Régis Portalez, polytechnicien et Gilet-jaune ( Vidéo)

Régis Portalez, polytechnicien et Gilet-jaune ( Vidéo)

Régis Portalez avait revêtu son uniforme et son  bicorne, le 1er décembre à Paris, lors d’une manifestation, pour réclamer plus de “justice sociale et fiscale”. (NDLR)

 

Je suis polytechnicien et je suis allé en grand uniforme à l’acte 3 des gilets jaunes.

Pour cette raison, l’école a porté plainte contre moi pour port illégal d’uniforme au cours d’une manifestation politique ou syndicale. La peine encourue est d’un an de prison et 15000 euros d’amende.

Il y a beaucoup à dire sur la probable nullité de la plainte :
Pour commencer que le grand uniforme de polytechnique (GU) n’est pas un uniforme militaire.
Il ne porte pas de galons. Il est donné aux élèves étrangers, et sa coiffe (le bicorne) est une coiffe civile, initialement attribuée à différents corps de l’état.

Et enfin sur le caractère politique ou syndical de la manifestation du premier décembre. Je n’y ai pas beaucoup vu de banderoles de partis, et encore moins de drapeaux syndicaux. Les seuls slogans étaient La Marseillaise, « Macron démission » et la « police avec nous ». Le seul drapeau était tricolore. J’y étais, et j’y ai vu le plus beau spectacle politique de ma vie: un peuple uni pour réclamer sa liberté, loin des intrigues politicardes.

Mon objectif était clair : montrer que parmi les “élites” de ce pays, dont les polytechniciens sont une figure visible et encore respectée, il y en a qui sont prêts à s’engager dans un tel mouvement populaire pour la justice sociale et fiscale, en bref pour la fraternité. A rendre un peu de tout ce qui leur a été donné.

Par ailleurs, mon acte me paraît être dans la continuité de l’histoire révolutionnaire de l’école qui lui a valu une certaine estime populaire. On peut citer les élèves qui sortent de l’école pour rejoindre les barricades en 1830 et aideront à faire tomber Charles X. Ou même ses fondateurs, Carnot, Prieur-Duvernois, Monge et Lamblardie, dont deux étaient membres du comité de salut public et un autre un ami de Robespierre. Je pensais donc que cette affaire, en arrivant aux oreilles de la direction, aurait plus fait sourire que grincer des dents.

Je faisais également faire un acte profondément républicain et social. Face à la fronde médiatique et politique contre les gilets jaunes, assimilés tantôt à des antisemites, tantôt à des homophobes, la moindre des choses était de manifester du soutien. Si possible un soutien engagé.

Par ailleurs, je n’ai jamais pensé que mon acte était illégal, et encore moins que l’école porterait plainte. Je l’ai toujours vue régler ses problèmes en interne (parfois trop), à la manière d’une institution militaire, et avec l’élégance d’une institution chargée d’histoire.

Il faut croire que les choses ont changées.

Je ne crois pas un seul instant que l’école ait agi de son propre chef. Le directeur dont le poste est récent, vient d’être nommé. Il est déjà contesté de l’intérieur et ce genre de polémique est la dernière chose dont il doit avoir envie. Je pense plutôt qu’on lui a demandé de le faire.

Nicole Belloubet n’a-t-elle pas demandé des réquisitions fermes ? Combien de gilets jaunes ont fait de la garde à vue pour rien ? Combien aux casiers judiciaires vierges sont allés en prison ? Combien de blessés ? Ce mouvement populaire a déstabilisé le pouvoir, qui a eu peur. Alors tous les moyens sont bons pour enrayer le mouvement. La violence, la diversion, l’amalgame et l’intimidation.

Mon cas rentre dans la dernière catégorie. De tous les militants poursuivis, je suis probablement celui qui en a fait le moins, et celui dont les actes ont été les moins visibles. Mais la poursuite en justice, même si elle n’aboutira certainement jamais, est une menace. Une menace qui pèse sur moi et ma famille et aussi sur ceux qui voudraient suivre mon exemple.

A mon appel de république : “engagez-vous pour la justice”, le pouvoir répond : “voyez ce qu’il en coûte”.

Je vous conjure ne pas avoir peur et renouvelle mon appel: vous qui, comme moi, avez bénéficié des largesses de la république, c’est à dire du peuple, engagez vous pour la justice!

 

Page FB de Régis Portalez

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