Emily Dickinson (Bande-annonce)

Emily Dickinson (Bande-annonce)

Nouvelle-Angleterre, XIXème siècle. Dans son pensionnat de jeunes filles de bonne famille, la jeune Emily Dickinson ne cesse de se rebeller contre les discours évangéliques qui y sont professés. Son père se voit contraint de la ramener au domicile familial, pour le plus grand bonheur de sa soeur Vinnie et de son frère Austin. Passionnée de poésie, Emily écrit nuit et jour dans l’espoir d’être publiée. Les années passent, Emily poursuit sa recherche de la quintessence poétique. La rencontre avec une jeune mondaine indépendante et réfractaire aux conventions sociales ravive sa rébellion. Dès lors, elle n’hésite plus à s’opposer à quiconque voudrait lui dicter sa conduite. Personnage mystérieux devenu mythique, Emily Dickinson est considérée comme l’un des plus grands poètes américains.

 C’est aux États-Unis, en Nouvelle Angleterre, qu’est née et a vécu Emily Dickinson, considérée aujourd’hui comme l’un des plus grands poètes mondiaux. Fasciné par cette auteure prolifique, qui a écrit plus de 1800 poèmes de son vivant mais n’a pu en publier qu’une douzaine, le réalisateur et scénariste britannique Terence Davies présente une œuvre dramatique pleine d’esprit et de sensibilité, qui revient sur l’existence entière d’Emily Dickinson tout en peignant un portrait très détaillé de la bonne société du Massachusetts. Enfant de l’époque victorienne, ayant grandi avant la guerre de Sécession, Emily Dickinson se distinguait dans l’aristocratie locale par sa rébellion placide, surtout envers la religion – dont elle se méfiait terriblement.

Le projet d’un film sur sa vie avait cela de risqué que, tout comme son frère et sa sœur, Emily Dickinson était très (trop ?) proche de sa famille, au point de n’avoir jamais pu supporter de quitter ses parents. L’attachement morbide des trois enfants à la maison familiale les a rendus incapables de s’émanciper et de s’éloigner de la petite ville d’Amherst, où l’ancienne demeure de cette famille aisée est aujourd’hui un musée. Le scénario devait inclure les conséquences du fait que l’univers de la poétesse était réduit au minimum : la mise en scène contient donc beaucoup de scènes d’intérieur, censées rendre au mieux l’austérité de l’existence d’une auteure aux idées morbides, qui écrivait avant tout sur la mort, la fugacité de la vie…
Est-ce à dire que l’existence austère du héros d’un biopic ne peut donner qu’un film ennuyeux ? Loin de là ! A Quiet Passion réussit l’exploit non négligeable d’étonner avec une mise en scène audacieuse et une ambiance malicieuse qui multiplie les scènes pittoresques. Certains personnages burlesques, tels que celui de Miss Vryling Buffam, l’amie intime d’Emily Dickinson, apportent la dose d’humour nécessaire au drame vécu par un auteur reconnu uniquement à titre posthume.

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C’est tout l’enjeu de ce film : s’attarder sur les personnes considérées aujourd’hui comme des génies, mais qui n’ont bénéficié d’aucune attention pour leur art de leur vivant ; et qui en ont forcément beaucoup souffert. Emily Dickinson, en tant que femme qui ne désirait pas se marier dans une époque où elles étaient encore complètement dépendantes des hommes de leur famille, n’avait finalement rien à faire de ses journées à part écrire, réfléchir et se morfondre de n’être pas mieux considérée en tant que poète par ses contemporains. C’est cette souffrance que le réalisateur a voulu personnifier, en exposant la longue déchéance mentale de son sujet.
En vivant recluse et en ne fréquentant que peu le reste de la société, Emily Dickinson s’est lancée dans la recherche de la quintessence poétique. En s’exerçant chaque jour et en faisant lire ses poèmes à des personnes influentes de la communauté, tel un prêtre, elle cherchait des encouragements et la reconnaissance, plongeant ainsi dans une profonde mélancolie en constatant qu’elle ne les obtenait pas. Ce sont ces espoirs déçus et le poison qu’ils représentent pour un esprit déjà très fragile qui constituent la base d’un film intelligent, qui s’attarde sur la femme et sur son œuvre.

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La beauté des images et de la mise en scène rejoint la délicatesse du langage. La grande qualité du scénario permet de s’attarder sur chaque parole, sur une rhétorique irréprochable, même lorsqu’il n’est pas question de citer les poèmes d’Emily Dickinson. Le film et la pertinence de chaque parole permettent de rappeler à quel point la langue peut être belle, surtout lorsqu’on en maîtrise les plus beaux atours comme l’auteure. La bande originale renforce cette délicatesse de ton, entre des solos de piano et des œuvres orchestrales composées par Charles Ives.
Aidé par un scénario impeccable et par une direction d’acteurs tout en finesse, le casting s’élève vers la perfection en s’appuyant sur l’interprétation époustouflante de Cynthia Nixon. Si le public français la connait davantage pour Sex and the City que pour ses nombreux succès sur les planches, il devrait tomber en admiration devant une actrice qui livre une partition parfaite.

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Si la beauté de la langue et de l’écriture soignée et sensible d’Emily Dickinson sont les bases d’un film dramatique efficace, A Quiet Passion devrait avant tout donner envie de lire. C’est en cela que réside la force du biopic, car après tout, aujourd’hui, les recueils de l’œuvre d’Emily Dickinson ne manquent pas. Si seulement elle l’avait su…

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