On n’arrête pas le progrès.

Tribune libre de Myriam Picard* pour Nouvelles de France.

En Grande-Bretagne, « une drôle d’initiative propose d’offrir aux jeunes demoiselles un cadeau de Noël avant l’heure ! Pour remédier au nombre inquiétant d’avortement suite à une grossesse non désirée pendant la période des fêtes, une organisation britannique prend les choses en main de manière peu banale ! Le Service britannique de conseil sur la grossesse (BPAS) propose de fournir dès maintenant la pilule du lendemain gratuitement aux femmes qui le souhaitent. Cette suggestion s’inscrit dans le cadre de l’approche des fêtes de fin d’année souvent alcoolisées, période au cours de laquelle, selon le BPAS, survient le plus grand nombre d’avortements liés à des grossesses non souhaitées. » [1]

Pour la fête anniversaire de La naissance, qu’on se le dise, on offrira désormais des pilules du lendemain. On n’arrête pas le progrès.

Chaque fois, nous croyons que nous touchons le fond. Chaque fois, nous espérons que la dernière limite sera atteinte. Chaque fois, nous découvrons qu’il y a de plus en plus de psychopathes et de décérébrés plus avides de cynisme et d’immunité permanente et totale.

A quand un « multipack ligature des trompes » ? Un coffret trois étoiles « spécial détection des trisomies » ? Une carte cadeau « teste ton VIH » ? A l’heure où des nations découvrent, effondrées, qu’en renversant un système de valeurs élaboré par des siècles de patience et de bon sens, leurs élites les ont condamnées à l’enfer psychologique et social, il y en a encore qui n’ont pas compris et qui ne veulent pas comprendre. Et qui fuiront – et qui fuient déjà – lorsque l’étendue de leur massacre symbolique sera révélée.

Je n’ai personnellement pas la moindre pitié pour tous ceux qui se taisent aujourd’hui en Grande-Bretagne. Parce qu’ils seront les premiers, demain, à défiler pour réclamer plus de places dans les services d’IVG ou au contraire à s’indigner que trop de mères célibataires (ou de « mamans solos » pour être moins cruel) vivent dans la misère. Lorsque leurs filles viendront à eux marquées par trop de réveils douloureux, le ventre à peine cicatrisé et l’âme lourde, elles auront le droit de les gifler et de cracher sur ceux qui les auront poussées au désespoir.

Une politique de santé (?) de cette nature revient à encourager un conducteur à rouler sur une voie couverte de tessons de bouteille, en l’ayant préalablement muni de plusieurs roues de secours. Si ce n’est qu’une âme et un corps de femmes sont plus fragiles et plus précieux qu’une voiture, et que ce n’est pas parce que quelques savants fous se déclarent aujourd’hui capables de cloner des humains qu’ils ont pour autant saisi la complexité et le sacré d’une vie humaine. On n’a pas plus le droit de jouer avec l’avenir d’une fille qu’avec l’embryon qu’elle portera éventuellement.

On n’en finit plus de déresponsabiliser les masses. 220 000 femmes par an avortent en France, alors qu’on nous bombarde de campagnes de pub sur la contraception, alors que, de la rue à la pharmacie en passant par le supermarché et par les distributeurs de barres chocolatées des facs, on croise un préservatif au moins trois fois par jour. L’argumentation d’une contraception insuffisante, ou trop chère, ou peu connue, ne tient plus face à la réalité. Et, comme pour l’immigration ou l’euro, alors que tout s’effondre, on prétend résoudre un problème par davantage de ce problème.

Qu’on ne me dise pas que les jeunes ne sont pas informés. A dix ans, ils parlent grassement kama-sutra, les infirmières scolaires se chargent ensuite de leur enseigner l’amour-hévéa, quand ce ne sont pas les parents qui, entre le fromage et le dessert, demandent à leur gamine si elle se protège.

Quand une société en arrive à accepter que l’on offre des milliers de pilules du lendemain à une jeunesse gavée de drogues ou poussée à s’en gaver, elle n’est même plus au bord du gouffre, elle gît tout au fond. L’image imposée est consternante : la fille qui se réveille, encore à moitié soûle ou cokée jusqu’au trognon, se levant d’un lit inconnu et se précipitant sur son sac pour avaler une pilule. Y a pas à dire, le BPAS vend du rêve.

Plus on vous proposera de quoi échapper aux conséquences de vos actes risquées, d’actes qui vous engagent ou engagent autrui, plus vous oserez en poser. L’énormité du nombre d’avortements en France va moralement de pair avec la récidive. On t’autorise, on te comprend, on te justifie, on t’absout. Jamais on n’aura l’idée de te mettre devant tes tripes et ta dignité. Parce que cela signifierait que tu vaux quelque chose – ce que tu ne dois pas croire. Ce que tu dois croire, c’est que tu vaux le prix de ce que tu achètes et de ce que tu coûtes. Et que ce que tu achètes ou ce que tu convoites mérite que tu y laisses un morceau de ton épaisseur spirituelle.

Pourquoi ne pas s’interroger, plutôt, sur ce qui accule des générations entières de jeunes à se noyer dans des instants fugaces et fades? Oui, c’est vrai, on s’éclate aujourd’hui. On se disperse, on se fracasse, on va chercher, ici, de l’orgasme, ici, l’oubli de l’alcool, ici l’éclat d’un rythme sans puissance, là de la malbouffe, et là, encore, de quoi torturer son corps pour qu’on le sente, enfin, réagir, de la scarification à l’anorexie en passant par la défonce pure. J’ai récemment croisé une gamine de 4e dont la frange cachait presque totalement les yeux et qui se dévorait les ongles jusqu’au sang. « Je ne peux pas m’en passer. Parce que depuis, maman me regarde. »

Les écoles, les collèges, les lycées sont aujourd’hui remplis de ces yeux vides de gamins qu’on a réduits à des consommateurs et qui s’interrogent gravement sur le SAV de leur Ipad. Quand tout devient matériel, il n’est même plus besoin de s’étonner qu’on distribue gratuitement de quoi serpiller une partie de jambes en l’air aux lendemains problématiques.

[1] Information rapportée par le site Magicmaman (sic).

*Myriam Picard est journaliste et membre du Comité de rédaction de Riposte Laïque.

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1 Commentaire

  • Karl Baïkal , 14 décembre 2011 @ 18 h 12 min

    Très bon article… comme à votre habitude. Quand vous-verrais-je ? amit.

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