La Pologne sur la voie de la Hongrie

L’évolution de la situation en Pologne ressemble vraiment de plus en plus à ce qu’a vécu la Hongrie à partir de 2010. Comme lors de l’arrivée de Viktor Orban au pouvoir, on voit, depuis la victoire du parti conservateur PiS aux élections du 25 octobre, se multiplier les appels par la gauche et le centre-droit en faveur de la défense d’une démocratie supposée menacée. Des appels lancés non seulement à l’intérieur du pays mais aussi à l’étranger, afin de pouvoir dire aux Polonais : « Vous voyez, même les médias étrangers pensent que le PiS est un danger pour la démocratie ». Et c’est vrai que les médias allemands sont les premiers à parler, comme ils l’avaient fait pour la Hongrie, du risque de dictature chez leur voisin oriental. La gauche et le centre-droit tentent aussi de faire descendre les Polonais dans la rue contre le gouvernement conservateur : samedi, ils étaient 10 ou 20 000 à « défendre la démocratie » devant le siège de la Cour constitutionnelle qui serait paraît-il victime d’un véritable coup d’État du PiS. Seulement comme en Hongrie, les partisans du gouvernement sont largement plus nombreux à manifester pour défendre le pouvoir issu des urnes. Hier dimanche, ils étaient 80 ou 100 000 à manifester ainsi leur soutien à l’occasion de l’anniversaire de l’instauration de l’état de siège par la junte communiste du général Jaruzelski le 13 décembre 1981.

Il faut dire que la défense de la Cour constitutionnelle par les partisans du gouvernement PO-PSL précédent a quelque chose de ridicule. Il est vrai que la manière dont la majorité PiS, appuyée par le nouveau parti du rocker Paweł Kukiz (8 % aux législatives, mais 20 % pour ce rocker au premier tour de la présidentielle de mai), a révoqué une résolution du parlement précédent, votée début octobre, pour annuler la nomination de 5 juges de la Cour constitutionnelle est discutable. Mais plus discutable encore était la manière dont les amis du président actuel du Conseil européen, Donald Tusk, avaient nommé ces 5 juges à l’avance, en remplacement de 5 juges dont les mandats devaient arriver à expiration en novembre et décembre. Si seulement ils n’avaient nommés que ceux devant remplacer les 3 juges dont le mandat arrivait à terme le 6 novembre, cela aurait été difficilement contestable par le nouveau parlement qui ne s’est réuni pour la première fois que le 12 novembre. Mais avoir tenté de verrouiller en sa faveur la Cour constitutionnelle en nommant encore 2 juges qui auraient dû être choisis par le parlement issu des élections, c’était cela le vrai coup d’État sur l’institution gardienne de la constitution. Et le PiS a bien compris qu’après 8 ans de gouvernement des anciens libéraux-conservateurs de la PO devenus libéraux-libertaires, la nomination anticipée d’un maximum de juges de la Cour constitutionnelle avait pour but de bloquer toutes les lois dont le « Système » ne veut pas.

Le manque d’impartialité des juges nommés par l’ancienne coalition est d’autant plus flagrant, que 3 juges de la Cour constitutionnelle, dont son président, avaient participé aux travaux sur une loi spéciale votée en juin en vue de permettre ce remplacement par anticipation de 5 juges. Une loi qui a d’ailleurs ensuite été reconnue par cette même cour comme partiellement inconstitutionnelle après l’arrivée du PiS au pouvoir et après que le président Andrzej Duda avait refusé de valider le nomination des 5 juges PO-PSL. Cerise sur le gâteau, le président de la Cour s’est permis de dire dans les médias ce qu’il pensait de la modification par le PiS de la loi spéciale de la coalition PO-PSL avant les délibérations devant permettre de décider si oui ou non cette modification était conforme à la constitution. Du reste avant d’être nommé à la Cour constitutionnelle, ce président de la cour avait été pressenti comme ministre de la justice du gouvernement PO-PSL. C’est dire son impartialité.

La Pologne traverse donc une crise de ses institutions, une crise allumée par le gouvernement précédent et alimentée par le gouvernement actuel qui n’a pas l’intention de laisser les perdants de l’élection d’octobre l’empêcher de gouverner et de réformer en profondeur le pays. Quant aux prétendus défenseurs de la démocratie de samedi et les médias dominants qui aujourd’hui crient au putsch, on ne les a pas entendus lors du putsch de juin-octobre.

 

Photo de couverture : Niezalezna.pl

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11 Commentaires

  • V_Parlier , 14 décembre 2015 @ 21 h 25 min

    Et oui, la Pologne aussi finira peut-être elle aussi par connaître la diabolisation pour non conformité aux “valeurs européennes”, au modernisme, à l’alignement politique discipliné… Après avoir été d’abord accusé de populisme, son chef d’état finira peut-être par être traité de tous les noms, sujets à des caricatures débiles dans les médias anglo-saxons et néo-charlies, présenté comme un obstacle à la démocratie, à combattre en finançant des ONG locales d’opposition par le NED, etc… Et enfin son pays sera peut-être un jour déclaré comme dangereux si ça dure trop. Européistes jusqu’à quand, les Polonais?

  • pauledesbaux , 15 décembre 2015 @ 8 h 08 min

    mais pas seulement : la SUEDE le Danemark, à QUAND LA FRANCE QUI N EN PEUT PLUS nous allons mourir étouffés

  • Olivier Bault , 15 décembre 2015 @ 10 h 18 min

    Européistes, ils le sont déjà beaucoup moins qu’avant, les Polonais, notamment à cause du genre à l’école que le gouvernement précédent imposait par chantage aux subventions européennes et surtout à cause de l’invasion migratoire encouragée par Merkel et Juncker.

  • Stefan Gilmajster , 15 décembre 2015 @ 12 h 40 min

    Merci Monsieur Bault pour cet article

    Mais j’aimerais apporter quelques critiques.

    Comment se fait il que ce soit vous, et uniquement vous , soyez le seul français à défendre la Pologne face aux virulentes attaques dont elle fait l’objet par les médias occidentaux, et que les autres médias francophones de la communauté polonaise ne soient pas réactifs ?

    Pourquoi le site de beskid.com de Stéphabne Delrieu ne réagi t’il pas à ce genre d’attaques , alors que c’est pourtant le meilleur site internet et que ce ne sont pas les journalistes de qualité qui manquent à son site, comme Adam.

    Pourquoi aussi la page facebook dite “France Pologne”, animée par Grteg Hamant, prend elle position contre la Pologne ? Cette page se dit “vouloir” représenter le communauté polonaise de France, mais la même page a publié la même propagande anti-polonaise dimanche dernier. Il y a eu des polonais qui ont réagi en dénonçant le fait que cette crise politique venait de la PO, mais les propos ont été censurés et la publication a été effacée. une autre personne a réagi face à la censure via une autre publication : cette personne a aussi été victime de censure

    Par ailleurs, il y a pas mal de polonais installés en France, à la mentalité pro-EU, qui salissent l’image de la Pologne, dont certains sont des artistes, des gens à responsabilité dite culturelle. Or, ils oublient tous de préciser l’affaire de la Po et mentent à tout le monde.

    M. Bault, ce n’est pas normal que vous soyez isolés seul dans la défense de la Pologne, ne voudriez vous pas créer un réseau de défense de la Pologne, en créant un site comme Poland Today ?

  • zézé , 15 décembre 2015 @ 14 h 58 min

    C’est quand même hilarant de voir que ceux qui allument des feux sur la peur du soi-disant fascisme, sont de la pire espère, et leur comportement rappelle plutôt justement ceux en qui nous devrions avoir peur.
    Chez nous, Valls a tonitrué que le FN c’était la porte ouverte sur la guerre civile, et ce n’est pas dit qu’effectivement, si le FN avait été majoritaire, au vu de ses propres élucubrations, qu’il n’aurait pas tout fait pour 1) annuler le vote,2) invectivé les foules pour mettre le pays à feu et à sang ; ils sont donc les pyromanes qui crient au feu ! et c’est pour la Pologne, la Hongrie et tous les pays qui voudraient retrouver leurs valeurs propres, la même histoire, et chose curieuse, les pays limitrophes font de l’ingérence en essayant d’y mettre le feu, là où il n’y a rien à brûler.

  • zézé , 15 décembre 2015 @ 14 h 59 min

    ..oups :2) invectiver les foules …….

  • Bertrand Redonnet , 16 décembre 2015 @ 9 h 18 min

    La Pologne est un pays émouvant, chaleureux, accueillant : j’y vis depuis plus de dix ans et j’en suis fort heureux…
    La seule chose que je lui reproche c’est que ses hivers si romantiquement blancs se font de plus en plus rares :))
    Vous l’aurez compris : je plaisante et, moins évident peut-être, je veux dire que, par politesse, par respect pour ce peuple qui m’a accueilli sans ambages, je ne me mêle jamais de politique ici…

    En revanche, je ne décolère pas contre les gouvernants de France, absolument affligeants de duplicité et de fourberie, et ça, je ne me gêne pas pour le dire et l’écrire…

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