Lu ailleurs / Jean-Pierre Jeunet : « Le cinéma français, c’est l’apothéose de la laideur »

Lu ailleurs / Jean-Pierre Jeunet : « Le cinéma français, c’est l’apothéose de la laideur »

   

Lefigaro.fr

Par Marguerite Kloeckner

Alors que 20 minutes s’entretenait avec le cinéaste sur sa récente nomination en tant que président de deux festivals – la 9ème édition du Moble Festival   et la 4e édition de My French Festival   – la conversation est venue sur les critiques dont ses films ont fait l’objet. Et là, Jean-Pierre Jeunet a tout donné, chiffre à l’appui: «Le cinéma français, c’est à 90% l’apothéose de la laideur».

Amélie Poulain aimait casser le dessus de la crème brûlée avec une petite spatule. Jean-Pierre Jeunet, lui, n’y va pas avec le dos de la cuillère. Quand on lui rappelle que certains critiques trouvent son cinéma «esthétisant» et présente un regrettable cousinage avec la publicité, le réalisateur se lâche, détaillant son souverain mépris pour la programmation française en un vocabulaire choisi.

Devant tant d’injustice, le cinéaste s’est autorisé à fustiger ce cinéma français qui ne lui ressemble pas, se révèle incapable même de comprendre la rêverie multicolore qui parfume ses long-métrages. L’énervement va crescendo. Le réalisateur qui a sorti dernièrement l’adaptation du roman L’Extravagant voyage de T.S. Spivet s’est autorisé une cinglante gradation: «Plus c’est moche, plus c’est mal monté, mal filmé, mal joué, mal sonorisé, mal écrit, plus c’est de l’art!» s’écrie l’artiste excédé devant le succès de la laideur ambiante.

«C’est encore la tradition de la Nouvelle vague qui nous pourrit la vie!»

Son goût pour un émerveillement presque enfantin qui a tant de succès auprès des Américains, a mauvaise presse en France. Affichant son désintérêt pour le cinéma réaliste au teint blafard et mélancolique, le réalisateur crève l’abcès: «C’est encore la tradition de la Nouvelle vague qui nous pourrit la vie!». Voilà, c’est bien cet héritage maudit mais plébiscité par tous, qui encroûte le cinéma français dans sa triste médiocrité. Qui lui donnera tort?

À l’heure où certains semblent veiller sur le cinéma, comme on veille au chevet d’un agonisant, Jean-Pierre Jeunet lui porte le coup de grâce. Il n’y a pas secret, c’est normal d’aller mal quand on est si mauvais… Après cette dernière banderille, il a fini en bon camarade puisqu’il a rendu hommage au film de Guillaume Callienne, Guillaume et les garçons, à table! Une manière de se montrer moins catégorique et de dire à l’instar de Jacqueline Maillant, dans Papy fait de la résistance, «Excusez-moi, mais quand on est énervé, ça soulage.»

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