Vidéo / Locke

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Route de nuit ! Le film dure 1 h 30, soit le temps qu’il faut pour relier Birmingham à Londres. Du moins s’il n’y a pas de bouchons. C’est cette route qu’Ivan Locke (Tom Hardy), contremaître de chantier marié et père de deux garçons qui l’attendent – saucisses, chips et bières à l’appui – pour regarder un match de football événement à la télé. Seulement voilà : cette nuit, Ivan ne rentre pas à la maison. Il trace la route. Direction Londres. Londres où Bethan (voix d’Olivia Colman), femme fragile avec laquelle il a eu ce qu’on appelle une aventure d’une nuit, sans lendemain, est en train d’accoucher d’un enfant dont il est le père. Une aventure d’un soir, un moment d’égarement, un seul et unique coup de canif dans son contrat de mariage qui va faire basculer sa vie.

Même s’il n’éprouve que peu de sentiment envers Bethan, il veut racheter son « erreur » en étant près d’elle et, surtout, ne pas se comporter comme autrefois son père, absent jusqu’à ce qu’il atteigne l’âge de 7 ans.

Alors, Ivan trace la route. Tirant une tronche de clébard qu’on abandonne au bord de la route au mois d’août, il tente de résoudre par téléphone kit mains libres interposé tous les problèmes qui lui tombent sur le paletot. Des problèmes qui, au fil des kilomètres, s’accumulent au-dessus de sa tête comme les nuages noirs annonciateurs d’une nuit d’orage.

?Non seulement il tente d’expliquer le pourquoi du comment à son épouse Katrina (voix de Ruth Wilson) tout en ménageant ses fils Sean et Cassidy (voix de Bill Milner et Danny Webb), mais en plus il fait tout pour réconforter Bethan et régler un problème de coulage de béton délicat qui doit avoir lieu le lendemain, à l’aube, avec son assistant, son patron, la police de la route et un adjoint au maire en charge de la circulation des convois exceptionnels. Des problèmes quasi insurmontables qu’Ivan, sur la corde raide, essaye de résoudre depuis sa voiture, par téléphone. Une chose est sûre : pour lui la nuit sera longue et la route un vrai cauchemar…

La nuit du destin ! Pendant 1 h 30, le ruban de la route défile, le téléphone sonne, pleure, se coupe. Pendant 1 h 30, le spectateur, assis sur le siège passager, assiste impuissant aux conversations sans fin et à la chute libre de toute une vie. Une route fastidieuse, sans même un petit coup d’accélérateur pour donner un coup de bourre. Résultat, sur le siège passager, la somnolence gagne. Sournoisement. En loucedé. Et on attend la fin du voyage dans un état semi-comateux.

Signé Steven Knight, ce « road movie » est présenté comme un « thriller ». Mmmoui. Disons plutôt, pour être honnête, qu’il s’agit d’un « suspense » dramatico-sociétalo-psychologique dont le seul intérêt réside en la performance d’acteur de Tom Hardy, seul et unique personnage visible à l’écran, les autres acteurs ayant seulement prêté leur voix pour les conversations. Et comme tout ça a autant de tonus qu’un édredon autant vous dire que les tracasseries existentielles du « héros », on s’en tamponne les amygdales voire le coquillard. C’est dire si la route devient longue et si cette route de nuit devient celle de l’ennui. Non mais, allo ! quoi !

PIERRE MALPOUGE

Lu dans Présent

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