3 jours  (horribles) et merveilleux avec les “migrants”!

3 jours (horribles) et merveilleux avec les “migrants”!

C’est “le cri de détresse d’une Calaisienne en colère”. Dans une vidéo partagée sur le groupe Facebook du même nom, une habitante de Calais déplore à travers le témoignage de sa fille la présence des réfugiés sur le pas de sa porte. Marguerite Stern a passé trois jours dans la “new jungle”. Elle a souhaité lui répondre.

Chère Calaisienne en colère,

Il se trouve que je viens de passer trois jours chez des amis Soudanais au milieu de la “jungle” de Calais et que leur campement se trouve juste en face de votre maison. Je compte bien y retourner, mais je doute vous croiser un jour car j’ai bien l’impression que vous ne sortez jamais de votre royaume fortifié.

À défaut de vous dire ma rancœur et mon incompréhension en personne, je le fais par les médias. Peut-être ce message vous parviendra-t-il, ou parviendra-t-il à d’autres qui pensent comme vous que lorsque la misère se pose devant leur porte il est préférable, au mieux, de l’ignorer, sinon de la rejeter, alors qu’il est de notre devoir de l’accueillir.

Si seulement vous pouviez prendre la peine d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté du chemin qui vous sépare de ceux qu’on appelle les “migrants”…

3 jours à la fois horribles et merveilleux avec les “migrants”

J’ai passé trois jours horribles et merveilleux, oscillant entre l’envie de partir et l’envie de rester. Envie de partir non pas parce que c’est la guérilla comme vous l’affirmez, mais parce que le quotidien de la jungle est misérable.

Comme moi, vous savez qu’une immense partie de ces gens se résigne à rester à Calais faute de n’avoir jamais réussi à franchir les six murs dressés par la police et la fameuse autoroute. Ils se construisent des habitats de fortune, et cuisinent comme ils peuvent avec leurs trois couteaux et leurs deux casseroles.

Pourtant, je peux vous assurer que je n’ai manqué de rien, madame. J’avais un café chaud tous les matins au réveil, des pommes frites à volonté et même une collation le soir.

Quand mes chaussures en toiles se sont retrouvées imbibées d’eau, mon ami Adam m’a donné ses tongs quitte à passer la soirée pieds nus.

Quand un soir de pluie je suis allée pisser dans les toilettes sèches qu’ils ont construites, ils se sont excusés.

Mais ça n’est pas à eux de s’excuser, madame, c’est à l’État français non pas de s’excuser d’ailleurs, mais d’agir. C’est aux gens qui nous gouvernent qu’il faut reprocher l’existence de ce ghetto, pas à mes amis.

Vous devriez aller voir la ville qu’ils ont construite

Mes amis font comme ils peuvent. Et d’ailleurs ce sont des gens extrêmement civilisés, bien plus civilisés que ceux qui leurs jettent la pierre. Leur effort pour se sortir de l’animalité qu’on leur impose est constant.

Malgré la pluie, le manque de soins et de conditions sanitaires correctes, le manque de moyens matériels, ils ont construit une véritable petite ville avec un centre névralgique, des lieux de cultes, des arrondissements, des lotissements, des artères de circulation, des bars et des commerces, des lieux de récréation.

Vous devriez sortir un peu de chez vous et aller visiter l’église qu’ils ont construite. Peut-être que, comme moi, vous seriez émerveillée par la beauté de ce lieu, par la connaissance et le savoir faire, par la nef, l’autel et le clocher. Oui des lieux de culte et des lieux de récréation madame… Car même parqué dans un ghetto, il faut bien continuer à se divertir. Il faut bien continuer à vivre.

Leur ouverture d’esprit me donne foi en l’humanité

Vous dites que vous ne pouvez pas croire qu’ils ont perdu leurs familles dans des guerres et leurs amis dans des voyages en bateaux qui durent parfois plusieurs semaines parce qu’ils jouent au foot et parce qu’ils rient ? Mais le rire n’est-il pas le premier signe d’humanité madame ? Même dans votre misère vous ne riez jamais, vous ?

Et bien moi je continuerai à aller rire avec eux, à aller danser avec eux. Parce qu’ils me donnent foi en l’humanité. Parce que bien que leurs pays d’origine soient des dictatures, quoique encore traumatisés, ils ont su se détacher de ces traditions barbares et font preuve d’une ouverture d’esprit et d’une capacité d’adaptation hors du commun.

Dans leurs pays, on voile les femmes, on les parque à l’intérieur des foyers et l’on pratique la polygamie. Pourtant, moi petite blonde avec mon pull rose, je n’ai jamais eu de problème, je n’ai jamais été sifflée ou harcelée comme je peux l’être en plein milieu du 5e arrondissement de Paris. J’ai laissé mon appareil photo et mon portefeuille dans une yourte pendant que j’allais me promener sans craindre qu’on me vole.

Parce que mes amis, ceux qui habitent juste en face de chez vous, sont bienveillants madame. Avec l’argent du matériel de surveillance que vous avez mis en place, vous auriez pu les nourrir pendant toute une vie. En échange, vous auriez eu un peu de chaleur humaine, et je me dis que c’est probablement ce qui vous manque quand j’entends votre fille tenir des propos à ce point dénués d’empathie.

Allez les voir un jour de pluie : ils vous offriront un thé

Alors oui, il y a de la drogue, des conflits entre communautés et de la violence comme dans toutes les villes. Mais la misère attire la misère et la violence engendre la violence.

Allez, allez madame vous promener un peu et découvrir tout ce que je n’ai pas raconté et tout ce que je n’ai pas vu, parce que ce territoire est vaste.

Prenez ce chemin qui vous effraie tant un jour de pluie et vous verrez si on ne vous invite pas à boire un thé bien chaud en attendant que le ciel se calme. Saluez au passage les joueurs de foot, vous verrez qu’ils vous passeront la balle. Passez devant le bâtiment des Syriens ; si vous comprenez un peu l’anglais ils vous raconteront la guerre et la destruction de leur pays (c’est bien pire que ce qu’on vous raconte des quartiers sensibles de Marseille le samedi soir sur M6).

Allez, allez découvrir la diversité et la richesse du monde, elle est devant votre porte bordel. Nous n’avons pas tous cette chance.

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