur sa route.

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