En feuilletant le chasseur français…

En feuilletant le chasseur français…

 

Mon père était abonné au Chasseur français. Le journal trônait sur la table de la salle de séjour, souvent en compagnie du catalogue Manufrance.
L’enfant que j’étais feuilletait, lisait, admirait toutes les merveilles dans les publicités du Chasseur et dans le célèbre catalogue. J’y apprenais tout sur tout, en un temps où la télévision n’existait pas et où, d’ailleurs, on s’en passait bien ; en tout cas moi.
Depuis, je suis abonné au Chasseur français, bien que ni chasseur ni pêcheur.
Et j’apprends que la rédaction de ce mensuel nous a gratifiés, ce mois-ci, d’une interview de… François Hollande, Audacieux Premier en personne.
Du jamais vu dans l’histoire, apolitique à ce jour, du Chasseur français.
Il est clair qu’après une telle propagande pré-électorale, si la parole n’est pas donnée à la représentante du premier parti de France, puis aux autres représentants importants, je me désabonnerai. De plus, j’attends avec impatience l’interview de Nicolas Sarkozy. Les loups seront kärchérisés illico et le permis de chasse gratuit, avec en prime la meilleure recette d’omelette aux girolles de Carla !

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J’aimais pourtant Le Chasseur français et, en flânant dans les brocantes, il m’arrive souvent d’acheter des exemplaires des années cinquante/soixante.
Ouvrons donc le numéro d’avril 1953.
Au verso, présentation des deux motos 125 cm3 de marque Hirondelle commercialisées par Manufrance, « deux modèles qui ont fait leurs preuves », dit la réclame. Des motos fabriquées en France, ça vous dit quelque chose ? Moi, je vois des usines dans des villes de province, des travailleurs qui font bâtir leur maison, des sous-traitants dans la région.
Consultons les pages vertes des petites annonces et des publicités.
On y trouve tout, et tout est fabriqué en France : chambres à coucher à Roubaix, montres de Besançon, textiles de Troyes, chaussures, vêtements de travail, matériel de camping, sanitaires, appareils photo (français, pas japonais), pâtes Rivoire & Carret, moteurs hors-bord Goïot (à Nantes), tissus Boussac, et les incontournables machines à coudre Omnia… Tout.
Où sont passés toutes ces usines, toutes ces entreprises, tous ces emplois ? Leçon d’histoire fulgurante et édifiante.
Je regarde le numéro d’avril 1959.
Les produits ne sont plus les mêmes, mais la réalité économique n’a pas changé.
Machines à tricoter Phildar, cuisinières Deville, cafetières Marcalu, réfrigérateurs Sibir, fabriqués à Saint-Louis (Haut-Rhin), téléviseurs Océanic, bicyclettes Hirondelle (encore) et les toutes nouvelles cuisines en formica… Tout était français.
Où donc tout cela est-il parti ? Pourquoi ?
Nous le savons bien, l’ouverture des frontières à tous vents a bien plus rapporté aux autres qu’aux nôtres. Leur niveau de vie a monté et nous, nous courons après les emplois perdus.
Et par-dessus le marché, Hollande a l’impudente prétention de se représenter !
Le Chasseur français, c’est une dure leçon d’Histoire.

Jean-Charles Mignard – Boulevard Voltaire

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