La Présidence « normale » est morte, vive la Présidence ! (1/3)

Tribune libre de Hubert Montmirail

Il y a des affirmations cinglantes qui sonnent comme des aveux lapidaires. La récente intervention de François Hollande, sur TF1 (journal de 20 h du 9 septembre 2012), est lourde de conséquences sur le style que le président de la République entend suivre à l’avenir. Retenons-les : « je suis en première ligne », « j’assumerai toute la responsabilité », « je ne me défausserai par sur le Premier ministre ». Alors qu’il semblait initialement prêt à un partage des tâches avec son Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, François Hollande semble se rapprocher d’un style davantage sarkozyen qu’arbitral : celui du Président qui intervient, qui rend régulièrement compte de son action devant les français et, qui plus est, l’assume ouvertement. Les propos du Président Hollande n’ont pas seulement présenté aux français les mesures budgétaires : elles ont surtout rappelé que le président de la République devait être en permanence au centre du jeu institutionnel et politique, qu’il était l’homme mis en place par la Nation et qu’il devait, en conséquence, répondre devant elle de la situation actuelle. Directement et sans intermédiaire. Le président de la République est donc sommé de se manifester et d’agir. Une chose est la personnalité de Nicolas Sarkozy, mais autre est la donnée du quinquennat qui s’impose à tout le monde, y compris au président de la République le plus réservé. Les journalistes semblent l’avoir compris et reconnaissent que le président de la République a bel et bien cessé d’être un arbitre. Il ne sera plus possible d’imputer les maux de la Présidence active et engagée au seul Nicolas Sarkozy.

Retour sur la Présidence « normale ». La Présidence « normale » a été en quelque sorte le slogan officieux de François Hollande ; officiellement, il fallait redonner une priorité à la justice, mais, officieusement, il convenait de mettre fin au suractivisme brouillon et omnipotent incarné par Nicolas Sarkozy, qui eut par ailleurs le tort d’exposer trop facilement ses traits personnels. François Hollande comprit que ce rejet ne pouvait que bénéficier à une personnalité politique crédible. C’est ainsi qu’il devint rapidement l’alternative posée et sereine à Nicolas Sarkozy. Apparemment, il s’agissait de tourner une page, ce qui fut fait

Le vote de 2012 ne doit pas effacer les espérances du vote de 2007. Si les français ont voté contre (Nicolas Sarkozy), ils ont néanmoins voté pour un homme (François Hollande), car l’espérance politique se concentre principalement, si ce n’est exclusivement, pendant l’échéance présidentielle. Les français ont certes émis un vote-sanction en 2012, mais il faut se garder de tout raccourci. Ils ont aussi gardé le fond d’espérance de 2007 qui impliquait clairement un Président engagé, donc une rupture affirmée avec l’immobilisme chiraquien. Les Français ne semblent d’ailleurs pas avoir fait le deuil de cette exigence que Nicolas Sarkozy pensa incarner à merveille. Une certaine presse semble d’ailleurs le comprendre (cf. Libération du 3 septembre 2012 qui titre : « La fin du président normal »). Les Français ont rejeté Nicolas Sarkozy – certes, à une faible majorité -, mais ils ne veulent nullement d’un Président-potiche. Exit le style chiraquien, voire mitterrandien.

Le « changement, c’est maintenant » date de… 2007 ! La véritable origine du vote en faveur de François Hollande n’est pas la volonté de tourner la page qui se manifeste clairement en 2011-2012. Elle est plus lointaine que cela. En réalité, il faut remonter à l’année 2007 pour comprendre les aspirations réelles des électeurs. La véritable matrice des inflexions « hollandaises » de septembre 2012 se situe en avril-mai 2007, quand les français voulaient une rupture et, déjà, le changement. Sous un autre angle, en retournant le lien de causalité, on peut aussi affirmer que le véritable père du « changement, c’est maintenant » n’est pas François Hollande, mais Nicolas Sarkozy.

La Présidence engagée, héritage incontournable de 2007 ? L’institution du quinquennat devait logiquement conduire à une plus grande implication du président de la République. Jacques Chirac vécut pourtant son quinquennat (2002-2007) comme un septennat, ce qui constitua de sa part une grave erreur. Sur ce point, Nicolas Sarkozy le comprit parfaitement. Si l’on analyse substantiellement la campagne du candidat de l’UMP en 2006-2007, on remarque que Nicolas Sarkozy a surtout fait campagne dans la perspective d’une présidence de la République engagée. Les droits de l’opposition, qu’il défendit en même temps, étaient aussi un écho à cette prééminence présidentielle assumée. Ils devaient être la contrepartie logique de l’engagement direct du président de la République. On comprendra l’insistance de Nicolas Sarkozy sur certaines mesures d’ouverture : l’ouverture a comme contrepartie l’omnipotence. La réforme constitutionnelle de juillet 2008 ne peut pas se comprendre autrement. Cette obligation de répondre directement des affaires publiques est une exigence que les français ont approuvée en 2007. Il n’y eut jamais de désaveu sur ce point, la contestation se greffant sur la personnalité du président, non sur le fait qu’il se comporte en véritable chef de l’exécutif.

À suivre…

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2Commentaires

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  • Goupille , 28 septembre 2012 @ 20 h 57 min

    « C’est ainsi qu’il devint rapidement l’alternative posée et sereine à Nicolas Sarkozy. »

    Pour qui ? Sans doute pas pour ses potes socialistes qui déclaraient qu’il était un mou qui n’avait jamais su prendre une décision. Ce qui, attribué à un Président d’une République en plein typhon, n’est pas très rassurant.

  • Hubert MONTMIRAIL , 28 septembre 2012 @ 22 h 11 min

    En politique, les politiques sont rarement tendres… Si l’on se fondait sur ce que disent vos collègues ou supposés tels, y compris dans votre camp, on vous trouvera tous les défauts au monde et l’on vous jugera généralement peu idoine à exercer la fonction que vous convoitez… En 2002, puis en 2004, voire en 2006, Chirac, Villepin ou Jean-Louis Debré estimaient Sarkozy inapte à la fonction présidentielle : « il explosera en plein vol », « il ne sera jamais Président », etc. Cela ne l’a pas empêché d’être élu. En 1994-95, quelques mois avant les présidentielles, certaines ne tarissaient pas de jugements défavorables à Chirac. On pourrait multiplier les exemples. Cette cristallisation interne n’a pas fait obstacle à l’ascension d’une personnalité, fût-elle controversée. Mais une chose est la compétition interne, une autre est la désignation comme candidat officiel. Désormais, tout le monde se réconcilie (peut-être hypocritement, mais tout de même…). François Hollande a ainsi reçu des soutiens, y compris de ses anciens compétiteurs. Bref, le jeu classique. En interne, Hollande a été un premier secrétaire du PS controversé, mais une fois le candidat officiel de la gauche socialiste, personne ne lui en a tenu rigueur: la cristallisation ne repose plus sur les figures internes, mais sur l’adversaire. Dans ce cas, les plus grandes inimitiés peuvent être oubliées. A droite, comme à gauche.

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