Armarcord

Corpole, dans l’Italie fasciste des années 30. Les «manines», une ouate légère qui se détache des peupliers, annoncent l’arrivée du printemps. Le 19 mars, les habitants célèbrent l’événement en brûlant tout ce qui leur tombe sous la main. La Volpina, une étrange mythomane, subit la rudesse des noceurs. La belle Gradisca s’exhibe en compagnie de ses soeurs. Titta, un collégien adepte de l’école buissonnière, doit rendre des comptes à son père. Elève déluré, il subit comme ses camarades les cours soporifiques ou ridicules d’un corps enseignant respectueux de la tradition. Farces et chahuts compensent l’ennui des heures de classe interminables…

Jamais Fellini n’a été plus proche de l’autobiographie qu’avec ce film au titre évocateur : « Je me souviens », en dialecte romagnol. Souvenirs plus ou moins avérés, donc, du jeune Federico, quand il découvrait la vie à Rimini dans les années 1930.
La mémoire transforme ces instantanés de vie ordinaire en images irrésistibles. Au fil d’une chronique décousue main surgissent les seins de la Gradisca, l’hyperbolique vamp locale, le directeur du cinéma qui s’est fait la tête d’un célèbre jeune premier hollywoodien, le Rex glissant dans la nuit et la parade grotesque des pompeux guignols en uniforme de la fête fasciste. Rassemblés, tous ces signes, trop beaux pour ne pas être véridiques, cernent les émois d’une adolescence hantée par la chair et le péché qui va avec, confrontée à la molle veulerie ambiante vis-à-vis du régime mussolinien, et traversée aussi d’une gravité furtive quand, une nuit, un violon solitaire joue L’Internationale…
La plus mince anecdote est, ici, sublimée par l’oeil de l’artiste Fellini (et de ses complices, le chef op Giuseppe Rotunno et le compositeur Nino Rota) et représente un incomparable hommage au cinéma. Celui qui faisait fantasmer l’adolescent de Rimini et celui qui permet au Maestro de continuer à transfigurer la réalité en rêve éveillé. — Jean-Claude Loiseau

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