Ich bin ein Berliner !

Lors du référendum du 20 septembre 1992, 34,4% du corps électoral français se prononçait en faveur de l’adoption du traité de Maastricht contre 33% de « non ». Ce jour-là, nous avons fait une promesse ; nous nous sommes engagés, en tant qu’État, à respecter un certain nombre de règles budgétaires qui incluaient – notamment – un déficit budgétaire inférieur ou égal à 3% du PIB et une dette publique brute inférieure ou égale à 60% du PIB. C’était le Pacte de Stabilité et de Croissance.

Que l’initiative de ce pacte soit d’origine teutonne, c’est l’évidence même et nul ne songe à le contester [1] ; mais si les pro et les anti-Maastricht ont été particulièrement volubiles dès lors qu’il était question de le dénoncer ou de l’encenser, on a rarement entendu quiconque expliquer pourquoi, précisément, nos voisins d’outre-Rhin en avait fait une condition de leur participation à la monnaie unique.

Unicité de la politique monétaire

Toutes choses égales par ailleurs, si l’un des États d’une zone monétaire s’endette plus que de raison, il est plus que vraisemblable que le taux auquel il peut espérer emprunter augmente. Il y a, à cela, au moins trois raisons. D’une part, c’est la loi de l’offre et de la demande : à offre de financement constante, une augmentation de la demande se traduira par une hausse du prix – c’est-à-dire du taux. Par ailleurs, ce surcroît d’endettement se traduira par une dégradation de sa solvabilité et donc, par un taux plus élevé. Enfin, un État endetté est toujours tenté d’utiliser la planche à billet pour financer ses dépenses ; c’est-à-dire, en l’occurrence, de quitter la zone, rétablir une monnaie nationale et la dévaluer dans la foulée – d’où la prudence de ses créanciers et donc, encore une fois, des taux plus élevés.

Or, sur le territoire qu’il contrôle (fiscalement), l’État est par nature l’emprunteur qui bénéficie des taux les plus bas [2] pour la bonne et simple raison qu’il peut fiscaliser ses résidents à loisir avant d’être lui-même en situation de faillite. Dès lors, lorsque le taux auquel l’État emprunte se dégrade, ce sont tous les taux pratiqués sur son territoire qui dégradent avec – des banques aux particuliers en passant par les entreprises : le coût des emprunts augmente pour tout le monde ce qui, naturellement, entraine une contraction du crédit, une baisse de l’investissement et donc de la croissance.

En principe, nos États modernes disposent d’un instrument adapté à ce type de situations : la politique monétaire. En l’occurrence, en bonne application du policy mix néokeynésien, cette phase d’endettement de l’État est supposée coïncider avec le moment où la banque centrale fait justement baisser les taux en injectant de la monnaie dans le système. Seulement, dans notre scénario, l’unique banque centrale se trouve confrontée à une situation inextricable : dans une partie de la zone, les taux s’envolent et dans l’autre, ils s’effondrent [3]. En d’autre terme, il est impossible de mettre en œuvre une politique monétaire unique.

Passager clandestin

La seule solution autre qu’une explosion pure est simple de la zone consiste donc à rétablir l’unicité de la politique monétaire et donc, à faire baisser manu militari les taux des États endettés. La méthode est des plus simples : il faut et il suffit que la banque centrale achète massivement leurs obligations sur le marché et, pour ce faire, qu’elle créé de la monnaie. Or voilà, non seulement les allemands ont, profondément ancrés dans leur mémoire collective, une aversion certaine pour ce type de politique [4] mais en plus, ils ont bien compris que cela reviendrait ni plus ni moins qu’à leur faire payer – via la dévaluation de l’euro – les errements de leurs voisins dépensiers. C’est évidemment une perspective que nos voisins d’outre-Rhin, qui ont déjà payé le prix de la réunification puis de l’Agenda 2010, refusent corps et âme.

C’était précisément pour éviter ce scénario, pour empêcher que certains États membres de la zone euro se comportent en passager clandestins, que les pères de l’euro avaient institué les critères du Pacte de Stabilité et de Croissance. En s’engageant à les respecter, chaque pays garantissait qu’il ne chercherait pas à faire peser le poids de ses dépenses publiques sur les épaules de ses voisins.

Rupture de contrat

Les promesses, surtout en politique, n’engagent que ceux qui les écoutent. Ironiquement, ce sont la France et l’Allemagne qui, dès novembre 2003, vont être les premières à obtenir que la procédure de remise en ordre des finances publiques prévue par le traité de Maastricht ne leur soit pas appliquée. C’est de cette première rupture du contrat que découlera toutes les autres : comment exiger de la Grèce, de l’Espagne, de l’Italie ou du Portugal qu’ils respectent des engagements que les deux fondateurs de l’union monétaire ont été les premiers à renier ?

Et ce qui devait arriver arriva. Le scénario catastrophe que le Pacte devait permettre d’éviter – du moins, en théorie – s’est déroulé point par point et nous en sommes arrivés au moment où, sauf miracle de dernière minute, nous allons tous devoir choisir entre le nettoyage des écuries budgétaires d’Augias et la monétisation pure et simple d’une partie conséquente de nos dettes publiques.

Dans le premier cas, il est probable qu’un et même plusieurs pays d’Europe du Sud finissent par faire sécession ; dans le second, c’est l’Allemagne qui quittera la zone euro. Ce dernier scénario n’a rien d’improbable : un sondage [5] réalisé début mars révélait qu’un bon quart de l’électorat d’outre-Rhin envisageait déjà de voter pour Alternative für Deutschland, un nouveau parti explicitement partisan d’un abandon de l’euro. Étant donnée la tournure que prennent les opérations, je les comprends : moi aussi, Ich bin ein Berliner !

> le blog de Georges Kaplan (Guillaume Nicoulaud)

1. On peut même être encore plus précis et citer le nom de son inventeur : Theo Waigel, ancien ministre des finances de la République Fédérale.
2. Comme pour toute règle, il existe des exceptions mais elles sont suffisamment rares pour ne pas en tenir compte.
3. C’est un phénomène classique en cas de crise : les investisseurs fuient les dettes risquées pour se mettre à l’abri sur les dettes les plus sûres (on appelle ça un flight to quality).
4. L’hyperinflation de la République de Weimar en 1922-23 qui a atteint son paroxysme en octobre 1923 : les prix doublaient en moins de quatre jours.
5. Sondage réalisé par l’institut TNS-Emnid pour le compte du magazine Focus sur les intentions de vote lors des élections fédérales de septembre prochain.

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8 Commentaires

  • alain , 16 Avr 2013 à 13:25 @ 13 h 25 min

    personne ne souligne la connerie profonde de l’histoire des 3 % de déficit annuel.

    vu que TOUS nos politiques PARTOUT en Europe interprète cela comme ” si je fais 3 % ou moins de déficit parn, je suis dans les clous”

    personne ne parle plus de 3 % par an maximum ET 60 % du PIB

    de toute façon où est le gendarme ? on a vu qu’il n’en avait pas.

    dans les histoires de dettes quelles qu’elles soient ce qui tue le débiteur ce sont les intérets et les pénalités. qui au fur et à mesure du temps suivent une courbe exponentielle.

    Si on avait monétarisé c’est à dire conservé l’ancien système où la Banque de France prêtait à l’état – la dette serait plus basse de 40 à 50 %

  • alain , 16 Avr 2013 à 13:30 @ 13 h 30 min

    Il faut savoir que les Teutons sont particulièrement bornés.

    L’allemagne fait 50 % de ses exportations avec la zone euro et 65 % avec l’UE , lachine et les Bric jouent un rôle marginal.

    Mettre ses clients en faillite est à l’évidence une politique stupide, il n’y a pas besoin d’avoir eu le prix Nobel d’économie pour le comprendre.

  • Goupille , 16 Avr 2013 à 17:08 @ 17 h 08 min

    Vous naviguiez pendant la campagne électorale de 2012 ?
    Marine Le Pen, sors de ce corps !

    Cela étant dit, vous avez, comme elle, parfaitement raison.
    “Nous somme dans le même escalier que la Grèce, nous ne sommes pas sur la même marche”. MLP

  • alain , 16 Avr 2013 à 18:39 @ 18 h 39 min

    personnellement je préfère ” Wir sind das Volk ” des manifestants de Leipzig ! ( nous sommes le peuple)

  • Tintin , 16 Avr 2013 à 20:59 @ 20 h 59 min

    Je ne partage pas cette analyse et sans argument d’autorité pour les raisons suivantes :

    L’euro, même si le pacte budgétaire était suivi, ne fonctionnerait toujours pas.

    Lorsque la moyenne des taux de croissance en Europe est de 2%, le taux directeur de la BCE est déterminé à 2%.

    Donc, l’Irlande, la Grèce etc. qui avaient 5% de croissance se retrouvent avec un taux trop bas de 2%.

    Donc, l’Allemagne, l’Autriche etc. qui avaient 1% de croissance, se retrouvent avec un taux trop haut de 2%.

    Conséquence :

    Le capital des entreprises est brulé en Espagne et sous consommé en Allemagne.

    Personne ne comprend cela.

    La suite est simple :

    L’Allemagne sera la première victime.

    Lorsque vous ne remboursez pas vos dettes, la police vient saisir votre maison.

    La police et les armées allemandes viendront-elles saisir les maisons des français ?

    J’en doute.

    Même si une guerre est donc possible, je penche plus pour le scénario du nouvel ordre mondial, c’est à dire une Europe Etat, qui, pour les raisons évoquées ci dessus, ne marchera toujours pas et finira par s’effondrer encore plus violemment, mais qui sera certainement tentée…

    Pour que l’euro marche, il faudrait que les épargnants allemands mettent leur argent dans les banques espagnols et que les banques espagnols prêtent de l’argent aux entrepreneurs allemands.

    Comme c’est impossible, les franc-maçons de Bruxelles décident que une Europe fédérale va forcer l’instauration de ce mécanisme par l’impôt européen.

    Donc, les entrepreneurs espagnols seront taxés et l’argent sera investie par Bruxelles auprès des entrepreneurs allemands (grands travaux, armées européenne, clientélisme électorale, corruption etc.)

    Cela même ainsi, ne marchera jamais, car cela supposerait que Bruxelles est mieux à même de décider de là où doit être investie toute l’épargne des européens, que les 450 millions d’habitants du continent eux-mêmes.

    Cela fut déjà tenté en URSS.

    Pour ma part je ne possède plus que 2 000 euros sur mon compte, juste de quoi acheter une arme au marché noir après l’effacement des comptes et juste de quoi prendre un billet pour Hong-Kong, où mes avoirs y sont domiciliés.

    Maintenant, toujours sans argument d’autorité, il faut, pour faire face à un bank run, que les banques possèdes 12% des dépôts, au minimum, autrement dit, vu les capitalisations actuelles des banques européennes (il suffit de regarder le cours de bourse de BNP, SocGen etc.), il manque 3000 milliards.

    Ce qui représente 34% des dépôts.

    A minima et en moyenne, 34% des dépôts seront effacés, essentiellement dans les banques allemandes et françaises.

    Au royaume de sa majesté nous serons à 27%.

    Aux USA nous sommes à 26%.

    Ces chiffres sont temporaires, car les capitalisations chutent encore et Obama vient d’instaurer avec la couverture de la justice, de nouvelles subprimes puissance 10…

    C’est donc bien un complot, pour aboutir à l’instauration d’un régime unique occidental avec une monnaie unique occidentale : le New World Order.

    Mais rassurez-vous, comme l’URSS cela ne marchera pas.

    Voilà pourquoi nous devons parvenir à convaincre La Manif Pour Tous de manifester à Bruxelles le 5 mais prochain.

  • Tintin , 16 Avr 2013 à 21:02 @ 21 h 02 min

    5 mai prochain je voulais dire.

  • itou , 19 Avr 2013 à 13:19 @ 13 h 19 min

    C’est à Bruxelles qu’il faut manifester et non pas à Paris où accessoirement, parce que c’est Bruxelles qui impose la loi de dénaturation du mariage à tout ses états membres.
    Hollande n’est qu’une potiche, la baderne de service. L’union Gay et leurs droits à l’adoption ont été décidés au Parlement européen par la Résolution du 8 février 1994 sur l’égalité des droits des homosexuels et des lesbiennes dans la Communauté Européenne,
    elle stipule:
    5. souhaite que les États membres suppriment toute législation conférant aux agissements sexuels entre personnes de même sexe un caractère criminel et discriminatoire;

    6. demande que soient établies les mêmes limites d’âge pour les agissements homo- et hétérosexuels;

    7. demande que soit mis un terme à l’inégalité de traitement des personnes de même tendance sexuelle au niveau des dispositions juridiques et administratives;

    8. en appelle au Royaume-Uni pour qu’il abolisse ses dispositions discriminatoires visant à freiner la soi-disant propagation de l’homosexualité et qu’il rétablisse la liberté d’opinion, de la presse, de l’information, de la science et des arts pour les citoyennes et les citoyens homosexuels en rapport avec le thème “Homosexualité”, et invite tous les États membres à respecter à l’avenir ces droits à la liberté d’opinion13;

    9. demande aux États membres de se concerter avec les organisations nationales de lesbiennes et d’homosexuels pour prendre des mesures et organiser des campagnes contre les actes violents dont les personnes homosexuelles sont de plus en plus victimes et faire en sorte que les auteurs de ces actes soient poursuivis;

    10. demande aux États membres de se concerter avec les organisations nationales de lesbiennes et d’homosexuels pour prendre des mesures et organiser des campagnes contre toutes les formes de discriminations sociales exercées à l’encontre des homosexuels;

    11. suggère aux États membres de prendre des mesures pour faire en sorte que les organisations sociales et culturelles des hommes et femmes homosexuels puissent disposer de crédits nationaux sur la même base que d’autres organisations sociales et culturelles, que les candidatures soient évaluées selon les mêmes critères que les candidatures déposées par d’autres organisations et qu’elles ne soient pas désavantagées par le fait d’être des organisations s’adressant aux hommes et femmes homosexuels.
    12. invite la Commission à présenter un projet de recommandation sur l’égalité des droits des homosexuels et des lesbiennes;

    13. estime que la base de cette recommandation devrait être l’égalité de traitement de tous les citoyens de la Communauté, quelle que soit leur tendance sexuelle, et l’élimination de toute forme de discrimination juridique fondée sur cette dernière; invite la Commission à faire rapport au Parlement tous les cinq ans sur la situation des homosexuels et des lesbiennes dans la Communauté;

    14. considère que cette recommandation devrait, tout au moins, chercher à mettre un terme à:

    – des âges de consentements différents et discriminatoires pour les actes homosexuels et hétérosexuels;

    – la poursuite de l’homosexualité pour trouble à l’ordre public ou atteinte aux mœurs,

    – toute discrimination au niveau du droit du travail et du droit de la fonction publique et toute discrimination au niveau du droit pénal, du droit civil, du droit contractuel général et du droit économique,

    – la conservation électronique de la tendance sexuelle d’une personne à son insu ou sans son approbation, ou la transmission non autorisée ou l’utilisation de cette information, à d’autres fins,

    – l’interdiction faite aux couples homosexuels de se marier ou de bénéficier de dispositions juridiques équivalentes; la recommandation devrait garantir l’ensemble des droits et des avantages du mariage, ainsi qu’autoriser l’enregistrement des partenariats,

    – toute restriction au droit des lesbiennes et des homosexuels d’être parents ou bien d’adopter ou d’élever des enfants;

    15. invite la Commission, conformément à son avis du 19 novembre 1993 sur la proposition de règlement modifiant le statut des fonctionnaires des Communautés Européennes ainsi que le régime applicable aux autres agents de ces Communautés en matière d’égalité de traitement entre hommes et femmes à lutter contre toute discrimination liée à l’orientation sexuelle dans sa propre politique du personnel;

    16. charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil et à la Commission ainsi qu’aux gouvernements et aux parlements des États membres et des pays candidats à l’adhésion.

    A l’époque vos médias de droite ou vos médias chrétiens vous ont-ils informés ?
    Désormais êtes vous toujours sûrs d’être pour l’Union européenne mondialiste et maçonnique, vous comprenez maintenant pourquoi il a toujours été hors de question d’admettre dans le préambule de la constitution européenne la moindre évocation de ses origines chrétiennes.

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