L’abondance et le rêve par Christian Dedet

L’abondance, 400 pages. Le rêve éveillé : s’en aller par les chemins en compagnie de Jouhandeau, Guillaume de Roux, Joseph Delteil, Roland Cailleux et autre François Sentein. Tome deuxième. Le premier, Sacré jeunesse, paru il y a maintenant dix ans, évoquait déjà ce qui allait se confirmer chez l’auteur, né en Languedoc en 1936. Le goût des femmes, sa passion pour la tauromachie, l’amour des livres. Christian Dedet est un amant aux affinités électives.

Les années soixante, les années yé-yé. La guerre d’Algérie et cette plaie qui ne se referme pas, la Chine qui s’éveille rouge sang et qui déjà inquiète. Les années, surtout, pour l’auteur de La Mémoire du fleuve (prix des libraires 1985) de son installation à Châtel-Guyon dans le Puy-de-Dôme. Station thermale propice à toutes sortes de rencontres tragi-comiques, voire vaudevillesque, dans l’exercice de la médecine. Un choix délibéré au sortir du service militaire qui lui offre six mois de liberté hors saison, après deux ans sous les drapeaux. Une installation à Paris, rue Mozart. Des livres en préparation, des piges également pour différents journaux, revues, d’Art à La Table Ronde. La littérature est un sacerdoce. Une maîtresse exigeante. Et en cela, il lui sera plus fidèle qu’aux femmes, jusqu’à Paule en tout cas, qui s’annonce en fin de journal !

Mais revenons à l’écriture. Dedet est un éternel anxieux. Et la parution d’un livre le met dans des états d’extrême inquiétude. Que dira la critique ? Quel sera le jugement de ses pairs ? On sait le milieu littéraire implacable. Si l’on accepte mal la réussite d’un confrère, on ne laissera pas passer le plaisir de descendre en flèche un ouvrage moyen. Alors jusqu’au bout, le doute est là, qui ne s’effacera qu’à la lecture des recensions de critiques littéraires intransigeants, les Sénart, Vandromme…

Etre solaire, il ne peut s’éprendre d’une idée qui ordonnerait son existence, pour laquelle il accepterait de mourir. En permanent questionnement, remise en cause, des autres, de soi surtout. Il n’est pas inutile de rappeler qu’il n’a que trente ans lorsqu’il écrit ces lignes. Trouve un exutoire dans l’éloignement, la fuite pour ce qui engage. Mélancolie. Amour, quête perpétuelle quand bien même le pire est toujours certain. Complexité de l’écrivain, de l’amant, du fils. Se doit de tout dire à défaut de ne rien dire. Que ferions-nous si nous devions nous garantir de tout ? Mise à nu, en abîme ? En danger aussi.

Exercice périlleux que la tenue d’un journal. Confession quotidienne, intime. Témoignage enfin d’une époque épique. Instants délicieux d’une promenade, d’une conversation avec des écrivains aujourd’hui entrés au panthéon des lettres et qui nous sont rendus plus proches, plus vivants. Merci pour ce moment !

 

• Christian Dedet, L’abondance et le rêve, journal 1963-1966, Les Editions de Paris-Max Chaleil, 402 p., 18 euros.

 

Lu dans Présent

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