Touche pas à mon évêque !

Tribune libre de Pierre J*

Dimanche matin, lors du culte à l’église évangélique baptiste de la rue de Lille, à Paris, le pasteur a invité sa communauté à prier pour le cardinal Philippe Barbarin, attaqué dans les médias pour des propos « auxquels je souscris totalement, et que tout chrétien devrait faire siens », déclare-t-il dans son prêche.

Quelle est cette controverse, cette polémique dont l’archevêque de Lyon est l’objet ? Quatre secondes, ni plus, ni moins, tirées de l’interview d’une vingtaine de minutes (à regarder dans sa totalité) accordée par le primat vendredi 14 septembre à l’émission « Droit de citer », coproduite par RCF et par TLM. Pressé de répondre sur le mariage homosexuel, le cardinal s’interroge sur la définition du mariage : « C’est un mot qui veut dire un rempart pour permettre au lieu le plus fragile de la société, c’est-à-dire une femme qui donne la vie à un enfant, que toutes les conditions soient établies pour que cela se passe dans les meilleures possibilités. » Il se demande également, au détour d’une seule phrase, si la norme de l’union entre un homme et une femme est abolie au nom du désir des individus, pourquoi de nouvelles revendications comme le mariage à trois ou l’inceste ne verraient-elles pas le jour ?

Horreur ! Ignominie ! Abjection ! Sortis de leur contexte, ces propos furent lâchés en pâture aux grands médias et aux réseaux sociaux, transformés (la dépêche AFP a évoqué le terme « polygamie », qui n’a jamais été prononcé pendant l’émission), amplifiés et abondamment critiqué. Pour beaucoup, le « cardinal homophobe » avait encore « dérapé ».

Au milieu de cette curée médiatique, il serait bon de prendre la plume pour rétablir quelques vérités.

Tout d’abord, le cardinal Barbarin a réaffirmé la doctrine catholique de distinction des personnes et des actes, valable des questions personnelles aux sujets de société. Le cœur du sujet, c’est la personne, qui ne se réduit pas à la seule « identité » homosexuelle, et qui a toute sa place dans la communauté chrétienne :  « À l’intérieur de l’Église, je dis souvent aux personnes qui ont des désirs homosexuels ou des tendances : vous avez votre place, on a besoin de vous ! Si ça se trouve, vous construisez l’Église bien mieux que moi ! (…) Ce n’est pas un regard sur les personnes. C’est la question de la structuration en profondeur de la d’une famille, du mariage, d’une société… ».

Ce qui anime le prélat en premier lieu, c’est le respect : « Toute personne doit être respectée dans ce qu’elle est et dans ce qu’elle est vit ».  Les propos du cardinal Barbarin n’étaient ni ceux d’un fondamentaliste américain, ni ceux d’un imam salafiste. Les médias peuvent crier à l’homophobie, quand les chimères sortiront réellement du bois, leur appel à la vigilance aura perdu toute sa force.

Sur le contenu de l’allusion au « mariage à trois » et à « l’inceste », à présent : qu’est-ce que le cardinal a osé dire ? Voilà de nouveau l’amalgame entre pédophilie et homosexualité. Quant au mariage à trois, personne ne le demande, c’est une pure vue de l’esprit !

Hélas, nul besoin de remonter aux années 1970, qui virent le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) et Michel Foucault réclamer la reconnaissance des « sexualités périphériques », et des personnalités comme André Glucksmann, Guy Hocquenghem, Bernard Kouchner et Jack Lang signer une pétition en 1977 pour la libération de trois hommes s’étant isolés avec des enfants de moins de 15 ans, pour constater qu’une revendication autour de la sexualité de l’enfant est toujours présente, quoique discrète. Elle se dissimule dans des propos recueillis dans les cercles intellectuels LGBT tel que : « Il faut en finir avec la confusion entre pédérastie et pédophilie ! Un jeune de 12 ans n’est pas un enfant de 8 ans ! ». Ou alors, dans cette proposition, quasi-confidentielle, de permettre, dans le cadre d’une redéfinition de la famille, les relations consentantes entre beaux-parents et enfants, « quand ils auront l’âge ».

Quant au mariage à trois, sa revendication est plus affirmée, sous les appellations de « polyamour » ou de « pluriparentalité ». Le 11 septembre dernier, lors du “débat” public sur la proposition de loi de la sénatrice Esther Benbassa (Verts) sur le mariage et l’adoption pour les couples LGBT, les universitaires Daniel Borrillo et Didier Eribon appelaient de leurs vœux à ne pas s’arrêter en chemin et à changer le modèle familial « deux parents-un enfant » de fond en comble. « Des familles avec trois parents, cela existe déjà ! », plaidaient-ils. Sur un autre registre, la réclamation d’un « contrat universel à plusieurs », publiée dans Le Monde en mai dernier n’aura échappé à personne.

Le cardinal Barbarin n’a jamais comparé les personnes homosexuelles à des polygames ou à des incestueux. Il a désigné des repères de la société que certains souhaitent, consciemment ou inconsciemment, détruire grâce au mariage entre couples de même sexe. Les personnes homosexuelles étrangères à ces expérimentations d’apprentis-sorciers ont raison de s’offenser d’y être associées. Mais elles doivent aussi savoir que la logique philosophique interne du mariage homosexuel permet la justification de toutes les revendications, qui peuvent elles aussi se baser sur « l’amour », la « reconnaissance  sociale » ou la « réalité ». Pour preuve, les considérations récentes de Nick Cassavetes, réalisateur du film Yellow, qui a suscité la polémique au festival de Toronto : “Le film entier est sur le jugement et l’absence de jugement, sur le fait de faire ce qu’on veut. Qu’est-ce que ça peut faire que les gens vous jugent ? (…) Aimez qui vous voulez. Ce n’est pas ce qu’on dit toujours ? C’est comme pour le mariage gay. (…) Si c’est entre frère et sœur, c’est très bizarre, mais en y regardant de plus près, personne n’est blessé, à part les gens qui flippent parce que vous êtes amoureux.”

D’où la nécessité d’un débat national, comme l’a demandé le cardinal Barbarin : « Sur un sujet aussi profond et qui touche à ce point tout le monde, il faut vraiment donner la parole à tous les citoyens. »

En guise de conclusion, je me permets de laisser un témoignage personnel. Je n’ai jamais oublié ce dimanche de janvier 2009, lorsqu’une poignée de manifestants gays s’était rassemblée devant la basilique de Fourvière, à Lyon, pour une « folle messe ». N’écoutant pas certains jeunes « cathos » affolés ou désireux d’en découdre, le cardinal Barbarin est allé à la rencontre des manifestants, qui, subitement, cessèrent leur tintamarre, surpris par sa démarche. S’ensuivit une étonnante rencontre à l’archevêché entre les représentants LGBT et le cardinal. Ils en repartirent apaisés, et heureux d’avoir été écoutés.

Cet acte digne du Christ devrait être un démenti éclatant du soupçon d’homophobie médiatique, si seulement les journalistes se documentaient. Ils y verraient un écho à l’attitude de Jean-Paul II, lors de son voyage aux États-Unis en 1979, racontée par Arturo Mari, le photographe du pape :

« Alors que nous entrions dans la nonciature de Washington, il y avait devant l’édifice un groupe d’homosexuels qui protestaient contre le Pape. Le Saint-Père au départ n’avait pas compris ce qui se passait, et donc, en entrant, il m’a demandé « Que se passe-t-il ? ». « Une manifestation » lui ai-je répondu. « Qui sont-ils ? » « Ce sont des homosexuels, votre Sainteté. » « Et combien sont-ils ? » « Cinq cents. » « Et nous, combien sommes-nous ? », et il a commencé à compter en pointant du doigt : « Un, deux, trois, quatre, cinq… C’est bon, on peut y aller. » Il est repassé par la porte, s’est approché des manifestants, les a salué et s’est mis à parler avec certains d’entre eux. Et les sifflements se sont transformés en applaudissements. Il n’avait peur de rien. Il disait « Ouvrez les portes au Christ » et il allait lui-même les ouvrir avec ses propres mains. »

Comme le Bienheureux Jean-Paul II, le cardinal Barbarin est un homme d’Église qui met sa foi en actes. La seconde lecture de ce dimanche nous rappelle : « Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, alors qu’il n’agit pas, à quoi cela sert-il ? (…) Ainsi donc, celui qui n’agit pas, sa foi est bel et bien morte,  et on peut lui dire : “Tu prétends avoir la foi, moi je la mets en pratique. Montre-moi donc ta foi qui n’agit pas ; moi, c’est par mes actes que je te montrerai ma foi.” »  (Lettre de saint Jacques 2,14-18.)

*Pierre J. est étudiant à Sciences Po.

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3 Commentaires

  • Anthony , 18 Sep 2012 à 15:36 @ 15 h 36 min

    Très bon texte.

  • arnault , 19 Sep 2012 à 5:18 @ 5 h 18 min

    Contactez moi, j’ai à vous transmettre un document sur le mariage homosexuel. Remerciements Jacques ARNAULT

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