Quid du Centre aux élections législatives?

Tribune libre d’Alexandre Vatimbella et de Jean-Louis Pommery*

On ne sait pas encore combien de centristes seront (ré)élus députés en juin prochain. Certains prédisent une bérézina pour les sortants et les challengers centristes, d’autres espèrent le maintien d’une majorité des sortants quand d’autres encore rêvent de quelques surprises venues des challengers.

Au-delà de ce nombre, quelle sera l’utilité de ces députés du Centre dans la prochaine Assemblée nationale? On ne parle évidemment pas de celui qui consiste à représenter la population de leur circonscription et qui tombe sous le sens. C’est de leurs rôles en matière de politique nationale.

Seront-ils les auxiliaires de la Droite? Auront-ils un tropisme de gauche? En profiteront-ils pour mettre en place un vrai Centre indépendant en se détachant de la Droite sans rejoindre la Gauche? Si l’on s’en tient aux déclarations, les centristes du Nouveau centre, du Parti radical et de l’UMP ont affirmé qu’ils demeureraient dans une alliance avec la Droite.

De son côté, François Bayrou espère que le Mouvement démocrate pourra être une force indépendante et constructive de l’opposition alors que certains de ses proches auraient bien envie de s’allier avec le Parti socialiste et récupérer quelques strapontins ministériels. En réalité, ce que feront les députés centristes dépendra du résultat des élections, ce qui en soi est déjà une indication de l’état de délabrement actuel des partis centristes…

Si la Droite remporte les législatives, les centristes alliés avec l’UMP demeureront sans aucun doute et sans aucune velléité d’indépendance avec ce dernier pour former la majorité parlementaire et pour diriger le pays sans aucune originalité de leur part, les cinq dernières années étant la démonstration de ce qui se passera dans les cinq à venir.

Si la Gauche remporte les législatives, les centristes auront le choix entre une opposition dure au gouvernement et à François Hollande dans un suivisme aveugle de l’UMP, soit dans une opposition constructive avec la possibilité, sur certaines questions, de voter avec la Gauche et, sur d’autres de voter avec la Droite en rapport avec les valeurs centristes et les grands axes du projet politique centriste largement partagés du Nouveau centre au Mouvement démocrate. Cela pourrait augurer, petit à petit, d’un détachement de l’UMP pour les centristes alliés avec elle, d’un rapprochement entre ceux-ci et le MoDem ainsi que de la revendication d’une indépendance politique de toute la sphère se revendiquant du Centre. Ce serait bien sûr la solution politique idéale pour revitaliser, refonder et réunir le Centre. Ce serait, d’un autre côté, un pari risqué.

N’étant ni avec la Droite, ni avec la Gauche, le Centre pourrait le payer cher lors des rendez-vous électoraux. Pourtant, ce positionnement ne serait pas aussi périlleux qu’il en a l’air de prime abord.

D’une part, les centristes montreraient à la population leur indépendance, leur responsabilité, leur esprit de consensus et leur capacité à jouer un rôle constructif dans le gouvernement du pays à un moment crucial pour le présent et l’avenir de la France, ce qui leur permettrait d’engranger de la confiance et du crédit qui se paieraient positivement lors des prochaines élections.

D’autre part, comme l’a promis François Hollande, une dose de proportionnelle devrait être instillée pour les législatives, ce qui permettrait de garder cette ligne d’indépendance sans trop craindre les mesures de représailles de la Droite et de la Gauche. Dès lors, les centristes ne seraient plus obligés d’être de simples supplétifs de la Droite ou de la Gauche.

Le dernier cas de figure, c’est celui où ni la Droite, ni la Gauche n’ont de majorité absolue et que le Centre soit le lieu où se forme les majorités. Les centristes seraient évidemment l’objet de toutes les attentions mais aussi de toutes les attaques, quel que soit leur positionnement. Néanmoins, ils pourraient, s’ils montrent du courage politique, faire avancer leurs idées en permettant au président élu d’avoir un gouvernement de son camp tout en défendant les positions centristes sur les grands dossiers comme, par exemple, la relance économique, la maîtrise des finances et de la dette publiques, une éducation nationale plus performante, un modèle social français modernisé, une union européenne revigorée et renforcée, votant ainsi de manière indépendante et permettant que des mesures venues de la Droite, de la Gauche et, bien évidemment, du Centre soient votées quand elles sont bonnes, selon eux, pour la France.

Ce cas de figure recèle également son côté sombre de basse politique qui serait de se rallier à l’un ou l’autre camp afin de récupérer le plus possible d’avantages politiciens tout en n’assumant pas une responsabilité historique qui leur tendrait les bras. On le voit, les élections législatives peuvent donner beaucoup de pouvoir au Centre (même si ce n’est pas le scénario privilégié par les analystes politiques). Mais, ce pouvoir, s’il existe à l’issu du vote des Français, devra être bien utilisé. Au vu de ce que les partis centristes nous ont proposé dernièrement, on ne peut manquer d’être assez inquiet. Mais il vaut mieux s’inquiéter de ce cas de figure plutôt que d’attendre que les quelques centristes qui réussiront à (re)venir au Palais Bourbon ne comptent, une nouvelle fois, que pour pain et beurre pendant cinq ans. Jusqu’à ce que les Français s’en aperçoivent.

*Alexandre Vatimbella est journaliste et directeur du CREC (Centre d’étude & de recherche du Centrisme).

Jean-Louis Pommery est responsable des études du CREC

> Cet article est produit en partenariat avec le Centre d’étude & de recherche du Centrisme

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