La divine comédie (Vidéo)

Comment un critique parviendrait-il à écrire la moindre phrase sensée sur Dante ? Son œuvre est une montagne intimidante, qui n’appelle qu’une réaction : la plus parfaite humilité. Il faut pourtant bien écrire l’urgence qu’il y a à lire les poèmes du Florentin. Pour se faire, Dante peut compter sur de solides intercesseurs : Didier Ottaviani, André Pézard, Christophe Pinchard ou encore Carlo Ossola. Ce dernier est l’un des meilleurs spécialistes de Dante, il a renoué avec la grande tradition de la Lectura Dantis en déclamant et commentant La Divine Comédie pendant trois années, dans la prestigieuse enceinte du Collège de France. Pour lui, les choses sont claires, Dante ne s’adresse nullement à une petite élite mais à tous : « Le sens profond de La Divine Comédie est ici : Dante est chacun d’entre nous. Il est pleinement universel. » Nous voulons bien croire Ossola, mais il n’en demeure pas moins que l’œuvre du poète est d’un accès difficile, et pour les Italiens eux-mêmes qui se sont éloignés de la forme ancienne de leur langue qui était encore celle de Dante Alighieri. Christophe Pinchard n’hésite pas à affirmer que la France est à la pointe de la compréhension de Dante, ayant arraché le poète florentin aux érudits italiens.

Voir plutôt que comprendre

Il serait donc vain – et pédant – de vouloir tout saisir, tout comprendre de La Divine Comédie. Mieux vaut, comme chez Homère, se laisser saisir par les images. Car ce texte est une monstration plutôt qu’une démonstration. Il s’inscrit dans la tradition homérique et virgilienne, textes pleins de secrets et de mystères, offrant d’innombrables niveaux de lecture. Quelle que soit l’édition retenue, il faut se garder de noyer la lecture du texte original sous l’abondance des notes de bas de page qui, bien qu’utiles, peuvent en surnombre briser la magie poétique de l’œuvre. Personne ne comprend Dante, il faut bien s’y résoudre. On se heurte à son œuvre comme à un sommet trop abrupt. Et ce n’est pas dans l’époque, qui nous veut plus que jamais cloportes, que nous trouverons les clefs suffisantes pour mieux la comprendre. Mais de cette délicate aventure, de nombreux bénéfices sont à tirer, pour l’esprit… et pour l’âme, n’en déplaise à une certaine dantologie ésotérisante, qui domine, hélas ! les médias officiels lorsqu’il est question du poète florentin.

Dante : uno di noi !

A l’occasion du sixième centenaire de la mort de Dante, le pape Benoît XV publia une encyclique de mise au point, devant les tentatives de récupération de l’œuvre dantesque par des ennemis plus ou moins avoués de l’Eglise. Le pontife y réaffirmait que l’œuvre du poète en général, et La Divine Comédie en particulier, étaient « en parfaite conformité avec les dogmes de la foi catholique ». Le pape se laisse peut-être emporter par son élan enthousiaste lorsqu’il n’hésite pas à déclarer Alighieri « le plus éloquent des panégyristes et des hérauts de la doctrine chrétienne », mais il n’en demeure pas moins que Dante a pleinement mérité son brevet de catholicité. Le bienheureux pape Paul VI consacra au poète, en 1965, une lettre apostolique intitulée Altissimi cantus. Là encore pour marteler « Dante est nôtre ! Nôtre, c’est-à-dire de la foi catholique. » Nous ne pouvons que saluer la réédition récente des éditions Desclée de Brouwer, à la fois luxueuse et confortable, qui nous offre l’occasion de lire, ou relire, La Divine Comédie, dans la traduction du dominicain Joachim-Joseph Bertier. Salutaire.

 

La Divine Comédie, Dante Alighieri, éditions Desclée de Brouwer, 1 024 pages, 34 euros.
 

Pierre Saint-Servant – Présent

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