Bataclan: 2h38 mn 44 secondes de cauchemar!

Bataclan: 2h38 mn 44 secondes de cauchemar!

C’est un document aussi exceptionnel que terrifiant que les enquêteurs de la brigade criminelle viennent de remettre à la justice : l’exploitation d’un dictaphone abandonné par un spectateur et retrouvé au premier étage du Bataclan. La retranscription de l’enregistrement couplée à celle des échanges radio de la police — dont nous avons eu connaissance — retrace, seconde par seconde, le déroulement de la tragédie et dévoile pour la première fois les paroles exactes prononcées par les assaillants durant l’attentat.

« Planquez-vous ! » Ce réflexe d’un spectateur est la première voix saisie par l’enregistreur. Les trois terroristes viennent de pénétrer dans la salle. « Je rêve ou quoi ? » poursuit un autre, incrédule. Le bruit des balles fuse tout comme les cris des victimes au rez-de-chaussée. Ce n’est qu’après sept minutes d’un carnage méthodique que les djihadistes s’adressent à leurs otages en leur intimant des ordres contradictoires. « Lève-toi ou je te tue », lance l’un d’eux. « Couché ou j’tire », enchaîne Samy Amimour, le seul formellement identifié sur la bande par les enquêteurs. « Vous bombardez nos frères en Syrie et en Irak. Pourquoi on est ici nous ? On est venus jusqu’en Syrie (sic) pour vous faire la même chose », clame un assaillant. « Nous on est des hommes, on vous bombarde sur terre. On n’a pas besoin d’avion, nous. Voilà, vous avez élu votre président Hollande, voilà sa campagne. Remerciez-le », développe un autre, avant de mettre en garde : « Celui qui essaie de faire le justicier je le tue. » Entre deux tirs, un terroriste reprend : « L’heure de la revanche est arrivée. »

Après douze minutes d’exécutions en série, les terroristes revendiquent cette fois clairement leur appartenance au groupe Etat islamique. « Vous connaissez Daech ? […] Daech, c’est l’Etat islamique. Ils sont partout, en France, aux Etats-Unis. On va frapper partout. » Une minute plus tard, un premier policier de la BAC nuit entre dans la salle par la porte principale et prend Samy Amimour en joue. « Casse-toi, casse-toi enfoiré ! » menace le fanatique. Sans se laisser intimider, le fonctionnaire tire sur le terroriste. La ceinture explosive de ce dernier se déclenche au même moment. « Allahou Akhbar ! » célèbrent ses deux complices. Ismaël Omar Mostefaï et Foued Mohamed-Aggad décident alors de monter au balcon de la salle et d’entrer en contact avec la police via un spectateur contraint de se poster près d’une porte derrière laquelle ils se sont réfugiés avec une dizaine d’otages. « On est en prise d’otages. Ils ont des ceintures explosives. Ne venez surtout pas sinon ils font tout péter », dit-il aux fonctionnaires de la BRI, tout juste arrivés, tandis que les terroristes réclament un talkie-walkie pour pouvoir « parler avec un responsable ».

C’est finalement avec le téléphone portable d’un spectateur que la police tente de communiquer avec les assaillants, mais les appels passent mal. Pendant ce temps, des renforts pénètrent en colonne à l’intérieur de la salle mais l’absence de plans des lieux rend leur progression difficile. « Putain, dépêchez-vous ! » supplie un spectateur. S’approchant de la porte derrière laquelle Mostefaï et Aggad sont retranchés, un policier est repéré par un terroriste. « Arrête-toi ! Casse-toi. Je fais sauter les otages. » « OK », répond le fonctionnaire en rebroussant chemin. L’heure qui suit, interminable, voit les renforts progresser jusqu’au balcon derrière un lourd bouclier. En les apercevant, des blessés réclament de l’aide, tandis que d’autres leur implorent de faire demi-tour pour éviter un nouveau bain de sang. Une situation délicate qui ralentit la progression. « Sortez-les de là, y en a marre », demande un policier via sa radio à 23 h 37. Quarante minutes plus tard, l’assaut final dans la salle où s’étaient retranchés les deux terroristes est donné, libérant les derniers otages.

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