Est-il encore permis d’être nationaliste en Europe en ce début de XXIe siècle ?

Comment la gauche intolérante, en voulant interdire la marche annuelle de petits groupes de nationalistes polonais et en faisant l’amalgame entre nationalisme et fascisme antisémite, a mobilisé contre elle une partie de la population qui se sent menacée dans ses libertés face à la dictature de la Pensée Unique européenne.

Hommes masqués à la mode hooligan derrière un groupe de policiers en uniforme (montré sur la chaîne d’information de la télévision publique pendant l’émission « Bliżej » du 15 novembre).

La « Marche de l’Indépendance » du 11 novembre est depuis plusieurs années une commémoration annuelle de deux mouvements ouvertement nationalistes qui viennent à Varsovie rendre hommage au leader politique des « nationaux-démocrates » polonais d’avant-guerre, Roman Dmowski.

Il y a trois ans encore, ces marches réunissaient uniquement un petit groupe de partisans des « Jeunesses polonaises » et du « camp national-radical » (ONR), souvent des jeunes au look qui peut paraître un peu facho, pour certains, mais qui brandissent volontiers des pancartes avec côte à côte la croix gammée et la faucille et le marteau barrés pour marquer leur opposition aux deux grands totalitarismes du XXe siècle. Ces nationalistes se réclament de la « démocratie nationale » d’avant-guerre, un mouvement nationaliste et démocrate, qui s’opposait à la tendance chrétienne-démocrate socialisante du maréchal Pilsudski, plus favorable aux minorités vivant sur le territoire de la IIe République polonaise des années 1920-1930. Si la « démocratie nationale » de Dmowski était teintée d’antisémitisme, les deux organisations nationalistes contemporaines récusent officiellement l’antisémitisme d’avant-guerre (il faut noter que les préjugés entre Juifs et Polonais ont toujours été à double sens, mais c’est un sujet bien trop vaste et trop délicat pour en parler ici).

D’après des témoins, ces hommes sont des policiers qui ont pris part à des provocations (montré sur la chaîne d’information de la télévision publique pendant l’émission « Bliżej » du 15 novembre).

Il y a deux ans, un journal de gauche, Gazeta Wyborcza, et un de ses journalistes, Seweryn Blumsztajn, qui est juif, ont voulu bloquer la marche du 11 novembre des nationalistes qu’ils qualifiaient de marche antisémite et néo-fasciste. Ils ont réussi à mobiliser certains milieux de gauche dont les militants et partisans sont parvenus, avec une certaine violence, à bloquer la marche des deux groupes nationalistes. Toutefois, cette action a été perçue par une partie de la droite polonaise, moins frileuse et moins complexée que la droite française, comme une attaque contre la liberté de pensée et d’expression, et ce d’autant plus que le journal Gazeta Wyborcza fait très souvent l’amalgame entre les nationalistes et les conservateurs proches du principal parti d’opposition, le parti Droit et Justice (PiS) de Kaczynski qui se réclame, lui, de la tradition chrétienne-démocrate d’avant-guerre. Un amalgame souvent relayé à l’étranger par des journalistes proches de Gazeta Wyborcza comme par exemple Piotr Smolar qui écrit pour le journal français Le Monde. Du coup, en 2011, des dizaines de milliers de Polonais, sans lien ni affinité avec les nationalistes, sont venus participer à la « Marche de l’Indépendance » pour affirmer leur droit de cultiver le sentiment patriotique et de fierté nationale et pour défendre leur liberté de pensée face à ce qu’ils perçoivent souvent comme la montée d’un nouveau totalitarisme du politiquement correct qui leur rappelle étrangement le régime communiste par certains de ses aspects et par certaines de ses méthodes de propagande.

Un passant à vélo est frappé par des policiers en uniforme (montré sur la chaîne d’information de la télévision publique pendant l’émission « Bliżej » du 15 novembre).

Une perception renforcée par la couverture médiatique extrêmement partiale de l’événement. Le 11 novembre 2011 et les jours suivants, les médias mainstream ont passé en boucle des vues montrant les affrontements, en marge de la marche, entre quelques centaines de hooligans et la police, et ils ont fait l’impasse sur les dizaines de milliers de manifestants pacifiques qui ont défilé dans le calme, pour beaucoup en famille et avec des enfants de tous âges. Parmi les auteurs de violences les plus graves, un policier en civil a d’ailleurs été repéré, filmé par une caméra amateur alors qu’il frappait violemment un homme à terre, bientôt aidé par un collègue en uniforme. Le policier a été blanchi par la justice quelques jours avant la marche de cette année, comme si les autorités avaient voulu préparer le terrain pour provoquer de nouveaux affrontements avec les hooligans qui devaient eux-aussi se joindre à la « Marche de l’Indépendance ».

Une perception renforcée encore aussi par la venue en 2011, à l’invitation des gauchistes polonais, des milices « antifascistes » de l’extrême-gauche allemande, des Allemands qui, le 11 novembre 2011, se sont attaqués en pleine rue à des Polonais commémorant pacifiquement l’indépendance arrachée en 1918-1921 à la Russie bolchevique et à… l’Allemagne.

Ainsi, alors que les deux groupes organisateurs des marches des années précédentes sont de petites organisations nationalistes marginales et sans poids politique, les velléités totalitaires de la gauche polonaise et européenne (une gauche qui n’a toujours pas renié ses liens passés et présents avec le communisme, mais cela aussi, c’est un vaste sujet qui ne saurait être traité ici) ont réussi à transformer la « Marche de l’Indépendance » en mouvement de masse. Cette année plus de cent mille personnes ont répondu à l’appel et les clubs du journal conservateur Gazeta Polska, présents dans tout le pays, étaient co-organisateurs. Avec des policiers en civil encagoulés et d’autres portant des vestes de survêtement avec capuche sur la tête et différents objets contondants à la main, il est difficile de dire aujourd’hui si les affrontements du 11 novembre dernier qui ont bloqué l’avancée de la masse pacifique des manifestants pendant plusieurs heures étaient des affrontements entre hooligans et policiers ou entre policiers en civil et policiers en uniforme. Toujours est-il que la police a rapidement ordonné aux manifestants de se disperser tout en empêchant toute dispersion en bloquant toutes les rues sur un rayon de 360° autour de la « Marche de l’Indépendance », permettant ainsi aux « médias du régime », comme l’opposition de droite qualifie de plus en plus souvent le mainstream, de filmer à loisir les affrontement entre de petits groupes qui jetaient des pétards et des pavés sur des policiers aux allures de tortues ninjas qui, il faut le dire, étaient eux aussi venus en masse.

Policiers tirant sur les manifestants avec des balles en caoutchouc (montré sur la chaîne d’information de la télévision publique pendant l’émission « Bliżej » du 15 novembre). Des témoins ont affirmé qu’ils tiraient aussi en direction de groupes avec des enfants.

Les amateurs des sources d’informations alternatives n’ont cependant aucun mal à trouver sur Internet de très nombreux films et photos montrant les violences perpétrées par des policiers en uniforme ainsi que des « hooligans » arrivant avec leurs collègues en uniforme pour venir se mêler aux manifestants.

Invités sur le plateau de télévision de la dernière émission de la télévision publique encore menée par un journaliste aux vues proches de la droite conservatrice, à une heure tardive de la soirée et sans doute pour servir d’alibi à une télévision au service du pouvoir politique, le représentant de la police et le leader de l’ONR, un des organisateurs de cette manifestation légale, ont ainsi eu cet échange de propos :

L’officier de police : « N’invitez plus à votre marche des bandits et vous pourrez manifester sans que nous ayons à employer la force ».

L’organisateur de la manifestation : « Et bien c’est d’accord, l’année prochaine nous ne vous y inviterons pas. »

Version mainstream du même événement, puisée par le Courrier International dans la presse polonaise de gauche : “L’extrême droite persiste et signe »

De notre correspondant permanent en Pologne.

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16 Commentaires

  • François2 , 22 novembre 2012 @ 11 h 28 min

    Che Guevara qui écrivait à son père : “Papa, je dois te le confesser : j’aime tuer”.

  • tirebouchon , 22 novembre 2012 @ 11 h 51 min

    Communisme, Islamisme, Nazisme, Fascisme, ou le Trotskysme , même tabac…..Nationalisme est un terme impropre qui arrange les précedents…Je préfère le mot patriotisme qui ne génère que l’amour de sa patrie, une seule patrie évidemment !….Ce terme n’est pas associé à un fanatisme quel qu’il soit c’est la raison pour laquelle c’est celui que je préfère car il invite aussi ceux qui ont choisit la France, par exemple, a défendre becs et ongles leur nouveau pays comme de véritables patriotes….Ce qui dans la réalité n’est pas le cas le Patriotisme ayant été gavaudé…..par tout les partis de gauche…

  • JACKY4546 , 22 novembre 2012 @ 14 h 16 min

    Bravo tirebouchon. Malheureusement de moins en moins de français ont conscience du sens du mot Patrie. Et ce ne sont pas les enseignants d’aujourd’hui qui vont nous aider. Pas plus que ces couillons de l’UMP.
    Où est donc passé le Général ?
    Désormais notre seul recours est bien Marine.

  • Frédérique , 22 novembre 2012 @ 15 h 28 min

    Contrairement au patriotisme, le nationalisme est une doctrine politique. Plus la nation va être en danger, plus le nationalisme sera sélectif, origine, religion, culture… Le patriotisme, lui, ne demande de la part des patriotes que l’amour et la défense de son pays, quelques soient leurs origines. Le problème, c’est que tout le monde n’a pas la même vision d’avenir pour la sauvegarde de son pays, certains verront son sauvetage dans la mondialisation, d’autres dans le protectionisme, ou bien dans le multiculturalisme, d’autres en préservant son histoire, etc mais tous pourront aimer leur pays et être patriote.
    En temps de paix et de veaux gras, il n’est pas plus dangereux d’être nationaliste que simple patriote. La situation économique actuelle de notre pays et l’histoire récente devrait nous obliger à réfléchir et à poser nos limites, à savoir jusqu’où on peut aller dans le nationalisme. Pour ma part, je pense que le FN, actuellement, va dans le bon sens d’une droite forte et tradionnelle, et je compte beaucoup sur sa présidente pour continuer dans cette voie, car nous avons vraiment besoin d’un parti de droite qui ne penche pas à gauche.

  • Gérard , 22 novembre 2012 @ 15 h 37 min

    Bien dit Tirebouchon !
    Disons que je serais plutôt patriote avec une tendance nationaliste qui considére les immigrés comme des français ” de papier “.
    A moins qu’ils ne donnent de vraies preuves, comme les Harkis par exemple, de leur patriotisme français !

  • Gérard , 22 novembre 2012 @ 15 h 40 min

    Merci Frédérique ! En répondant à Tirebouchon j’ai fait d’une pierre deux coups !

  • Quéribus , 25 novembre 2012 @ 10 h 52 min

    Le FN façon MLP va dans le bon sens ? Première nouvelle… Ce n’est pas en faisant des courbettes au lobbies et autres cercles d’ influence qu’ on va dans la bonne direction. Il n’ est que de voir de qui s’ entoure l’ intéressée. Plus le FN “mariniste” montera plus il devra devenir soft. Je gage que ce mouvement deviendra un jour une espèce d UMP relooké, pas plus. Donc, nous les nationaux avons du souci à nous faire.

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