Les « tradis » sortent un film sur Mgr Lefebvre au Grand Rex

Les tradis sortent un film sur l’évêque fondateur de la Fraternité Saint-Pie-X au Grand Rex. Nouvelles de France a rencontré Jacques-Régis du Cray, l’initiateur de cette production atypique.

Pourquoi un film sur Mgr Lefebvre ?

Nous arrivons à un moment charnière. Il y a plus de vingt ans que cette figure emblématique du mouvement traditionnel a disparu et les choix qu’il a posés ont toujours une incidence importante dans la vie de l’Église aujourd’hui. Comme me le faisait remarquer un journaliste, il est sans doute l’évêque défunt non canonisé dont on parle le plus dans la presse et même dans les écrits du pape. Or, la génération qui arrive à l’âge adulte n’a pas connu Mgr Lefebvre. Pour celle qui, née après sa mort (1991), s’engage dans la vie, parfois en poussant la porte du séminaire, le fondateur de la Fraternité Saint-Pie-X est un personnage plus ou moins lointain du siècle dernier. L’image que la jeunesse se fait de lui est souvent entachée de clichés qui se sont forgés ces dernières années. Nous avons souhaité mettre à sa disposition un outil permettant de revenir à la réalité historique.

A qui est destiné ce film ?

Ce film documentaire d’une heure quarante est destiné au plus grand nombre. Il n’a pas été réalisé pour les seuls nostalgiques des débuts de la Fraternité Saint-Pie X ni même pour ses seuls fidèles. La voix du narrateur est volontairement distancée pour ne pas tomber dans le procès à charge ni dans le procès de canonisation. Le seul fait qu’il ne soit pas accusateur laissera sans doute penser que le point de vue est favorable. Notre démarche a été de suivre de manière historique la vie très remplie de ce prélat, missionnaire en Afrique, évêque au Concile puis fondateur de communauté, en recourant à trente-deux témoins variés. La moitié d’entre eux est demeurée fidèle à Mgr Lefebvre dans les choix qu’il a posés dans les années 1970 et 1980, à la différence de l’autre moitié qui a préféré ne pas le suivre. Tout catholique, quel que soit son parcours, trouvera dans l’itinéraire de cet archevêque une part de son expérience personnelle au sein de la situation actuelle de l’Église.

Avez-vous invité le clergé parisien à cette projection ?

Bon nombre de clercs ont été invités à la projection de lancement qui aura lieu ce samedi 29 septembre à 16 heures au Grand Rex. Une partie d’entre eux appartient au diocèse de Paris. Nous savons déjà que certains seront des nôtres. D’autres, retenus par leurs activités pastorales, attendent le DVD. Mais on pourrait dire de manière plus générale que tous les membres du clergé sont invités puisque l’entrée leur est gratuite !

 Comment s’est déroulé le tournage ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

Le tournage a essentiellement consisté à aller à la rencontre des témoins de la vie de Mgr Lefebvre, le reste du film étant constitué d’archives audiovisuelles. Or ces témoins habitent aujourd’hui aux quatre coins du monde. Il a fallu envoyer des caméras un peu partout en France, en Suisse, en Allemagne, en Italie, au Gabon, au Sénégal, aux États-Unis et même en Colombie. Bien entendu, nous avons parfois rencontré des difficultés d’ordre administratif, qui se sont finalement bien dénouées. Du côté des personnes interrogées, l’accueil qui nous a été réservé était plutôt bon. Rares étaient les refus de s’exprimer sur un sujet pourtant brûlant. Sans doute le dégel provoqué par le Motu Proprio et la levée des sanctions canoniques a-t-il aidé les langues à se délier. En même temps, les témoins se font plus rares car Mgr Lefebvre aurait près de 107 ans. Par conséquent, il était grand temps de se lancer dans une telle entreprise car dans une décennie bien des contemporains de l’archevêque auront disparu.

Quel est le budget d’un tel film ?

Un tel film, s’il avait été entièrement sous-traité aurait pu coûter environ 400 000 euros. Mais bon nombre de professionnels dans le réseau traditionnel ont offert leurs compétences sans pour autant que le résultat ait perdu en qualité. Par conséquent ce documentaire nous a coûté environ 150.000 euros, les postes le plus onéreux étant ceux du montage et des droits sur les archives audiovisuelles qui font forcément envoler la facture. Nous n’avons cependant pas consenti à négliger la qualité visuelle et sonore ni la diversité des images qui reflètent bien la réalité des missions africaines ou de la crise du monde catholique dans les années 1970. Ce sont elles qui font également revivre la personnalité de Mgr Lefebvre. Un film apporte des éléments qu’un livre aura toujours beaucoup de mal à restituer : le timbre d’une voix qui s’exprime de manière grave, les sentiments qui se manifestent sur un visage animé apparaissent de manière particulièrement vivants dans ce film.

Quelles nouveautés apprend-on sur le personnage ?

Affirmer qu’il n’y a pas de révélation dans ce film serait contrevenir à la vérité. On y apprend à partir de quand Mgr Lefebvre s’ouvre sérieusement à son second de la question des sacres, on découvre l’atmosphère qui a entouré la fameuse nuit du 5 au 6 mai 1988 au cours de laquelle l’archevêque est revenu sur sa signature d’un protocole d’accords. Sans que cela soit pour autant inconnu, ce qui sera une nouveauté pour beaucoup, c’est l’itinéraire du personnage avant le Concile Vatican II. Archevêque de Dakar et délégué du pape pour toute l’Afrique francophone, Mgr Lefebvre fut le premier personnage de l’Église sur tout le continent pendant quinze ans ! Et comme je vous le disais précédemment, l’expression physique du personnage est également une source d’informations. On peine à maintenir le titre “d’évêque de fer” pour désigner un prélat que son entourage décrit plutôt comme attentif et mesuré.

Qu’avez-vous voulu faire ressortir en premier dans la vie de ce personnage ?

Je ne sais si c’est volontaire, mais ce qui finit par ressortir de cette longue existence, c’est la continuité dans l’attitude. Au cours de sa vie en Afrique puis comme supérieur général des Spiritains, Mgr Lefebvre a formé des prêtres selon les canons traditionnels de l’Eglise et il a fondé. Après le Concile, il a poursuivi la même activité mais il n’était plus compris par ses pairs. L’Église avait changé. Celui qui était porté aux nues pour son travail était finalement accusé de tous les maux en œuvrant pourtant de la même manière.

La sortie d’un tel film semble arriver à point nommé, tant les échanges entre la FSSPX et Rome trouvent, en ce moment, un écho dans la presse.

Passer ses journées avec Mgr Lefebvre, à dépouiller les centaines d’entretiens qu’il a accordés aux télévisions était très riche d’enseignement pour analyser la situation des relations entre Rome et la FSSPX. La considérer en ayant vu le film apportera sans doute beaucoup aux spectateurs de ce film. Cela relativisera probablement des jugements hâtifs et passionnés. Cela permettra de comprendre l’itinéraire d’un missionnaire toujours optimiste pour lequel un certain nombre de bouleversement dans l’Église apparaissaient très nettement contraires à ce que l’Institution avait toujours enseigné. Débarrasser l’actualité d’idées toutes faites, voire d’idéologies s’éloignant de la réalité, est sans doute un objectif de ce film.

Visionnez la bande-annonce :

Monseigneur Lefebvre, un évêque dans la tempête sera projeté samedi 29 septembre 2012 à 16 heures au cinéma Le Grand Rex.

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12 Commentaires

  • Hubert MONTMIRAIL , 28 septembre 2012 @ 12 h 47 min

    N’ayant pas vu le film, mais m’apprêtant à le faire demain, je ne peux que souscrire à la dernière phrase: “Débarrasser l’actualité d’idées toutes faites, voire d’idéologies s’éloignant de la réalité, est sans doute un objectif de ce film.” Il est intéressant de voir que différents témoignages aient été sollicités, ce qui donne au film le caractère d’un documentaire solide, loin de toute hagiographie ou de reportage lugubre. Bon, je ne trahirais pas de secret en disant que ce film a été minutieusement préparé (depuis plusieurs années), ce qui laisse supposer qu’il sera de bonne qualité… Bon, le spectateur sera juge !

  • jejomau , 28 septembre 2012 @ 14 h 05 min

    C’est un film qui raconte la Foi d’un évêque catholique finalement. Foi incarnée dans une société diabolique finalement. Un bon témoignage de ce qu’est simplement… un catholique. Nos amis musulmans peuvent y aller sans crainte cette fois : ils comprendront certainement pourquoi il faut se convertir pour être sauvé car ils auront là un magnifique témoignage. Ca les changera du pipeau sur la société fraternelle, de l’ouverture au monde au travers d’un dialogue sirupeux et gluant…

  • Ralph , 28 septembre 2012 @ 14 h 17 min

    Je crois que j’irais le voir, aussi.
    J’espère que le film aborde aussi la question de la dimension “politique” du traditionnalisme catholique. En effet, au delà des questions liturgiques et doctrinales, bien réelles, il y a toujours eu cette dimension politique, contre-révolutionnaire ou à tout le moins anti-moderne, dans le traditionnalisme. Dimension tout à fait légitime, mais source de bien des problèmes avec le reste de l’Eglise.
    Et c’est à mon avis une des explications principales du rejet de la FSPPX par une grande partie du clergé, depuis trente ans. Mgr Lefebvre, et les traditionnalistes, n’étaient généralement pas perçus comme étant au centre de l’échiquier politique, c’est le moins que l’on puisse dire. Certains pélerinages (sur l’Ile d’Yeu…), certaines messes “en mémoire de”, certains prêches ou propos (par ex., Mgr Williamson), ont à mon avis autant joué dans la rupture que les disputatio sur tel ou tel aspect de Vatican II.

  • Hubert MONTMIRAIL , 28 septembre 2012 @ 15 h 41 min

    La question politique a joué. Non dans l’essor du traditionalisme, mais, comme vous dîtes, Ralph, dans le rejet des intéressés. Il faudrait être sot pour croire que des questions spirituelles sont à réduire à des questions d’option politique ! Malheureusement, c’est bien la grille de lecture contemporaine officielle. Bref, du “politique d’abord”, mais dans le mauvais sens. Or, comment expliquer l’expansion de la FSSPX à des époques ou dans des pays où il n’existe pas d’extrême-droite ? C’est un peu comme si, dans les pays du Sud où la Fraternité est présente (Inde, etc.), on appelait les fidèles à sortir leur carte du FN… Pour rebondir sur ce que vous dîtes, Ralph, j’espère justement que ce film fera ressortir la dimension doctrinale et spirituelle de la FSSPX. Le fait que des générations n’aient pas connu l’ambiance post conciliaire peut être une bonne chose. Je souhaite que ce film fasse, intelligemment, connaître au grand public les débats et difficultés dans l’Eglise des ces 50 dernières années. Je me réjouis que des proches de la FSSPX l’aient compris, car il n’y a rien de plus dangereux que son histoire soit faite par ses adversaires. C’est encore le cas.

  • Lach-Comte , 28 septembre 2012 @ 17 h 04 min

    Une seule question, et d’importance, car il y a des gens intéressés qui ne pourront se rendre à la projection de ce film : comment et auprès de qui se procurer le DVD du film ? Merci de votre réponse.

  • Hubert MONTMIRAIL , 28 septembre 2012 @ 18 h 01 min

    Visiblement, ce sera diffusé à partir de demain, donc je pense qu’il sera possible de procéder à des commandes par Internet ou à des achats dans les “bonnes maisons”.

  • Lach-Comte , 28 septembre 2012 @ 19 h 17 min

    merci

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