Aucun Européen au sommet de Vienne sur la Syrie!

Aucun Européen au sommet de Vienne sur la Syrie!

Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, et le chef de la diplomatie russe, Sergeï Lavrov, organisent vendredi 23 octobre à Vienne une réunion cruciale sur la Syrie. Seront présents leurs homologues saoudien et turc. Mais aucun Européen. Et notamment pas le Français Laurent Fabius. Pourquoi cette absence ?

En 2012, Fabius signe l’accord de Genève

Il y a trois ans, la France, protectrice du Liban voisin et autrefois puissance mandataire de la Syrie, était au centre du jeu. Le 30 juin 2012, un groupe d’action sur la Syrie s’était réuni à Genève. Il regroupait la Turquie, le Koweït, le Qatar et les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité, dont la France. Laurent Fabius, qui faisait là son entrée dans l’arène diplomatique mondiale, a pris toute sa part dans la réunion. Le groupe a adopté à l’unanimité un texte fondamental, l’accord dit “de Genève”, qui prévoyait un processus de transition politique à Damas. Mais ce document est resté lettre morte après que Moscou et Téhéran ont décidé à l’automne de maintenir coûte que coûte Bachar al-Assad au pouvoir en lui fournissant une grande quantité d’armes et de conseillers militaires.

En 2013, Paris est éclipsé par Moscou

La France a quitté les premiers rôles l’année suivante, le 30 août 2013 quand, au dernier moment, Barack Obama a refusé d’entreprendre avec François Hollande une action punitive contre le régime de Damas après le massacre chimique de Ghouta. Paris a été éclipsé par Moscou, qui a réussi à faire accepter par la Maison Blanche un plan de destruction des armes chimiques et à l’imposer à Bachar al-Assad.

Début septembre, l’Elysée tente de revenir

La diplomatie russe a pris le leadership cet été. L’émissaire de Poutine, Bogdanov, a multiplié les déplacements à Téhéran, Ryiad et Washington. Le Kremlin a même pensé pouvoir faire accepter un plan russo-iranien de sortie de crise en quatre points. Il n’a pas pris la peine de demander l’avis de la France.

Début septembre, Paris a tenté de revenir dans le terrain de jeu des Grands. Après l’attentat du Thalys, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a convaincu François Hollande d’entreprendre des frappes ciblées en Syrie contre des centres d’entraînement de terroristes se préparant à attaquer la France et l’Europe. Laurent Fabius était hostile à ces opérations mais la diplomatie française espérait au moins profiter de cette entrée en guerre – sans faire partie de la coalition américaine – pour “acheter” sa place à la table des discussions. Le but était probablement d’arracher une participation de Paris à un forum de négociation sur la Syrie du type P5+1 sur le nucléaire iranien. A l’évidence, c’est raté.

Pourquoi l’échec ?

Il y a plusieurs explications possibles et non exclusives à l’absence de Laurent Fabius à Vienne. Est-ce parce qu’il a été particulièrement virulent contre l’intervention russe ? Parce qu’il s’oppose plus fermement que les Américains à toute participation de Bachar al-Assad à un gouvernement de transition ? Parce qu’il a attaqué le dictateur syrien en justice pour “crimes contre l’humanité” tentant ainsi d’empêcher toute discussion avec lui ? Parce que l’armée française ne pèse pas grand-chose sur le terrain ?

Laurent Fabius essaye de masquer cet affront. Vendredi, au moment de la rencontre de Vienne, il recevra l’envoyé spécial de Ban Ki-moon sur la Syrie, Staffan de Mistura. Au cours de la conférence de presse, il insistera, bien sûr, sur le rôle majeur de la France dans cette affaire. Mais qui le croira ?

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