Pologne : le pluralisme médiatique en danger

Pologne. L’autorité des médias refuse d’accorder une licence pour émettre sur la TNT à la seule télévision d’opposition au prétexte que cette chaîne, qui existe depuis maintenant 10 ans et qui fait partie d’un groupe médiatique propriétaire, outre cette chaîne, d’une station de radio qui émet, elle, depuis une bonne vingtaine d’années, est financée par des dons et que ses revenus sont donc incertains. L’autorité des médias a préféré accorder le droit d’émettre à des chaînes qui viennent tout juste d’être créées spécialement pour l’avènement de la TNT qui sera à partir du 1/08/2013 le seul réseau de télévision terrestre dans tout le pays. Cette décision d’une autorité des médias fortement politisée, dont les membres ont été nommés par la coalition actuellement au pouvoir, fait suite à une reprise en main de la radio et de la télévision publique l’année dernière et à une tentative de prendre le contrôle du plus grand quotidien national d’opposition dont l’État était encore propriétaire à 49 %.

S’agit-il d’une attaque en règle du gouvernement conservateur de droite de Viktor Orban contre la liberté des médias ? Et bien non, ces événements se passent dans la très sage Pologne gouvernée par de gentils libéraux europhiles que personne en Europe ne soupçonnerait d’en vouloir à la démocratie. La télévision en question, c’est TV Trwam, une chaîne catholique à la ligne conservatrice appartenant à la fondation Lux Veritatis gérée par l’ordre des moines rédemptoristes et dirigée par le “père directeur” Tadeusz Rydzyk. Mises à part TV Trwam et Radio Maryja, la station de radio de la fondation Lux Veritatis, presque toutes les grandes stations de radio et de télévision appartiennent à trois grands groupes médiatiques liés au pouvoir en place ou qui le soutiennent ouvertement. C ‘est donc la seule chaîne de télévision dont les programmes d’information sont très critiques à l’égard du gouvernement, les autres chaînes préférant s’en prendre à l’opposition conservatrice. L’opposition conservatrice des partis Droit et Justice (le parti de l’ancien premier ministre Jarosław Kaczyński) et Pologne Solidaire (issu d’une scission récente du parti Droit et Justice) a demandé la convocation la semaine prochaine de la commission de la culture et des médias de la Diète, la chambre basse du parlement polonais, car il n’a aucun doute que la décision du KRRiT, l’autorité polonaise des médias, est éminemment politique. La fondation Lux Veritatis a de son côté fait appel de cette décision qui risque de priver la frange catholique conservatrice de la population de la seule chaîne de télévision où ses opinions sont représentées. C’était par exemple la seule télévision à retransmettre en direct les journées mondiales de la jeunesse de Madrid dans un pays où environ 95 % des habitants appartiennent à des familles de tradition catholique et où plus de 40 % des gens vont régulièrement à la messe du dimanche !

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1 Commentaire

  • Agnieszka G. , 12 Jan 2012 à 9:48 @ 9 h 48 min

    Effectivement, presque tous les médias en Europe (y compris en Pologne) se bouleversent de ce qui se passe dans la Hongrie d’Orban sans pourtant préciser ce qui les scandalisent alors qu’en Pologne il se passe des choses vraiment inquiétantes qui n’attirent l’attention de personne parce que c’est le gouvernement libéral deTusk qui est au pouvoir et donc ses démarches sont forcément « démocratiques ». Et bien non! Sur le plan des médias, la liberté en Pologne n’existe presque plus. Les informations sur la Pologne publiées dans la presse et répétées sans aucune réflexion par les chaînes télévisées en France, en Allemagne, en Grande Bretagne etc. leur sont transmises par les milieux libéraux et clairement de gauche soutenant le gouvernement en place tels que le journal Gazeta Wyborcza de Michnik. L’Europe ne sait pas ce qui se passe en Pologne et les journalistes ne se soucient pas de comprendre et décrire honnêtement la réalité. L’exemple le plus criant est l’affaire du crash de Smolensk. Pour mes amis en France, des gens cultivés travaillant pour les institutions européennes, l’enquête est close et tout est clair. Pourtant c’est justement le contraire, l’enquête n’a pas vraiment commencé car les Polonais n’ont pas eu accès aux principales preuves (telles que l’épave de l’avion)et les faits relevées au cours de l’enquête menée entre autres par certains journalistes indépendants relèvent des faits inquiétants et mettent en cause la version russe du crash popularisée en Occident (p.ex. une série de suicides bizarres des personnes liées à l’enquête, dont la dernière tentative de suicide d’un procureur militaire pendant la conférence de presse consacrée entre autres aux questions liées à Smolensk devrait être un thème intéressant pour les journalistes, au moins en Pologne, mais cela n’est pas le cas.). Merci pour cet article qui décrit si bien la situation des libertés médiatiques dans mon pays. Et j’attends la suite…

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