Des Mennonites mexicains bientôt de retour en Russie ?

Plus d’un siècle après que des agriculteurs mennonites en quête de liberté religieuse et de nouvelles terres aient quitté la Russie pour l’Amérique du Nord, plusieurs centaines de le leurs descendants songent sérieusement à boucler la boucle, c’est-à-dire à migrer vers l’Europe orientale, révèle le Daily Mail. La faute à la pénurie de terres agricoles, à la sécheresse (très forte l’année dernière) et à des conflits avec des locaux.

Cet été, une délégation de 11 Mennonites s’est rendue en République du Tatarstan afin d’y étudier la faisabilité d’une installation d’une partie de leur communauté. « Nous sommes à la recherche d’un avenir pour nos enfants et nos petits-enfants », explique Peter Friesen, 59 ans, l’un des agriculteurs qui est allé visiter la ville d’Aznakayevo en août 2012. Lui-même est l’arrière petit-fils de Mennonites nés dans l’Empire russe, eux-mêmes descendants d’anabaptistes du 16e siècle d’Allemagne, des Pays-Bas et de Suisse qui se sont réfugiés sous le règne de Catherine la Grande dans ce qui est aujourd’hui l’Ukraine. L’immigration vers l’Amérique du Nord a commencé en 1870 (avec la montée des nationalismes européens) et s’est accélérée sous la Révolution bolchévique puis pendant les deux Guerres mondiales.

Les Mennonites mexicains parlent le bas-prussien, un dialecte allemand : venant du Canada, ils sont arrivés dans le Chihuahua dans les années 1920 et ont contribué à transformer quelques-unes des étendues les plus désertiques du Nord du Mexique en terres agricoles produisant chaque année des tonnes de maïs doré, de fèves, de lait et de fromage au point de cultiver les 3/4 des champs de maïs de l’État. Mais selon Enrique Voth, un père de 11 enfants, qui est également allé au Tatarstan l’été dernier, « nous avons besoin de dix fois plus de terres que ce que nous avons aujourd’hui au Mexique ». Cela tombe bien, dans cette partie de la région économique de la Volga, les terres agricoles peuvent être achetés pour un dixième du prix demandé dans le Chihuahua. Plus d’une centaine de familles souhaiteraient émigrer. Il faut dire que les Mennonites sont souvent locataires des champs qu’ils cultivent (250 000 hectares) et pas propriétaires, ce qui explique une progression de leurs richesses inférieure à celle du Mexicain moyen malgré un travail acharné.

Autre problème : les 60 000 Mennonites du Chihuahua sont de moins en moins bien acceptés par les locaux. Les Barzonistas, des fermiers rivaux, les accusent d’avoir creusé sans la moindre autorisation 200 puits pour irriguer leurs cultures. Les autorités n’ont pour l’instant repéré que 12 puits forés au moyen de fausses autorisations mais les Barzonistas ne les croient pas et les accusent de fermer les yeux. L’un d’entre eux, Jacko Rodriguez, est catégorique : « Nous allons rester ici et nous allons vivre ici. Eux ne sont pas mexicains.” Cet été, un Barzonista a déclaré que les Mennonites étaient des Allemands brûlant les terres des Mexicains comme les nazis avaient brûlé les Juifs… Et lorsqu’un chef de file des Barzonistas a été abattu avec son épouse en octobre, les Mennonites ont été pointés du doigt bien que niant toute implication. Du fait du manque de terres, ils se sont lancés dans les services et dans l’artisanat. Mais selon certains locaux, des Mennonites se prostitueraient et participeraient à des trafics de drogue…

C’est dans ce climat défavorable que certains chercheraient aussi à quitter le Mexique pour l’Argentine. Il faut dire qu’au XXe siècle, les Mennonites se sont déployés en Amérique du Sud, en Afrique et en Inde. Partout, ils cultivent la terre (“un travail pacifique et sans concurrence”, “le plus sain que l’on puisse avoir”, selon Voth) et, dans leur immense majorité, ne crachent pas sur le progrès pour être plus productifs, contrairement aux Amish, surtout présents aux États-Unis et de plus en plus nombreux (5 000 en 1900, 123 000 en 1992, 227 000 en 2008). Les Mennonites seraient, eux, 1 300 000 dans le monde.

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2 Commentaires

  • Enoch , 8 décembre 2012 @ 10 h 39 min

    Je ne suis pas sur que d’aller s’installer sur les terres des descendants de la horde d’or soit une si bonne idée!
    Bien qu’ignorer en Occident par l’indigence de nos médias, le réveil du nationalisme Turc peut survenir a tout moment!

    Il y aura toujours un potentiel réveil a la Tamerlan dans ces régions! D’autant plus que l’Islam prosélyte c’est réveillé, réveillant avec elle, les vieux démons de conquête!

    Mais enfin, si il ne sentent plus bien au Mexique, ils peuvent toujours essayer chez les tartares, je ne suis pas sur qu’ils seront mieux accueillis par la population locale.

  • MarcS , 8 décembre 2012 @ 11 h 27 min

    Où se trouve le Tartarstan et par quel(s) peuple(s) est-il habité ???

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