Des FEMEN au Sacré-Cœur : le début de la fin d’un monde ?

Des FEMEN au Sacré-Cœur : le début de la fin d’un monde ?

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Par Françoise Compoint
Profané très probablement dans la nuit de mardi à mercredi, le Sacré-Cœur regarde tristement cette France plongée dans la fièvre des préparatifs aux municipales, les échos lointains d’une Crimée redevenue russe et le brouhaha inspiré de l’opération attrape-Sarkozy. Le Sacré-Cœur ne boude pas, ce n’est pas de son âge. Il se recueille, masquant sa douleur. Ceux qui l’ont barbouillé d’inscriptions a priori anarchiques ne sont pourtant que la lie qui reste au fond d’un calice débordant d’amertume.

La profanation de la basilique la plus connue de France, symbole de l’avènement d’un nouvel « Ordre moral » érigé suite aux évènements sanglants de la Commune, quoiqu’on en dise dans de doctes commentaires du HuffPost, est bien sûr un acte christianophobe. Une atteinte au patrimoine comme l’a laissé entendre une certaine partie de l’élite politique française correspondrait à une éventuelle vandalisation du Louvre ou du musée Rodin. Celle du Sacré-Cœur n’est sur le plan intentionnel ni une atteinte au patrimoine national – même si c’est formellement le cas – ni une attaque aux accents anarchiques malgré le teneur des exclamations tapissant le parvis et l’entrée. Il s’agit d’une vaste mascarade qui pourrait déjà faire office de circonstance atténuante si les coupables sont arrêtés : ils n’ont rien contre le christianisme en particulier et la religion en général, rien contre la France et son héritage, que nenni ! Ils sont juste nostalgiques des barricades de 1871 et dédaigneux des Cassagnac ainsi que de leur progéniture traditionnaliste, réac, obscurantiste, etc. Voici des arguments à faire pleurer Ian Brossat, leader des communistes au Conseil de Paris, qui prône le remplacement de la basilique par ce qu’il appelle « un espace de solidarité », pourquoi pas un parc d’attraction, parce que les espaces ludiques rapprochent beaucoup les gens.

Ce qui apparaît particulièrement intéressant dans cette triste histoire, ce sont moins les faits en soi que la rhétorique adoptée par les partis à la veille des municipales. En l’occurence, je ne suis pas vraiment d’accord avec le lien qui est établi entre les élections et les réactions des candidats recueillis par-ci par-là à travers les comptes tweeter. La position de l’UMP ne diffère guère de celle qui lui est propre en des cas pareils : ferme dénonciation, indignation, choc sont les trois termes qui reviennent le plus souvent, le dernier étant plus particulièrement celui de Nathalie Kosciusko-Morizet. Le FN a fait montre d’une virulence encore plus prononcée Wallerand de Saint-Just ayant même appelé à un rassemblement « contre cette dégradation et contre la complicité du pouvoir socialiste ».

Et c’est peut-être là que le hic du problème se dessine. Il est louable que Mme Hidalgo ait condamné la profanation de la basilique. Il est louable que Delanoë ait fait de même. Ceci dit, n’y-a-t-il pas une hypocrisie sous-jacente dans leur critique attardée sachant que le maire de Paris avait déjà proposé en 2010 de supprimer deux fêtes chrétiennes ? D’ailleurs, Pierre Bergé, grand ami de Delanoë, est allé encore plus loin en se demandant publiquement l’année dernière s’il n’était pas plus judicieux de retirer du calendrier toutes les fêtes chrétiennes. Naturellement, il ne fut pas question pour lui ne serait-ce que d’effleurer la possibilité de suppression des fêtes musulmanes ou juives l’islam et le judaïsme ayant cette capacité de défense que le catholicisme semble avoir perdu.

Symptomatiquement, regrettant en des termes assez réservés la profanation de la basilique, Manuel Valls évoque une insulte portée aux croyants et une atteinte au patrimoine historique. Fort bien ! Voici une remarque pertinente mais qui de par sa modération n’a qu’un piètre retentissement comparé à ce que le même ministre avait dit suite à la profanation d’une mosquée : « Il s’agit d’une atteinte à la République, d’un acte nauséabond et haineux qui divise les communautés en France ». Convenons-en, le ministre de l’Intérieur s’emporte bien plus – et il a raison de s’emporter – quand il est question d’un acte islamophobe que lorsque c’est le christianisme qui est attaqué.

En outre, l’admiration vouée aux groupuscules marginaux et hystériques du genre Pussy Riot ou FEMEN par les socialistes s’accorde assez mal avec leur indignation actuelle. Certes, la profanation de la basilique est choquante. Mais n’est-il pas choquant de voir une FEMEN décorer les timbres français après leurs multiples « performances » en Ukraine où ces psychopathes ont scié des croix à la tronçonneuse ou à l’église de la Madeleine où une FEMEN avait mimé la veille de Noël la naissance du Christ en « accouchant » d’un foie d’agneau ? Les tags défigurant le Sacré-Cœur ne sont qu’une continuation logique des exactions précédentes, un dérapage presque coquet.

Enfin, si je qualifie la réaction des socialistes d’hypocrite ce n’est pas par désamour invétéré de ce parti. Sauf qu’ici, l’UMP devrait aussi être mis en cause pour sa tiédeur. Les chiffres sont là : le bilan de l’année 2012 fait état de 52 églises profanées. Si on y ajoute le nombre de cimetières chrétiens profanés, on arrive à 72 lieux de culte et cimetières chrétiens profanés, ce qui donne une moyenne peu réjouissante d’une profanation tous les cinq jours. Je ne crois pas qu’une église brûlée à Marseille (octobre 2012) soit moins digne d’attention que le Sacré-Cœur. Ou alors, il faudrait supposer que les élites bien-pensantes s’indignent surtout de la profanation d’un haut-lieu touristique et donc du caractère ostentatoire de l’exaction.

De tous les pays de l’UE, la France bat l’insupportable record de la christianophobie, un phénomène actuellement conceptualisé par le pouvoir en place et appliqué aussi bien dans les banlieues qu’en plein centre des grandes villes.

Après tout, à quoi bon crier au diable quand certains maires n’hésitent pas à signer la destruction d’églises multi-centenaires au seul motif que leur entretien coûte trop cher. L’église de Gesté en est un exemple saillant qui dénote la fin d’une France.

Quand les révolutionnaires rasaient les églises, ils opposaient au christianisme un nouveau système de valeurs inspiré des Lumières. On peut considérer ce système détestable mais il était quand même doté d’idées. Quelles idées viables opposerons-nous maintenant au vide spirituel qui a commencé à se creuser après 1968 ?

 

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