La grève de la faim d’un patron français en Pologne pour défendre ses salariés

Le Français Michel Marbot avait racheté le fabricant de pâtes polonais Malma lors des premières privatisations du début des années 90 et avait réussi à transformer son aventure polonaise en véritable success story… jusqu’à ce que la banque polonaise Pekao SA où il s’était endetté soit rachetée par la banque italienne UniCredit dont le directeur général Alessandro Profumo, devenu également après le rachat président du conseil de surveillance de la banque Pekao SA, était aussi membre du directoire du fabricant italien de pâtes Barilla. Il y a 6 ans, la banque Pekao SA a brutalement réclamé le remboursement immédiat de toutes ses créances et, après avoir perdu tous ses combats pour sauver son entreprise, Michel Marbot a entamé le 9 juillet dernier une grève de la faim devant le parlement polonais.

Michel Marbot ne cherche plus à relancer la production arrêtée par le syndic de liquidation qui a expulsé de force tous les salariés et cadenassé les ateliers alors que les chaînes de production étaient toujours en activité et que les pâtes Malma se vendaient très bien. Michel Marbot veut uniquement faire respecter les droits de « ses gens », comme il les appelle. Une centaine de salariés qui, en violation du droit polonais, n’ont pas été repris avec l’entreprise par le syndic de liquidation. En l’absence de licenciement officiel ces salariés se sont retrouvés sans aucun revenu du jour au lendemain. « Ils sont désespérés, ils n’ont pas touché de salaire depuis 11 mois. Le syndic de liquidation a repris l’usine, mais il a déclaré qu’il prenait uniquement les biens immobiliers et les machines, pas les salariés, ce qui est contraire à la loi », déclarait la semaine dernière Michel Marbot aux caméras de télévision. Alors que certains de ces salariés voulaient entamer une grève de la faim, Michel Marbot a décidé que « c’est le capitaine qui doit se sacrifier dans ce cas, et pas les marins ».

Le 20 juillet dernier l’entrepreneur français a suspendu sa grève de la faim après que le ministre de la Justice et le « médiateur des droits civiques » se sont engagé à agir et après avoir obtenu des promesses de soutien de députés.

Avant l’arrêt forcé de la production, Malma vendait des pâtes d’excellente qualité très appréciées des consommateurs polonais. Depuis le début de ses péripéties avec son créancier Pekao SA, Michel Marbot affirme dans les médias qui veulent bien l’interroger que ce sont les Italiens d’Unicredit qui ont commandé l’opération dans le but d’éliminer un concurrent gênant pour le fabricant de pâtes Barilla. C’est en effet alors que Malma cherchait à pénétrer sur le marché italien et que Barilla arrivait sur le marché polonais, dont Malma détenait 25 % des parts, que les problèmes de Michel Marbot avec Unicredit, via Pekao SA, ont commencé…

On peut suivre le combat de Michel Marbot sur Facebook, sur le profil Michel Marbot – walka o sprawiedliwość/fighting for justice.

Photo tirée de son profil Facebook : Michel Marbot sur le trottoir en face du parlement polonais situé dans le voisinage immédiat de l’Ambassade de France à Varsovie

De notre correspondant permanent en Pologne.

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2 Commentaires

  • Michel Marbot , 30 juillet 2012 @ 18 h 12 min

    Merci beaucoup pour cet excellent article. C’est grace a votre soutien que j’ai pu arreter ma greve au bout de 12 jours.
    Alessandro Profumo etait non seulement membre du directoire de Barilla (pates) mais aussi de Pirelli (le 1er promoteur immobilier italien). 15 jours avant la denonciation de mes credits (alors que ma societe avait une marge operationnelle de 10%), un accord tenu illegalement secret avait ete signe, sous le nom de code “Projet Chopin” entre Unicredit et Pirelli, donnant a cette derniere une exclusivite sur le terrain de 6 ha situe au centre de Wroclaw (la 4eme ville du pays) sur lequel etait situe mon entreprise. Cependant j’avais pu a l’epoque (en 2006) maintenir l’activite et sauver les emplois. Une modification opportune de la loi des faillites (le conseiller du gouvernement polonais etant pour l’occasion l’avocat de la Banque contre moi) permit a Unicredit d’obtenir la faillite de ma societe en d’en arreter l’activite (pourtant rentable). Restait le probleme des travailleurs…
    Depuis ma greve de la faim, j’ai obtenu le soutien des principaux medias et partis, ainsi que du syndicat Solidarnosc. Je vous suis tous tres reconnaissant. La bataille contre la Banque est longue et difficile mais puisque je defends la dignite de mes travailleurs, je ne me rendrai jamais. Je veux que ma bataille soit utile a ce pays qui m’a accueilli il y a 22 ans et produise une profonde transformation du fonctionnement de la justice polonaise, ainsi que le respect du droit des gens, surtout en periode de crise. J’espere que bientot les pates Malma reviendront sur le marche et meme en France (ou elles etaient distribuees par les groupes Metro, Monoprix, Le Bon Marche).
    Amities,
    Michel Marbot

  • Alain de Montmarin , 11 septembre 2012 @ 19 h 07 min

    j’ai eu le plaisir de connaitre (recruter) Michel Marbot lorsque j’étais DG du CCF en Italie il y a une vingtaine d’annees et le le voir partir pour son aventure polonaise. Étant moi-même revenu a Milan cette année, j’ai entendu parler des mésaventures de Michel par ses anciens collègues mais je n’imaginais pas que ce soit aussi grave. Connaissant ses qualités (rien ne lui faut peur) je suis sur qu’il se remettra en selle…
    Saluez le de ma part.
    Alain de Montmarin

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