“Il est temps de mettre au cœur de nos projets de vie les valeurs qui s’opposent à toutes les barbaries”

« La fin est contenue dans le moyen comme l’arbre est dans la graine »

♦ Le groupe auto-intitulé « Etat Islamique » a revendiqué la tuerie à l’explosif du concert d’Ariana Grande à Manchester le 22 Mai 2017. Dont acte. On peut spéculer comme certains le font sur la véracité des liens avec Daesh de l’individu qui cette nuit là a décidé de mourir dans le but de tuer. C’est sans intérêt.

Cette revendication parle d’elle même. Fort ! Elle dit que ce groupe est abject, sans morale, indigne et s’est ainsi mis au ban de l’humanité. Point barre.


Que ceux et celles qui seraient tenté(e)s de le suivre comprennent que sa stratégie est non seulement immonde – aucun Être Suprême ne pourra jamais les en remercier, bien au contraire – mais aussi perdante. Elle est perdante quoi qu’il arrive, car le moyen d’action utilisé pour atteindre les objectifs de Daesh vide de toute valeur morale, donc aussi transcendantale,  le projet que cette structure prétend porter. Une lecture attentive de toute l’histoire humaine montre que le recours à la violence et à la contrainte pour atteindre un but déteint toujours sur le but lui même et donc le corrompt s’il avait au départ une quelconque valeur morale et humaniste. On devient ce que l’on fait. Mahatma Gandhi disait : « La fin est contenue dans le moyen comme l’arbre est dans la graine ». Ce n’est pas une philosophie mais un constat. Ce constat implique par contre un impératif de conduite de toute la vie : mettre nos actes en cohérence avec les buts vers lesquels nous décidons de tendre. Qu’aucune personne en quête du bien ne se trompe : en prônant ou revendiquant l’assassinat comme moyen d’action, on ne peut dans le meilleur des cas que préparer l’immonde. Daesh ne respecte même pas l’infinie miséricorde que le Dieu auquel il se réfère est susceptible de manifester à tout moment selon les écrits sacrés auxquels ce groupe se réfère. Il se place donc au dessus de lui, sans vergogne. Que chacun(e) le comprenne.

Quant aux dirigeants politiques de quelque bord et nationalité qu’ils soient, il importe de peser les mots par lesquels ils se distancient de cette barbarie perdante. Est-il approprié de parler « d’effroi » quand on est chef des armées, a autorité sur la police, voire dispose du pouvoir de faire usage des armes nucléaires ? Le dégoût pour les crimes constatés et l’infinie compassion pour les victimes et leurs proches ne doivent pas davantage conduire à l’effroi que les méfaits du banditisme sous toutes ses formes qui tue chaque jour infiniment plus, ou que nos choix économiques et sociétaux qui anéantissent quotidiennement 24.000 vies humaines terrassées non par la faim et la pauvreté (qui ne sont qu’un résultat) mais par l’organisation pitoyable de notre monde alors même que nous aurions pu surmonter tout cela il y a longtemps déjà en choisissant de faire société autrement ou, mieux dit, de “faire société” tout simplement.

Il est temps de mettre au cœur de nos projets de vie les valeurs qui s’opposent à toutes les barbaries et qui sont écrites en toutes lettres dans l’article 1 de la charte commune à toute l’humanité qu’est la Déclaration Universelle des Droits de la Personne Humaine qui aura 70 ans l’an prochain : « Tous les être humains naissent libres et égaux en dignité et en droits, ils sont dotés de conscience et de raison, et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ».

Il est temps de comprendre, de réfléchir à nos actes, nos institutions, nos règles dans tous les domaines pour voir ce que trop souvent nous ne voyons même pas : quand, comment, de combien de façons individuellement ou collectivement, en petit ou en grand, nous nous écartons du chemin d’humanité qui accorde une valeur infinie à toute vie née, retirant ainsi souvent sans même nous en rendre compte les points cardinaux du ciel de nos frères et sœurs en humanité, et déréglons donc la boussole des nouvelles générations pour qui nous avons érigé au rang de référence absolue la concurrence et la compétitivité au lieu du meilleur de soi et la solidarité. Notre tâche ne doit-elle pas être d’employer notre intelligence, notre créativité, nos forces à réunir toute la famille humaine en prenant soin les uns des autres ? Faire émerger par la pratique une culture de la bienveillance.

Pour mettre en échec l’immonde, n’est-il pas urgent d’oser la fraternité ?

Jean Fabre – Polémia

Source : Anna-Maria Campogrande, fonctionnaire de la Commission des Commu­nautés européennes, présidente chez Athena, Association pour la promotion et la défense des langues Officielles de la Communauté Européenne

 

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