Brève de pub ! Achetons citoyen !

Brève de pub ! Achetons citoyen !

Citoyen, n’oublie pas d’acheter militant !

Cette année, le joaillier Chopard, fournisseur officiel de palmes d’or du Festival de Cannes, a tenu à bien faire savoir que le bijou était en or « équitable », extrait d’une mine absolument exemplaire pour le respect de l’environnement, de la planète et des salariés. Nul doute qu’au fond de leur galerie du désert chilien d’Atacama, les mineurs auront été émus aux larmes.

Avec ce mode de communication, le joaillier monte dans un train dont le signal de départ a été sifflé par la MAIF, qui se flatte depuis longtemps d’être un« assureur militant ». De quoi ? On se le demande, mais ça fait tellement bien d’être militant, ça fait « de gauche »

Depuis, le mouvement vers le vocabulaire révolutionnaire de l’an II est suivi par d’autres communicants branchés, souvent reconnaissables à l’emploi systématique du mot « citoyen » à la place de « civique ». Atol est ainsi devenu un « créateur citoyen » ! C’est bien connu, on voit mieux avec des lunettes citoyennes, surtout si elles sont roses…

La Banque postale, quant à elle, se veut désormais « banque et citoyenne ». Il faudra bientôt s’adresser au guichet en disant « Salut et fraternité, citoyen banquier, tu me vois fort marri : je t’ai départi un chèque au troisième jour de vendémiaire, et n’en ai été crédité que le huitième… Si cela continue, j’irai me plaindre au Comité de salut public ! »

Dans un genre voisin, GDF Suez se veut maintenant un « acteur engagé ». Mais engagé à quoi ? Pas à baisser ses tarifs, en tout cas. Le message subliminal que les publicitaires veulent graver dans la cervelle des gogos est évidemment limpide : « Vous pouvez nous apporter votre pognon, nous ne sommes pas de sales capitalistes ; la preuve : nous avons des valeurs de gauche… » On peut leur suggérer quelques entreprises encore à conquérir : « Testut, la balance équitable… »« OMO, la blancheur métissée… »« Charal, la viande résistante… » ou « UHU, la colle solidaire »

On s’étonne trop de ce qu’on voit rarement, et pas assez de ce qu’on voit tous les jours, disait Madame de Genlis.

 

 

Lu sur Boulevard Voltaire

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